À la fois une enquête et un plaidoyer, cet ouvrage retrace un épisode majeur de la construction des grands ensembles d'après-guerre, l'opération dite Million, et milite pour la reconnaissance de ces immeubles d'habitation bon marché au titre d'éléments de patrimoine architectural à préserver et à faire vivre.
Construire un trois-pièces pour moins d'un million d'anciens francs (environ 23 000 d'euros;). Tel est l'objectif de l'opération Million lancée en France en 1954 par le gouvernement ; la crise du logement est alors à son apogée. L'agence de Georges Candilis, Alexis Josic et Shadrach Woods remporte le concours organisé l'année suivante et construira près de 4 300 logements sur vingt-huit sites. Tour à tour enquête et plaidoyer, l'ouvrage de Korinna Zinovia Weber relate cet épisode majeur et méconnu de la construction des années d'après-guerre et milite pour que les grands ensembles soient reconnus en tant que patrimoine architectural. Que reste-t-il de l'opération Million soixante-dix ans après sa mise en oeuvre ? Partant du terrain, l'autrice dresse un état des lieux, fait le relevé des bâtiments, ausculte leur matérialité, retrace leurs transformations successives : rénovations plus ou moins lourdes, démolitions partielles ou totales. Elle revient sur la genèse de l'opération et souligne la pertinence des choix architecturaux d'origine : organisation des bâtiments, typologie des logements, innovations constructives. Sensible et engagée, Korinna Zinovia Weber nous conduit au cœur de l'opération Million à la rencontre de toutes ses parties prenantes, sans oublier les habitants mobilisés pour sauvegarder leurs lieux de vie face aux intérêts financiers et politiques. Dénuée de tout fétichisme pour l'architecture moderne, l'autrice construit une connaissance utile et opératoire sur les grands ensembles, et nous invite à réapprendre à les transformer et à les habiter dans le contexte de ce premier quart du XXIe siècle confronté à une double crise, du logement et du climat.
Au croisement d'une approche esthétique et écologique, cet ouvrage richement illustré restitue la grande diversité des jardins d'Iran, bien plus somptueux et foisonnants que le modèle canonique du chahar-bagh . Les jardins persans sont une géométrie que dessinent une enceinte, des canaux perpendiculaires, un pavillon central, des lignes d'arbres, des mosaïques de fleurs, des damiers de fruitiers. Ils sont des poèmes, des récits, des ruines, des dessins que les archéologues font remonter au vie siècle av. J.-C. et même à 4000 ans av. J.-C. Ils sont aussi un héritage que les deux derniers siècles ont figé en un paradigme, le chahâr bâgh, légitimé tour à tour par un ancrage dans le Coran, des traces archéologiques, une architecture vernaculaire. Pourtant, architectes et historiens remettent aujourd'hui en question l'unicité de ce modèle, tracent d'autres généalogies, notamment zoroastriennes, et révèlent des usages pluriels, de l'agriculture vivrière au rendez-vous galant, de la chasse au retranchement militaire. D'autres regrettent la réduction du jardin persan à un stéréotype cédant à la culture de la représentation et du tourisme. Ces différentes interprétations dont le livre se fait l'écho soulignent la forme de palimpseste des jardins persans que les restaurations successives effacent ou révèlent. Leur permanence tient à leur matérialité mais aussi à leur immatérialité, – la plus difficile à entretenir –, émanant autant de l'évanescence des couleurs, des effluves, des bruissements que de la poésie elle-même.
Pour les architectes, le traité de Vitruve, écrit au ie siècle av. J.-C, fait figure de livre saint, aussi fondateur que mystérieux. À rebours de l'exégèse sans fin dont il a fait l'objet depuis sa redécouverte à la Renaissance, André Tavares se penche ici non pas sur le contenu théorique du texte ni sur la biographie de son auteur mais sur l'histoire matérielle de ses innombrables incarnations éditoriales, du volumen antique au livre de poche en passant par les copies médiévales et les grands in-folio imprimés. Depuis son editio princeps à Rome en 1486, il en existe en effet près de trois cents éditions – dont plus de la moitié paraissent au xxe siècle –, partielles ou abrégées, en fac-similé ou commentées, traduites dans la plupart des langues, européennes ou non. Explorant ce vaste corpus, le présent essai décrit l'évolution formelle du texte antique – mise en page, iconographie, rapport texte-image –, identifie les foyers géographiques de sa diffusion, retrace la trajectoire de ses éditeurs successifs, dont le travail éditorial et les commentaires ont orienté sa lecture, compare enfin les innombrables interprétations architecturales d'une simple phrase de Vitruve, celle consacrée aux cours dites " tétrastyles ". En suivant pas à pas la circulation et les usages du traité, il met ainsi en lumière sa construction progressive en tant que classique et, au-delà, le rôle des livres dans la pratique des architectes.
La critique d'architecture, ses enjeux et ses frontières incertaines avec la théorie et l'histoire de l'architecture suscitent un intérêt croissant depuis les années 1980. Afin de démêler les controverses, présentes ou passées, sur les multiples définitions de cet objet réputé insaisissable, ne faut-il pas dépasser les discours convenus et relativiser les constats pessimistes sur la supposée crise qu'elle traverse ? Au cours du xxe siècle, de nombreux architectes se sont interrogés sur les instruments spécifiques à la critique de leur discipline, mais aussi sur ses limites. L'ouvrage passe en revue, du point de vue de l'historien, l'essentiel des discours tenus de part et d'autre de l'Atlantique. Il déploie de la sorte un vaste spectre de conceptions de la critique d'architecture et pose la question de sa double origine, dans les théories architecturales et dans le jugement porté sur des productions esthétiques.
L'ouvrage sur Adolphe Alphand (1817-1891), propose trois axes de réflexions : Alphand et son inscription dans son époque, la réception et les influences qui émanent de son œuvre, ainsi que son travail au regard du développement du Grand Paris et des villes du XXIe siècle. Alphand est connu pour son travail d'embellissement de Paris aux côtés du baron Haussmann. À cette époque, il est chef au service des Promenades de Paris. Il œuvre avec ses collaborateurs à dessiner un nouveau paysage urbain. Ils créent des parcs, les Buttes-Chaumont, le parc Montsouris, le parc Monceau , et d'autres. Ils aménagent les bois de Vincennes et de Boulogne . On leur doit les boulevards parisiens avec des rangées d'arbres. Des écoles sont créées pour former les jardiniers, les horticulteurs, les techniciens de l'espace public : l'École du Breuil (1867), l'École nationale d'horticulture de Versailles (1873). Des serres et jardins de préparation et d'acclimatation innovants sont aménagés. Un service administratif, assurant la création et la gestion des parcs, jardins et promenades plantées est pensé et mis en place. Par rapport à la Ville de Paris, les orientations prises par Alphand et ses collaborateurs répondent de nos jours à certains impératifs environnementaux liés aux Plans climat et biodiversité. Certaines évolutions techniques pensées à l'origine dans une logique hygiéniste contribuent à diminuer aujourd'hui des risques liés aux changements climatiques. Il s'agit également de comprendre l'évolution de la notion de paysage urbain parisien dans ses rapports entre les espaces bâtis et les espaces ouverts, la transformation du sens de la notion de nature, l'entrecroisement des échelles et des rapports entre ville et banlieue particulièrement dans l'essor et la gestation du Grand Paris.
Référence bibliographique incontournable, l'anthologie d'Ulrich Conrads permet d'appréhender soixante-dix écrits théoriques charnières qui marquent l'architecture entre 1903 à 1963. Journaliste et critique d'architecture, Ulrich Conrads est le premier à entreprendre une anthologie de textes phares de l'histoire architecturale du XXe siècle. Publiée en 1964, elle présente chronologiquement soixante-dix programmes et manifestes significatifs d'une grande variété thématique rédigés entre 1903 et 1963. À travers cet ouvrage, Conrads démontre que les écrits des acteurs de la scène architecturale contemporaine sont aussi importants que leurs œuvres construites pour appréhender leurs gageures et idéaux respectifs. En parallèle, il fournit aux lecteurs une compilation pédagogique accessible et efficace pour s'initier et comprendre l'évolution de l'architecture sur six décennies. Objet de multiples traductions depuis sa parution, l'ouvrage d'Ulrich Conrads demeure une référence bibliographique incontournable.
(Texte provisoire) Le Droit nuit gravement à l'urbanisme Jean-François Tribillon À l'heure où les villes sont appelées à des mutations sans précédent, l'ambition de cet ouvrage est de contribuer à extirper l'urbanisme du carcan juridique qui l'enserre actuellement afin de lui redonner une forte capacité d'innover pour assurer une plus grande cohésion de la société. Il s'agit ni plus ni moins que de rendre à la science de la fabrication des villes, l'urbanisme, la capacité d'expérimenter au regard des exigences pressantes et légitimes tant de la participation que du développement durable. Si auparavant, le droit a assagi l'urbanisme en l'introduisant dans la cité et ainsi lui a permis de produire plus d'effets, aujourd'hui il lui interdit de préparer la " transition urbaine " qui sera le défi du siècle à venir. Jean-François Tribillon formule une critique des rapports entre l'urbanisme et le droit de l'urbanisme. Le droit, à l'origine, a beaucoup fait pour l'efficacité de l'urbanisme mais, aujourd'hui, il l'anesthésie et le bureaucratise, d'autant que la nécessité d'un développement urbain durable autrement exigeant se profile à l'horizon. L'ouvrage compte trois parties. La première partie expose en les commentant les principaux aspects et dispositions du code de l'urbanisme. La seconde propose une relecture critique des excès et entraves qu'il impose à la fabrication de la ville. La troisième partie, à vocation conclusive, consiste en l'élaboration de propositions de réforme afin de mettre les règles existantes en accord avec les attentes de la société en matière de gouvernance partagée tout comme en matière de ville durable. Jean-François Tribillon est juriste spécialisé sur les questions d'urbanisme et de développement des territoires en France et en Afrique. Il a enseigné l'urbanisme et le droit à l'École d'architecture Paris-la-Villette. Il a développé une activité de consultant dans ce domaine, pour une large part dans les pays francophones du Sud. Il est l'auteur chez La Découverte et aux éditions de la Villette de Vocabulaire critique du droit de l'urbanisme à l'usage des constructeurs des urbanistes et des collectivités, Villes en développement, L'urbanisme. Ce dernier ouvrage a connu trois éditions.