Associer rire et bêtise, c'est mettre en question la légitimité sociale de certains écarts propres à susciter le rire. Le qualificatif bête opère ainsi une mise à distance vis-à-vis des normes qui constituent tout à la fois l'intelligence et la bonne conduite. La bêtise non comique, celle qui fascine et effraye, se distingue aisément de la bêtise comique que les multiples stratégies satiriques permettent de conjurer en riant, avant qu'elle ne devienne dangereuse. Mais qu'en est-il du rire bête, qui constitue sans doute l'objet le plus original de ce numéro? Ne se résumant pas au rire vulgaire et grossier, il peut prendre la forme d'une adhésion sans réserve, pleine et entière à la bêtise, adhésion joyeuse dans laquelle fait retour, subrepticement, une fascination sidérante. Que se passe-t-il lorsque l'on rit bêtement, c'est-à-dire lorsque l'on rit tout en sachant très bien qu'on ne le devrait sans doute pas et que ce rire devrait être laissé aux enfants? Le rire bête abêtit-il? Le rire bête bêtifie-t-il? Autant d'enjeux propres à l'articulation entre rire et bêtise qu'abordent, chacun à sa manière, les différents articles qui composent ce numéro.
Le volume explore les points de contacts entre rire(s) et mythe(s), ce qui contribue à retrouver la part négligée du rire dans l'histoire culturelle de l'Occident. Ne peut-on espérer accéder par le rire à une meilleure compréhension du mythe et de ses résurgences dans la littérature et la création esthétique ? Inversement, l'interprétation de certains mythes n'est-elle pas susceptible de favoriser une compréhension oblique de l'énigme du rire humain ?
"Dieu a-t-il de l'humour ? " Jusqu'ici, c'est au diable qu'on attribuait plutôt le rire. Mais aujourd'hui, celui-ci est réhabilité, au cœur même du religieux. Il ne s'agit donc pas dans ce numéro de la satire religieuse, mais du rire des croyants. Y a-t-il un concept théologique de l'humour qui traverse les religions ? Quelles en sont les formes d'Orient en Occident et d'hier à aujourd'hui ? Cette exploration dans le temps et l'espace fait l'objet du recueil. Au sommaire : B. Sarrazin, "Le rire et le sacré d'Orient en Occident" ; J. Deperne, "Au-delà des mots" ; J. Maunoury, "Nasr Eddin Hodja, "Gloire de la religion"" ; R. Khawan, "Quand les mystiques s'amusent" ; M. Clément, "Le rire mystique" ; G. Eichinger Ferro-Luzzi, "La moquerie Tamoul du divin" ; A. Ballabriga, "Rires, croyances et valeurs en Grèce ancienne" ; P.-M. Beaude, "Le livre d'Esther. Humour et carnaval" ; T. Gergely, "Un crypto-sacré dans l'humour juif" ; D. Cerbelaud, "Figures de l'humour chrétien" ; D. Bertrand, "Du droit et du devoir de rire pour un chrétien, (à propos de la onzième provinciale)" ; C. Mazouer, "Rire et religion dans le théâtre médiéval" ; J. Horowitz, "Rire avec le Diable au Moyen Âge" ; C. Moncelet, "Un Pater pour épater ? Guy Cadou" ; A. Goulipian, "Graham Green, catholique agnostique" ; J. Stora-Sandor, "Humour et désarroi religieux : d'I.L. Peretz".
Le marginal, homme de l'extérieur, figure d'une altérité éclatée – étranger, étrange – suscite des réticences. Que sa marginalité soit "intentionnelle" ou "existentielle", une de ses réponses possibles est d'emprunter à l'humour ses tactiques d'opposition pour affronter sa différence. Son rire reflète, soit son refus de l'assumer, soit son consentement à la subir.
Au centième anniversaire du septième art, l'occasion est belle de rappeler qu'humour et cinéma ont toujours fait bon ménage. Des poursuites échevelées aux gags vertigineux, en passant par les foisonnantes anamorphoses sur grand écran, tout le rire du monde a pu s'inscrire sur le celluloïd. Dans ce volume, chacun des auteurs a voulu, selon sa spécialité, faire partager son expérience du film comique dans une perspective interculturelle et pluridisciplinaire. Sont ainsi évoqués avec beaucoup d'autres, les icônes multiformes de Charlie Chaplin, Jacques Tati, Woody Allen, outre les Marx Brothers et les Monty Python.