Créé en 1960, l'Oulipo a notamment été inspiré à ses fondateurs, Queneau et Le Lionnais, par l'expérience de deux poètes emprisonnés pendant la Seconde guerre mondiale. L'un sans crayon en apprenant ses poèmes par coeur, l'autre sans véritable papier, ils ont tenu grâce à leurs inventions poétiques. Toute proportion gardée, nous avons " tenu " pendant l'épisode de la pandémie ayant vu le droit bien maltraité en maintenant nos ateliers oudropiens en visioconférence et en imaginant nos 101 contraintes. Il s'agit de contraintes visibles visant à se libérer de certaines emprises invisibles (des préjugés, des a priori, des schémas de pensée pris pour naturel) pour pratiquer et créer du droit potentiel.Il va de soi que l'application d'une contrainte se fait en toute liberté.Ont contribué à cet ouvrage : Valérie-Laure Benabou, Jean Bernardot, Nathalie Dion, Nissim Elkaim, Alexandre Flueckiger, Gaële Gidrol-Mistral, Jean-Baptiste Jacob, Emmanuel Jeuland, Frédéric Martin, Alicia Mâzouz, Viveca Mezey, Camille Porodou, Romain Rousselot, Guillaume Simiand, Dorothée Simonneau, Hélène Thomas, Pierre-Yves Verkindt, Clarisse Wallerand et Anne-Laure Sterin.
Prenant le contrepied de l'interprétation nietzschéenne plutôt dépréciative du ressentiment, qui cadrait avec un certain souci de défendre les privilèges de l'aristocratie, cet essai suggère une interprétation juridique du ressentiment permettant d'en faire ressortir les aspects positifs.La démarche convie à un parcours en trois étapes.La première conduit de la définition que Spinoza donna de la haine en général au sentiment d'injustice, qui est un motif de haine particulier. La définition de l'injustice, correspondant chez Aristote à des cas de haine donnant lieu à une colère justifiée, permet, à rebours, d'identifier et de déprécier la haine qui ne répond pas à cette définition. Se dévoile ainsi déjà en filigrane le discret génie du ressentiment, grâce auquel le scorpion de la haine retourne contre lui-même son dard venimeux.La deuxième étape chemine du sentiment d'injustice au ressentiment et permet de distinguer, à partir du critère du droit, le ressentiment de l'indignation. Si l'interprétation de Nietzsche approfondissait la distinction entre le ressentiment et l'acquiescement, l'interprétation juridique conduit à souligner la distinction entre le ressentiment et l'indignation, le premier étant au diapason de l'ordre juridique, la seconde en dissonance avec lui.Redéfini comme sentiment du droit et sentiment juridique d'injustice, le ressentiment fait l'objet d'une réhabilitation dans le dernier temps de cet essai qui est aussi l'occasion d'aborder les relations entre droit et politique, droit et science, justice et amour et de réfléchir aux liens entre ressentiment, indignation et droits de l'homme à l'âge démocratique.En intégrant la vision de Jhering, qui faisait de la paix le but du droit et de la lutte le moyen de l'atteindre, en cherchant à corriger " l'erreur " de Nietzsche par Nietzsche, le droit, sous le rapport de ses liaisons avec les affects, pourrait peut-être se définir comme une arme morale, sociale et politique, plongée dans les complexions de la haine, qui sépare le ressentiment de l'indignation, la domination du premier ayant pour effet de modérer ou de subjuguer la seconde.