Le projet d'autonomie énergétique défie un modèle centenaire : celui des grands réseaux qui a constitué le mode de production dominant de nombreux services – eau, assainissement, énergie. À l'heure de la transition énergétique, ce macro-système chancelle, concurrencé par l'émergence d'autres imaginaires techniques : machines habitables autonomes, villes auto-énergétiques, éco-infrastructures ou micro-réseaux décentralisés… Dès les origines, les protagonistes de la déconnexion nourrissent deux ambitions : s'émanciper des grandes infrastructures et garantir le confort minimum en intégrant au bâti un système de services. Parmi les figures de proue, l'on distingue des personnages oubliés ou d'autres célèbres, comme John Adolphus Etzler ou Thomas Edison. Cet idéal de l'autonomie énergétique n'arrive pourtant à maturité qu'après le choc pétrolier de 1973. Impulsé par la contre-culture américaine, il se propage, s'institutionnalise, passant de l'unité domestique à la ville, au territoire. La maison autonome d'Alexander Pike ou la cité auto-énergétique de Georges Alexandroff attestent de la puissance de cette tendance, qui conjugue virtuosité technique et projet économique, politique, social et environnemental. Tous annoncent les débats d'aujourd'hui, que cet ouvrage éclaire par son apport historique.
Désormais omniprésent et mondial, l'étalement urbain combiné à la recomposition des villes dessine les contours de territoires nouveaux, hybrides, ni urbains ni ruraux. Les effets de ce sprawl sur les modes d'urbanisation restaient à étudier. C'est précisément l'objet de cet ouvrage. Partant de l'analyse du contexte français, l'auteur confronte la situation nationale aux phénomènes rencontrés au sein des villes asiatiques et questionne l'hypothèse de l'importation d'un soi-disant modèle américain. Croisant l'étude des infrastructures routières, des lotissements pavillonnaires et des centres commerciaux, du point de vue à la fois morphologique, économique et social, il révèle l'hégémonie planétaire d'un urbanisme de secteurs, produisant une ville littéralement " franchisée ", c'est-à-dire non seulement saisie par les logiques du marketing mais aussi soumise à la privatisation progressive d'espaces toujours plus vastes. Partisan d'une " ville passante ", offrant une moindre dépendance automobile, un métissage architectural, une diversité d'usages et un espace public, David Mangin dénonce ces enclaves privatisées, voire payantes, qui prolifèrent insidieusement en centre-ville autant qu'en périphérie. Contrairement aux approches anglo-saxonnes plus perceptives, il applique à ces territoires les outils de l'analyse urbaine et spatiale qui s'incarne dans une abondante production graphique et cartographique.