Les juristes ont un point commun avec les clercs d'à peu près toutes les religions. Dans l'exercice de leur métier, les hommes y portent une robe. Le paradoxe est que même revêtu par des femmes, l'apparat des gens de justice ne perd rien de son étrangeté. D'où vient cette bizarrerie vestimentaire ? C'est en fait à cette question qu'un professeur tente de répondre lorsqu'il enseigne l'introduction générale au droit à des étudiants de première année. C'est aussi le point de départ de ce livre qui reprend sous la forme d'un essai les principaux thèmes qui occupent les apprentis juristes comme les plus confirmés.L'ornement fait le juge ou l'avocat comme l'habit fait le moine. Notre droit n'est pas une religion, mais il laïcise une sacralité. Au jour le jour et au cas par cas, l'homme de loi tente d'identifier la solution juste. Un tel office vaut bien une toge. Il mobilise aussi des notions, des théories et des méthodes dont le particularisme rend malaisée la localisation du droit dans le grand maillage des sciences humaines. Mais une chose est sûre, la connaissance du droit d'aujourd'hui offre un aperçu des changements de notre humanité. En société, l'être total, de raison comme d'émotion, s'est substitué à l'être moral. De cette transformation, le droit est le témoin, ce que tente d'expliquer ce livre dans une langue accessible à tous.
Comment concilier l'impartialité de la justice et la subjectivité des émotions de ceux qui la rendent ? C'est la question qui sous-tend La justice des émotions d'Emmanuel Jeuland, un essai-fiction qui interroge la place et le rôle des émotions dans la théorie du droit. Pour Emmanuel Jeuland, c'est dans la fiction que les émotions trouvent le mieux à s'exprimer. Ainsi, deux histoires s'entremêlent dans La justice des émotions : celle d'un recours en justice et de ses acteurs et celle d'une jeune traductrice qui mène des recherches sur le langage et l'histoire de la traduction. Les personnages de ces fictions et leurs relations permettent d'éclairer et d'approfondir les réflexions qu'un chercheur mène dans une série de conférences sur la justice des émotions, qui sont mises en scène comme un récit et intercalées entre chaque passage fictionnel. Ces trois fils discursifs peuvent être lus indépendamment, mais leurs thèmes et leurs interrogations sont construits de telle sorte que chacun entre en résonance avec les autres, dans une vaste fresque d'où se dégage peu à peu du sens. La structure ici choisie, et la façon de croiser passages analytiques et passages narratifs, reflètent les recherches d'Emmanuel Jeuland sur rationalité, émotivité et rapport de droit. La collection " Les Humanités du droit " entend créer un dialogue inédit entre le droit et les autres sciences humaines. La justice des émotions en est le volume d'ouverture : dans cet ouvrage, c'est la littérature qui est mise au service de la science juridique. Membre fondateur de l'OuDroPo (Ouvroir de Droit Potentiel), sur le modèle de l'OuLiPo, Emmanuel Jeuland fait preuve d'une grande créativité tant dans la langue qu'il emploie que dans les concepts qu'il développe. Les questions et les thèmes juridiques sont ainsi abordés d'une façon originale et didactique, qui se veut accessible à tout public