Excommunié par le pape, menacé par la rébellion d'un certain nombre de ses sujets et par la sécession d'une bonne partie des évêques de Norvège, le roi Sverrir (1177-1202) mobilisa ses lettrés au service de sa cause. Telle est l'origine du texte intitulé par convention Discours contre les évêques. Pamphlet anticlérical au ton souvent acerbe, émaillé de citations du Décret de Gratien traduites en vieux norvégien au prix de nombreuses altérations sans doute volontaires, ce texte défend tout à la fois la légitimité du roi et les droits qu'il estime avoir sur l'Église de Norvège, à rebours des libertés que les partisans de la réforme grégorienne avaient voulu garantir à cette dernière au milieu du XIIe siècle. Le Discours contre les évêques s'inscrit ainsi pleinement dans la tradition européenne des libelli de lite, emblématiques des luttes entre sacerdotium et regnum au Moyen Âge. Il manifeste clairement l'intégration de la Norvège de la fin du XIIe siècle à l'Occident chrétien tout en révélant un certain nombre de spécificités qui font de lui l'expression de la culture politique de cette partie occidentale de la Scandinavie médiévale. La traduction du Discours contre les évêques, accompagnée du texte original, entend présenter et rendre accessible au plus grand nombre un texte appartenant à un genre inattendu dès lors qu'il s'agit de la Norvège médiévale. Il ne s'agit en effet pas d'une saga mais bien d'un traité politique, qui révèle la richesse insoupçonnée de l'héritage littéraire de ce royaume scandinave.
Le haut Moyen Âge a une identité propre et la société de cette période, profondément originale, diffère tout autant de la société de l'Antiquité romaine que de la société des temps féodaux. C'est en ayant à l'esprit cette spécificité que les auteurs ont composé ce recueil de textes à l'occasion d'une question d'agrégation. Afin de faire ressortir les caractères particuliers de cette période,
ils ont rassemblé près de cent trente textes et documents choisis à l'intérieur d'une gamme typologique très large : documents de fouille, textes hagiographiques, notices de plaids, actes de vente, chroniques, poèmes épiques... Par leur organisation thématique, ces sources - republiées ou traduites ici pour la première fois - permettent de saisir dans les détails la nature, l'ampleur et le rythme des transformations sociales à l'oeuvre en Occident entre les VIe et XIe siècles.
À visée pédagogique, ce livre est destiné aux étudiants et aux enseignants et a pour ambition de mieux faire comprendre une période certes fascinante mais d'une grande complexité. L'étude du haut Moyen Âge a fait l'objet, en effet, depuis la fin des années 1990, de profondes remises en cause méthodologiques. De nouvelles approches - qui ne cèdent en rien sur les exigences érudites de la méthode historique - sont apparues et ont enrichi la démarche scientifique par l'apport de problématiques relevant de l'anthropologie ; elles ont bouleversé
nos connaissances sur ces temps lointains. Par les choix que les auteurs ont opérés dans la documentation et par le classement qu'ils ont construit, ce livre prend toute sa place à l'intérieur des débats historiographiques et méthodologiques actuellement en cours.
Le prologue de l'Erikskrönika évoque la création du monde, manière habile d'introduire, parmi tous les pays créés par Dieu, le royaume de Suède. Placée ainsi au seuil de l'oeuvre, la Création renvoie aussi de façon métaphorique à l'acte même de rédaction de l'oeuvre. Ce lieu commun prend une autre dimension si l'on souligne que l'auteur inconnu a rédigé une oeuvre dont le genre n'existait pas encore en langue suédoise. Il est aussi le premier à composer, dans la première moitié du XIVe siècle, une oeuvre à partir d'une matière originale, l'histoire de son propre pays, sur près d'un siècle. La Chronique d'Erik ou Erikskrönika met en scène les luttes qui ont déchiré le royaume de Suède entre les années 1220 et l'élection du roi Magnus Eriksson en 1319. Cette chronique rimée est très connue dans son pays d'origine, principalement en raison de passages d'anthologie dont le plus célèbre est la longue description de la traîtrise du roi Birger qui invita ses frères à un banquet et qui les fit mourir de faim. Mais elle apparaît aussi comme un document rare sur les conceptions sociales et politiques du milieu aristocratique pour lequel elle fut rédigée. Cette traduction a pour but de présenter et de rendre accessible au public français, dans son intégralité, un des textes fondateurs du Moyen Âge suédois et mieux faire connaître ce royaume qui appartenait pleinement à l'Occident médiéval.
Frothaire fut placé sur le siège épiscopal de Toul par Charlemagne et exerça ses fonctions durant tout le règne de Louis le Pieux. Il a laissé une correspondance riche de 32 lettres qui nous le montrent surtout en relation avec la cour, la famille impériale et les grands officiers. Ces lettres aident l'historien à pénétrer la vie d'un évêque carolingien, à connaître ses préoccupations, ses difficultés. Dans l'ensemble varié des informations qu'elles nous fournissent, on retiendra particulièrement le déroulement d'une élection épiscopale, les obligations des évêques envers le souverain, les aléas de la vie quotidienne d'un prélat en charge d'âmes. Cette édition, avec sa traduction, apporte une contribution importante à la connaissance du genre épistolaire au IXe siècle.
Né du plaisir que procure la lecture des poèmes d'Eustache Deschamps (ca 1340-ca 1404), ce recueil entend aller à la rencontre d'une époque et d'un milieu à partir d'une sélection de soixante-dix pièces, extraites des 82 000 vers que comptent ses OEuvres complètes. Les poèmes sont répartis en dix thèmes faisant chacun l'objet d'un commentaire. Sous la conduite d'un homme frotté de culture cléricale acquise à l'Université, attaché à son terroir champenois et formé à l'administration dans la mouvance des serviteurs de Charles V (devenus plus tard les Marmousets), on découvre les grands traits d'une société qui valorise l'amour, l'honneur et la religion, on apprend à déchiffrer les symboles et les mythes prophétiques qui lui servent à exprimer ses aspirations politiques, on prend la mesure des maux dont elle souffre (le schisme, la guerre anglaise) et on prend bonne note des remèdes qui l'aident à supporter les tracas de la vie quotidienne. Outre les résumés placés en tête des poèmes, des notes offrant la traduction des mots ou expressions difficiles à comprendre permettent d'apprécier le charme, l'humour et la verve de ses sortes de " billets d'humeur " rédigés à l'adresse du roi et de la cour.