Berlin entretient un rapport aussi privilégié que contradictoire avec les images, à commencer avec sa propre (re)présentation.
Malgré son poids aujourd'hui très relatif en tant que ville mondiale, Berlin est toujours la métropole " moderne " paradigmatique de l'espace germanophone. Les références d'aujourd'hui à l'époque impériale allemande et surtout à la culture des années 1920 créent une continuité a posteriori, par-delà les bouleversements historiques : le roman contemporain, les séries télévisées, les documentaires, la bande dessinée, le marketing se servent régulièrement du fonds quasi inépuisable de l'imaginaire historique et mythique de Berlin. Mais l'ambition de passer pour une ville-monde ne comprend pas seulement des références comme celles à Berlin Alexanderplatz, aux textes de Kracauer et Hessel, à Enfance berlinoise de Benjamin, aux films tels que Metropolis de Lang, dont le fantasme urbain déteindra sur le projet de Germania, la métropole nazie de Speer. Des constructions de mondes en miniature tels que la " Haus Vaterland " et les (très) grands magasins, ainsi que la création de Gross-Berlin en 1920, faisant de la ville la plus grande commune du monde en termes de superficie après Los Angeles, témoignent également de cette ambition. Ce numéro s'interroge sur le rapport aussi privilégié que contradictoire qu'entretient Berlin avec les images en appréciant, à partir du mot " Stadtbild " (paysage urbain, image de la ville, image-ville) et ses déclinaisons " Weichbild " et " Denkbild ", le défi que l'expérience complexe de la ville-monde constitue encore pour les techniques de représentation.
Ce premier ouvrage, en France, sur Thomas Brasch (1945-2001) fait (re)découvrir son œuvre : au-delà de son parcours de transfuge de la RDA installé en RFA, ses récits, poèmes, films, pièces de théâtre et traductions éclairent l'histoire européenne.
Thomas Brasch (1945-2001) est l'auteur d'une œuvre inclassable qui traverse les genres littéraires, les arts, les médias, et qui est à (re)découvrir. Fils d'un haut-fonctionnaire de la RDA, il s'est heurté à la censure du régime et son départ pour la RFA a été, un temps, sous le feu des projecteurs. Or, Thomas Brasch a toujours refusé d'être étiqueté, que ce soit comme écrivain est-allemand ou dissident de la RDA, comme auteur juif ou membre de la génération rock. Ses travaux artistiques (récits, poèmes, films, pièces de théâtre et traductions) sont façonnés par une appréhension dialectique de l'histoire allemande et européenne, ainsi que de ses effets sur les biographies des individus : ils jouent avec l'intermédialité tout en entremêlant l'intime, le social et le politique. Première publication, en France, entièrement consacrée à Thomas Brasch, le présent volume donne à voir l'ampleur et la diversité de son œuvre. Il met également en lumière la fonction de passeur entre les langues et les cultures qu'il assume à travers ses traductions et ses références intertextuelles multiples, à Heinrich Heine, à Bertolt Brecht, à Heiner Müller, à Tchekhov et à Shakespeare, mais aussi aux avant-gardes américaines ou russes. Les contributions réunies dans cet ouvrage s'appuient sur des matériaux d'archives inédits et permettent ainsi au lecteur d'entrer dans l'atelier de l'artiste.