Tourné vers le projet et la création, le milieu architectural n'a que récemment pris conscience de la valeur des archives qu'il produit pourtant sans cesse. Volontiers détruites par les architectes au profit de leurs œuvres bâties, elles ont commencé à être étudiées par les historiens de l'art dans les années 1960 avant de faire l'objet d'institutions spécifiques pour les conserver et les valoriser. Ce livre retrace l'histoire inédite de l'une d'entre elle : l'Institut français d'architecture (IFA) inaugurée en 1980 par Valéry Giscard D'Estaing, depuis ses longues années d'élaboration, dans un contexte national et international favorable de montée de l'industrie culturelle, jusqu'à son intégration dans le projet de Cité de l'architecture et du patrimoine, sous le gouvernement Jospin à la fin des années 1990. Dès son origine, cette institution bicéphale oscille entre des usages concurrents et entremêlés des archives : la pratique muséale qui y sélectionne de beaux objets à exposer (dessins, maquettes) et la recherche historiographique qui les envisage dans leur ensemble comme des sources de connaissance scientifique. Restituant avec précision le jeu des acteurs, aussi bien architecturaux, universitaires que politiques, l'autrice dépeint notamment la figure pionnière mais ambigüe de l'architecte belge Maurice Culot, fondateur en 1982 et premier directeur des archives de l'IFA. Au plus près de ces tensions, Nina Mansion retrace les épisodes méconnus de l'institutionnalisation et de la professionnalisation de la gestion des archives d'architecture en France, toujours à la croisée des mondes culturel, universitaire et architectural.
En architecture, les images n'interviennent pas seulement en aval du projet, lorsque l'architecte doit le représenter, le transmettre, le " rendre " ou le vendre. Seules ou en séries, manuelles ou automatisées, fixes ou animées, internes ou externes à la discipline architecturale, elles sont mobilisées dès les premiers moments du processus de conception pour inspirer, stimuler, instruire, préfigurer, donner du sens. Devenu image, le projet achevé rejoindra lui-même cet inépuisable musée imaginaire, qui s'amplifie sans cesse par le jeu de la référence et par l'écho spéculaire des médias contemporains. Entre mémoire et anticipation, l'architecte évolue ainsi dans un monde d'images : celles, tangibles et concrètes, qu'il tient sous ses yeux, organise en collections, manipule et détourne, et celles, abstraites et mentales, qui véhiculent sa vision encore floue, diffuse et intuitive de l'architecture à venir.
Longtemps un épiphénomène, les gated communities – enclaves résidentielles privées protégées par des murs ou grilles dont l'entrée est réservée aux seuls résidents et à leurs invités – prospèrent dans le monde entier. Elles ne relèvent pas d'une aberration urbaine ou de simples " ghettos pour riches ", mais incarnent l'aboutissement d'une évolution, peut-être inexorable, de la ville contemporaine où la mixité et l'hétérotopie deviennent l'exception.
Observant Los Angeles – the Wonder City of America – l'ouvrage éclaire les conditions d'apparition du phénomène : étalement, insécurité, ségrégation raciale ou sociale, hégémonie du marketing, privatisation de l'espace public…
Dans l'environnement incertain des mégapoles où tout est démesuré, sans qualité, et l'habitant un être nomade, le salut apparaît dans de petites communautés homogènes, où la réminiscence du village le dispute au modèle du parc à thème. Parc, campus, gated communities et autres enclaves privées, autarciques, structurées en réseaux, forment l'alternative à la ville traditionnelle. Partout, le domaine commun, celui de l'espace civique partagé et libre, se voit remplacé par des territoires morcelés, repliés sur eux-mêmes, " contrôlés " : ceux des gangs et des exclus ou ceux des tenants du rêve américain.