L'ensemble photographique Sous-sol 1 / Sous-sol 2 / Sous-sol 3 dévoile un pan méconnu de la vie du quartier d'affaires de La Défense . Plutôt que le spectacle de ses tours de bureaux, à l'architecture conquérante et étincelante, Margaret Dearing dépeint son envers invisible en s'aventurant sous la surface de la grande esplanade, cette vaste dalle de béton construite à partir de la fin des années 1960. En quarante-et-un clichés, Margaret Dearing explore ces espaces du dessous, qui n'ont d'autres fonctions que de service : faire circuler les personnes, les flux et les objets, stocker les véhicules, connecter les réseaux de transport entre eux et au quartier, permettre l'entretien des locaux, la livraison des marchandises, le fonctionnement des équipements techniques. Si le paysage aérien de La Défense rime avec planification et mondialisation, efficacité et fluidité, lumière et transparence, ces valeurs s'inversent diamétralement dans sa part souterraine : séparation des flux et des publics, stratification des sols, parcours labyrinthiques, zones obscures, matériaux mats aux couleurs sourdes. Cols blancs et cols bleus s'y croisent sans se rencontrer, ignorant les silhouettes plus précaires qui tentent de survivre dans les interstices de ce mille-feuille de béton. Deuxième titre de la collection " Point visuel ", ce recueil photographique restitue sous forme de livre les images créées à l'occasion de la commande " Flux, une société en mouvement " du Centre national des arts plastiques, en 2018-2019. Il est accompagné d'un essai original de la critique d'art Marion Delage de Luget : " Des tréfonds - et de ceux qui en font usage ".
Plusieurs fois exposé, notamment en 1994 par les services culturels de l'Ambassade française à New York et en 2003 à la Bibliothèque nationale de France, cet ensemble de 90 photographies a été publié en 2017 sous la forme d'un livre d'artiste. Les republier aujourd'hui s'impose dans le contexte actuel de retour des frontières en Europe, sur fond de crise pandémique et de guerres.
Ce recueil restitue dans son intégralité un important projet du photographe franco-américain Mikael Levin. Réalisé en 1993 et plusieurs fois exposé, cet ensemble de 94 photographies en noir et blanc documente une situation singulière du continent européen : les accords de Schengen, signés en 1985 et 1990, abolissent les barrières douanières, et la guerre en Yougoslavie, qui a éclaté en 1991, remet au contraire en tension la question des identités nationales. De Bray-Dunes, sur la mer du Nord, jusqu'aux abords de Bâle, Levin a longé la frontière entre la France et, successivement, la Belgique, le Luxembourg et l'Allemagne. Sur ce long tronçon, il a systématiquement photographié les traces qui subsistaient de l'ancienne démarcation : postes de douane abandonnés, commerces transfrontaliers désaffectés, signalétique et marquages au sol obsolètes... Entre une tradition européenne de la limite conflictuelle entre États-nations et un imaginaire américain de la conquête progressive d'un monde meilleur, la frontière est saisie par Levin dans toute sa complexité culturelle et politique, dans une vision traversée par les sentiments ambivalents de mélancolie, d'optimisme et d'inquiétude. Redécouvrir ces photographies s'impose dans le contexte actuel de retour des frontières en Europe, sur fond de crise pandémique, de montée des populismes et de retour de la guerre.