Ce livre explore les effets de la pauvreté sur les rites funéraires, mais aussi les solidarités mises en œuvre pour assurer les funérailles des plus pauvres.
Sommes-nous tous égaux dans la mort, ou bien les inégalités économiques et sociales trouvent-elles, post mortem, un ultime terrain pour s'exprimer ? La pauvreté des défunts ou des endeuillés a-t-elle un impact sur les soins mortuaires et les rites funéraires ? Et comment les sociétés gèrent-elles les dépouilles des plus démunis ? En Europe, depuis la fin de l'époque moderne, le sort des cadavres est progressivement devenu un marqueur des sensibilités funéraires : procurer à chacun des funérailles décentes s'est imposé comme un devoir d'affection. Mais partout, ces impératifs moraux doivent composer avec des contraintes financières. Fondé sur des exemples tirés du cas français et de pays voisins, cet ouvrage explore les multiples façons dont le dénuement et la précarité économiques ont affecté et continuent d'affecter de nos jours les modalités de traitement des défunts, matériellement et symboliquement. Il donne à voir les acteurs mobilisés pour prendre en charge la dépouille des plus pauvres, qu'il s'agisse d'institutions, de collectifs religieux, culturels ou politiques, ou des proches eux-mêmes ; il recense les solutions proposées, allant des dispositifs légaux aux bricolages solidaires, et s'interroge aussi sur leurs limites. Les contributions issues de l'anthropologie sociale, de l'archéologie, du droit, de l'histoire et de la sociologie posent un jalon dans le champ émergeant de la nécro-économie en éclairant un aspect particulier des relations que les vivants entretiennent avec les morts.
Les vivants prennent soin des morts par des rites funéraires. Mais il arrive que ceux-ci ne soient pas respectés : en temps de crise, ou parce que les morts n'en sont pas jugés dignes… Ce livre offre un panorama du traitement perturbé de ces morts qui dérogent.
Les sociétés européennes ont construit, depuis le XIXe siècle, un régime funéraire qui a placé le corps au centre des soins que les vivants prodiguent aux morts et qui s'articule autour de la tombe et du cimetière. Il arrive pourtant que des corps se voient privés de ces soins ou que leur mise en œuvre soit perturbée, intentionnellement ou pas. Ce livre offre à travers quelques cas de figures exemplaires un panorama de ces morts qui dérogent à la norme funéraire. Ces écarts à la norme peuvent procéder du statut marginal ou exceptionnel des morts : mort-nés, criminels exécutés, morts anonymes, icones politiques ; dans d'autres cas, ils peuvent découler des circonstances anomiques où la mort est survenue : temps de guerre, épidémies, catastrophes industrielles ou massacres ; l'a-normalité peut enfin se nicher au cœur des pratiques mêmes dont le corps est la cible : nécrophilie, crémation, exhumation, inhumation hors cimetière. Pour chacun de ces cas de figure, les textes réunis ici s'attacheront à montrer en quoi le processus funéraire est suspendu, dévoyé, dégradé voire subverti, et à évaluer l'impact de ces dissidences sur les sensibilités contemporaines ; mais aussi à repérer les efforts, même minimes, pour réparer, rétablir un semblant de normalité dans les funérailles, ainsi que d'identifier les acteurs impliqués dans les deux cas.