À l'ère de la mondialisation, le modèle libéral et démocratique de politique criminelle que nous connaissions jusqu'à présent en Europe se trouve en équilibre fragile, car il subit de nombreuses perturbations provenant le plus souvent de sources extraétatiques. La politique criminelle balance entre politique sécuritaire et libérale ; et en même temps, sous l'influence du marché global, entre zones de droit et de nondroit (pénal).Face aux nouveaux dangers, on constate un double standard. D'une part, répression accrue, et d'autre part, non seulement absence de répression, mais qui plus est, non-intervention du système pénal, quand le criminel se trouve être une société transnationale.Quelles sont les relations entre mondialisation, politique criminelle, État et Démocratie ? Dans une crise économique provoquée par le néolibéralisme, qui désormais détermine tous les choix et les réponses du Droit, il semble que tous ont succombé aux règles de la mondialisation. En outre, cette dernière, secondée par les nouvelles technologies, pousse la politique criminelle vers un modèle totalitaire sous la gouvernance globale.Le vrai danger n'est pas seulement que le modèle libéral de politique criminelle se perde, mais que tout l'édifice du Droit avec l'idée même de Justice ne s'écroule avec lui.La problématique de l'auteur tourne autour du nouveau visage de la politique criminelle à l'ère de la mondialisation, qui est lié aux questions suivantes :– Quelles sont les tendances actuelles de politique criminelle ?– Quelles influences subit-elle et quelles en sont les conséquences ?– Quelle est la relation entre la sécurité des personnes et celle des marchés ?– Quel est le rôle des nouvelles technologies dans l'élaboration des choix de politiquecriminelle ?– Y a-t-il à des moyens de remédier au glissement du modèle libéral de politiquecriminelle, ou est-ce un glissement irréversible vers un modèle totalitaire ?
Les textes réunis dans cet ouvrage interdisciplinaire posent des jalons pour analyser les parcours, spontanés ou contraints, de l'oubli et discerner les linéaments de l'asymétrie entre mémoire et oubli, les deux notions n'étant pas le miroir l'une de l'autre. L'oubli n'est pas que le filtre d'une mémoire surabondante ou la part des souvenirs effacés ; l'oubli est également une norme sociale et juridique. Mais dans l'entreprise de normer l'oubli se jouent aussi la négation des droits et les rapports complexes, si ce n'est inextricable, entre oubli et différence. C'est alors la question des stratégies institutionnelles ou politiques, et leurs échecs, qui se dévoilent dans cette entreprise dès lors que resurgit le passé. Certes le droit et, partant, la société résistent, allant jusqu'à institutionnaliser l'oubli et en cultiver les bienfaits, armé notamment par la prescription et l'amnistie. Toutefois, de cette fiction juridique – fiction instituante – qui provoque la mise en oubli ou l'effacement, subsiste la trace de la gomme ou la cicatrice.Avec les contributions de Jean-François Bayart, Riccardo Bocco, François-Louis Coste, Adele Esposito, Pierre-Marie Dupuy, Fabien Marchadier, Vincent Négri, Patricia Paramita Ohnmacht, Daniel Palmieri, Milena Pellegrini, Xavier Perrot, Carse Ramos, Davide Rodogno, Isabelle Schulte-Tenckhoff, Dacia Viejo Rose, Eric Wyler.
Grâce au développement de technologies de plus en plus complexes susceptibles de s'immiscer dans l'organisme, corps et artéfacts semblent en passe de connaître un degré d'hybridation jamais atteint jusqu'alors. Certaines technologies prothétiques émergentes, comme les bio-implants ou les puces électroniques, sont incontestablement de nature à bouleverser nos représentations du corps humain, si ce n'est notre nature anthropologique elle-même. A ce titre, ces technologies sont à la source de nombreuses inquiétudes et nourrissent, dans le champ juridique et éthique, un très vif débat qui se situe principalement sur le versant politique de la réglementation et de la gouvernance. L'objectif de la présente étude est d'élargir le champ de l'investigation consacrée aux rapports entre droit et nouvelles technologies en portant l'attention sur la pratique juridictionnelle, afin de mettre en évidence les problèmes posés par l'hybridation à partir de litiges auxquels les cours et tribunaux ont déjà été confrontés. Ceux-ci étant souvent en première ligne lorsqu'une technologie inédite affecte l'une ou l'autre sphère d'activité humaine, il est alors possible d'observer comment le droit s'adapte au changement technologique. A partir de trois cas d'étude distincts, relevant du droit travail, du droit antidiscriminatoire et du droit du sport, nous montrons d'une part comment les juges résorbent les tensions résultant d'une pluralité des manières de saisir l'hybridation entre homme et artéfacts dans le chef des protagonistes du litige. D'autre part, nous mettons l'accent sur les dispositifs et moyens – qu'ils soient externes au droit (les taxinomies, les mesures, les statistiques de la biomédecine) ou internes (les standards, les catégories, les critères) – qu'utilisent les protagonistes d'un litige, et en particulier le juge, lorsqu'ils sont confrontés à l'irruption d'entités problématiques, comme l'est le corps hybride, dans des situations litigieuses. Cette approche pragmatique permet de faire apparaître la singularité du travail réalisé par les juges pour concilier l'émancipation de la personne par la technique et son intégration et sa participation à un ordre commun. Christophe Lazaro, docteur en droit, diplômé en philosophie et en anthropologie, est chercheur senior au sein du Centre de Recherche Information, Droit et Société (CRIDS) de l'Université de Namur en Belgique. Ses recherches actuelles abordent d'un point de vue interdisciplinaire la question de l'autonomie et du pouvoir des individus à l'ère des Big data, des prothèses et des environnements dits intelligents. Il a soutenu sa thèse de doctorat en sciences juridiques à l'Institut Universitaire Européen (Italie). Il est également membre associé au Laboratoire d'Anthropologie Prospective de l'Université de Louvain (Belgique).