Peu d'auteurs ont provoqué d'aussi vives controverses que Salman Rushdie, au cours des 25 dernières années. Le jeune écrivain couronné par le Booker Prize en 1981 pour Les Enfants de minuit se trouvait en effet propulsé le 14 février 1989 sur la scène publique internationale pour y devenir, plus qu'un romancier célèbre, un symbole de la lutte pour la liberté d'expression, suite à la fatwa prononcée à son encontre après la publication des Versets sataniques.On peut dater de ce moment la naissance du terme d'islamophobie et de la polarisation idéologique entre un islam associé à l'obscurantisme, au terrorisme et un monde " démocratique " : comme si l'affaire Rushdie avait planté le décor des événements du 11 septembre 2001, devançant les débats du XXIe siècle.Dans sa première édition (1999), l'ouvrage de Damian Grant proposait une analyse littéraire détaillée des premiers romans de Rushdie, ainsi qu'un survol de la critique. Une seconde édition, publiée en 2012, poursuit ce travail en abordant l'œuvre romanesque depuis 2000. Replaçant chaque texte dans son contexte, cette étude suit les inflexions de la nouvelle voix fictionnelle créée par Rushdie, inspirées par la fusion de sa puissante imagination avec des mondes différents, parfois sombres, jaillis de la diversité de notre univers contemporain. La présente traduction est la première à donner au lecteur français cette vision d'ensemble d'une œuvre incontournable, ainsi qu'une introduction indispensable à celle-ci.
Cette analyse microscopique des poèmes de D.H. Lawrence dévoile l'hétérogénéité essentielle de sa voix poétique.Le masque, objet cultuel, religieux, théâtral, est ici forgé en un objet d'analyse poétique par le biais duquel l'on repère les nœuds poétiques où la voix du poète se dit tout en recourant paradoxalement à une autre voix, un autre discours déjà existant. Ces bribes d'intertexte ou de voix empruntées à des personae fonctionnent comme des masques.En laissant ainsi entrevoir les mécanismes sous-jacents de la voix poétique de Lawrence, la lecture des poèmes par le prisme du masque comme concept esthétique permet de comprendre comment cette voix singulière, bien que souvent considérée comme marginale sur la scène poétique moderniste, s'inscrit toutefois dans un zeitgeist littéraire imprégné des questions de personnalité et d'impersonnalité. Si Lawrence se distingue manifestement de son contemporain T.S. Eliot, dont la " théorie de l'impersonnalité " vise à faire disparaître de sa poésie les émotions du poète, Lawrence exprime le souhait de s'affranchir de la personnalité dans le but singulier de mettre le lecteur et l'homme en général en contact avec l'immédiateté, les émotions, le quick, la substance de l'existence. Cet ouvrage démontre comment les divers masques poétiques (féminins, intertextuels, religieux) répondent de manière inattendue à l'ambition du poète de faire se retirer l'ego de l'espace poétique au profit d'une promotion de la substance vivante.
La plupart des romans policiers de Dorothy L. Sayers sont disponibles depuis des années en version française. Cependant, Le cœur et la raison, le plus connu et le plus vendu de ses romans dans le monde anglophone publié avec le titre Gaudy Night, n'avait jusqu'à ce jour jamais trouvé de traducteur.À mi-chemin entre le roman policier classique et le roman traditionnel, Le cœur et la raison plonge le lecteur dans l'ambiance de l'Angleterre des années trente où les femmes luttent pour leurs droits, inquiètes face à l'idéologie qui s'impose dans l'Allemagne nazie. Sayers parvient à créer une intrigue passionnante, émaillée de lettres anonymes et de menaces de mort, ayant pour toile de fond, une réflexion profonde sur les valeurs universitaires et les conditions nécessaires à l'épanouissement de chacun dans le couple.Comme le constate la romancière P.D. James en 2009 : " Le cœur et la raison est un mariage réussi du roman à énigmes et du réalisme social. C'est la démonstration même, pour moi qui suis écrivain aujourd'hui, qu'il est possible de construire un polar crédible et fascinant, et de l'associer à une thématique d'une grande subtilité psychologique ".
Les Écossaises jouèrent un rôle essentiel dans la construction de leur nation, rôle que l'historiographie nationale a le plus souvent minimisé ou tout simplement occulté. En mobilisant deux champs historiographiques, l'histoire de l'Écosse d'une part et celle des femmes d'autre part, les auteurs du présent ouvrage ont comme ambition de participer à l'écriture d'un passé écossais au féminin et, ce faisant, de réhabiliter ces oubliées de l'histoire.Le premier chapitre de cet ouvrage aborde la question de l'exclusion des femmes du discours sur le nationalisme en étudiant tout d'abord les thèses de la pensée politique écossaise en matière d'exclusion des femmes de la sphère politique. Le XVIe siècle, particulièrement prolixe sur la question, en raison de la succession au trône d'Écosse d'une femme en la personne de Marie Stuart, s'est imposé comme le point de départ pour cette enquête sur la longue durée. Le second chapitre de ce livre porte sur cette période cruciale où les Écossaises luttèrent pour être reconnues comme membres à part entière de la communauté afin de pouvoir influer sur son destin en exprimant leurs opinions dans les urnes. Enfin, le troisième chapitre vient mettre en scène le moment historique où la création d'un nouveau Parlement écossais fut l'occasion de déclarer collectivement que la démocratie à l'écossaise ne pouvait être sans les femmes.Ce livre ne s'adresse pas seulement aux spécialistes d'histoire écossaise mais à tous les lecteurs intéressés par les études sur le genre et les thématiques de la nation et de la construction identitaire.
Avec sa succession de bouleversements institutionnels, le dix-septième siècle anglais fut un fabuleux terrain d'expérimentation et de réflexion politique d'où surgirent les grandes théories modernes. A cette période, philosophes et acteurs engagés tentèrent de penser, avec une acuité particulière liée aux événements (guerres civiles, régicide, république, dictature), les tensions inhérentes au pouvoir, tout à la fois perçu comme contraignant, tyrannique et libérateur. Quatre d'entre eux ont été retenus : Thomas Hobbes (1588-1679), le théoricien de l'absolutisme, James Harrington (1611-1677), le républicain classique, Algernon Sidney (1623-1683), le martyr whig, John Locke (1632-1704), le père du libéralisme. Le propos de l'ouvrage est de montrer que, par-delà leurs différences, ces quatre penseurs partagent une approche qui constitue le socle commun d'une théorie de l'Etat moderne. Leur doctrine s'affranchit de l'exercice utopique comme de la théorie de la raison d'Etat et se conçoit comme une anatomie du corps politique.Par un examen minutieux des textes, l'auteur cherche à s'écarter de l' interprétation trop " idéologique " sans doute accentuée par les combats de l'histoire. Elle met en évidence un objet philosophique commun aux quatre auteurs, que l'on retrouve au cœur de toute conception moderne du pouvoir.
Le dépassement du masculin/féminin dans la quête de Dieu
L'auteur des célèbres Chroniques de Narnia, ami de Tolkien, était-il misogyne ? Partant de cette question, ce livre explore la façon dont C. S. Lewis envisageait le masculin / féminin. Au premier abord, sa vision, inspirée des Anciens, semble très traditionnelle, hiérarchique et essentialiste. Toutefois, l'étude attentive de l'ensemble des écrits de Lewis révèle un auteur moins conservateur qu'il y paraît. En effet, son attachement au message résolument subversif du christianisme lui permit de concevoir le dépassement des valeurs traditionnelles d'une façon surprenante pour un homme de son milieu et de sa génération. Dans les grandes religions monothéistes, de tendance patriarcale, les femmes se trouvent souvent reléguées au second rang. Historiquement, le christianisme a plutôt permis d'améliorer la position sociale de la femme, mais il a aussi contribué à en donner une image défavorable, celle d'une tentatrice, ou celle d'un être faible physiquement et moralement, plus prompt à se laisser séduire par le mal que l'homme. Rares sont les penseurs et théologiens chrétiens qui, au cours des siècles, ont cherché à réhabiliter la femme et ceux-là sont souvent tombés dans le piège inverse, consistant à l'idéaliser, qui ne lui permet pas davantage d'être elle-même. Il semble que ce soit une des grandes originalités de C. S. Lewis d'avoir su donner une place essentielle et valorisante au " féminin " dans le christianisme, car il est pour lui la voie qui mène à Dieu.
L'ensemble des romans de Graham Swift publiés à ce jour sont abordés ici à travers une question qui, dès le début, s'impose comme centrale dans son œuvre. La voix constitue un mode d'entrée privilégié dans le texte swiftien ; inversement, Swift nous permet de mener une réflexion qui trouve sa pertinence au-delà du cadre des études anglophones. Il s'agit de partir en quête de cette voix silencieuse qu'est la voix du texte – voix qui en s'installant ici sur le " devant de la scène " nous pousse également à interroger les liens étroits et complexes qu'elle noue avec le regard. La lecture pointue des romans s'accompagne d'une réflexion théorique qui invite le lecteur à se mettre à l'écoute des critiques, philosophes, psychanalystes et écrivains qui, chacun de leur point de vue, ont pu écrire sur la question. S'engage par ailleurs un débat sur la fiction contemporaine : ciment du texte, la voix a en même temps pour effet de fissurer le roman, de défaire ou de mettre sous tension ses unités et ses divisions ; illusion d'une présence ou masque d'une béance, elle est aussi appel inlassable lancé au-dessus du vide. Entre ceux qui ont érigé Swift en champion d'un postmodernisme défini parfois étroitement et ceux qui réaffirment la dimension " réaliste " de ses romans dans la mouvance de ce qu'ils nomment " le tournant éthique des années 90 ", cette étude tente de se positionner en montrant comment le texte swiftien se donne à la fois comme le lieu d'une impossible conversation et comme l'espace d'un infini partage.
De l'atmosphère feutrée et studieuse de la bibliothèque de l'université de Cambridge aux ruines fumantes de l'hôtel Marriott de Jakarta après l'attentat de 2003, en passant par les paysages dévastés par la sécheresse des grands espaces australiens, Dennis Haskell observe en poète la nature, les hommes et l'action de ses contemporains au fil de ses voyages. Il inscrit ses pas avec modestie dans ceux de ses illustres prédécesseurs qu'il caractérise magistralement en quelques coups de pinceau rapides, et affirme avec force l'importance du poète dans une société obnubilée par l'omniprésence d'une technologie asservie aux intérêts d'une vision à court terme du monde. À travers les tableaux pleins d'humour qu'il nous présente des sites qu'il a visités, et des personnages qu'il a rencontrés, Dennis Haskell reconstruit une esthétique pleine d'espoir composée d'images, de couleurs et d'harmonies faisant écho à une conception de la société au cœur de laquelle se trouvent l'homme et la femme, unis dans un même combat contre l'indifférence et la barbarie, pour que triomphent la chaleur des relations humaines et la puissance créatrice de la poésie.
Le New Labour constitue une marque politique sans égale qui peut s'enorgueillir des trois victoires électorales successives remportées par les Travaillistes depuis 1997. Mais, dans le même temps, il évoque paradoxalement les pires travers d'une stratégie fondée sur la personnalisation du pouvoir et la priorité donnée à la présentation plutôt qu'au contenu. À l'heure du départ de Tony Blair, le parti travailliste, confronté à l'hémorragie des adhérents gagnés aux premiers temps du New Labour ainsi que de ses militants traditionnels, est considéré comme une organisation moribonde. Cet ouvrage, fondé sur l'observation ethnographique des pratiques du parti travailliste britannique, présente une analyse des changements internes que cette institution a connus ces quinze dernières années. Il apporte des informations précises sur son fonctionnement passé et présent et sur ses transformations. Empruntant à l'anthropologie, à la politologie, en passant par la sociologie des organisations ou la sociologie des émotions, l'ouvrage met en lumière la dimension personnelle et individuelle du changement organisationnel tout autant que la stratégie générale des modernisateurs à l'origine des réformes. Enfin, il montre comment le modèle culturel de l'entreprise mis en œuvre à tous les niveaux du parti est entré en conflit direct avec la culture partisane travailliste.
Steven Millhauser, né en 1943 à New York, est l'auteur de trois romans, dont l'un, Martin Dressler, The Tale of an American Dreamer, fut récompensé du Prix Pulitzer en 1997, de nombreux contes et cinq recueils de nouvelles ainsi qu'une novella. Entre rêve et réalité, ses fictions transforment le plus banal des quotidiens en une magie visuelle servie par une attention extrême au monde. Chacune des pages de Steven Millhauser nous convie à ne pas participer à ce qu'il nomme la " conspiration de la banalité ", si néfaste à l'imagination.
Gerard Manley Hopkins (1844-1889) est l'un des poètes de langue anglaise les plus singuliers, par son rapport passionné avec le Créateur et son émerveillement devant la beauté. La théologie de la Création, la décréation chez Simone Weil, et la pensée de Hopkins lui-même, fournissent le contexte intellectuel de cette étude. La grande ode de 1875 marque l'éclosion de l'ðuvre poétique avec une puissance inouïe dans la poésie anglaise. Le poète rend gloire à Dieu, mais la relation à Dieu est également ténébreuse puisqu'elle se vit dans le combat et dans l'attente. La beauté, pour Hopkins, peut être dangereuse, surtout celle du Christ, incarnation parfaite de la beauté. L'enthousiasme, l'attention mais aussi la fatigue et le dénuement sont autant de lieux d'inspiration où la voix du poète se fait entendre en toute sa profusion.
Cette étude de la vie et de l'oeuvre de Wilkie Collins - romancier anglais (1824-1889) dont The Woman in White est toujours lu aujourd'hui - est la thèse de Doctorat d'Etat de Jean Ruer ; professeur de Littérature et Civilisation Britanniques à l'Université de Lille III, inédite lors de la disparition de celui-ci en août 1987. Les amis lillois de Jean Ruer ont entrepris la publication de cet ouvrage d'intérêt majeur pour la connaissance d'un auteur et de la littérature et civilisation de la Grande-Bretagne au XIXe siècle. Patrick Rafroidi, Président Honoraire de l'Université de Lille III et professeur à la Sorbonne-Nouvelle - lui aussi disparu aujourd'hui - et Pierre Coustillas, professeur à l'Université de Lille III-Charles de Gaulle, ont apporté, le premier une préface, le second une mise à jour de la bibliographie, à un travail qui a par ailleurs été reproduit en l'état.