Depuis le milieu du 20e siècle, le complexe chimique d'Estarreja, au Portugal, a rejeté dans ses sols, ses fossés et sa lagune des quantités massives de résidus toxiques – mercure, arsenic, métaux lourds –, faisant de cette ville la plus polluée du pays.
Visites en terres confinées est un essai graphique et ethnographique qui donne à voir, en 144 peintures réalisées à partir de photographies de terrain, les lieux emblématiques de cette histoire environnementale : une décharge de boues industrielles, un dépôt de cendres confiné, un fossé réhabilité, une nappe phréatique contaminée, une lagune agonisante et une zone humide en voie de reconquête. L'ouvrage alterne images colorées, voix d'habitants, d'ingénieurs et de chercheurs, pour restituer non pas la catastrophe brute, mais les lents processus de réparation et de mémoire collective.
Nourri de quinze ans de recherches interdisciplinaires au sein de l'Observatoire Hommes-Milieux Estarreja (CNRS/Labex Driihm), cet essai à la croisée de l'anthropologie, des sciences de l'environnement et de la création graphique se veut résolument accessible et positif : il documente ce qui a été fait, ce qui reste à faire et tout ce que des populations " vivant avec " la contamination ont appris à regarder autrement.
Un livre à la fois scientifique, militant et sensible, destiné autant aux chercheurs qu'au grand public.
Délicatement illustré de dessins au crayon de l'auteur, cet ouvrage nous offre une série de vignettes qui sont autant de croquis de personnes rencontrées par un ethnologue tout au long d'une carrière bien remplie. Par l'évocation poétique de gens côtoyés jadis et ailleurs, Georges Augustins retrace ainsi son propre parcours, de Madagascar au Portugal, en passant par la Bretagne et les Baronnies des Pyrénées.Glorifiant des interlocuteurs " ordinaires " croisés au gré des terrains, cet ouvrage est bien plus qu'un livre de souvenirs. C'est un essai sur le souvenir, une réflexion sur la réminiscence et sur la valeur imprescriptible des relations interpersonnelles dans le métier d'ethnologue.Modérément nostalgique, systématiquement altruiste, émouvant et subtil, voici donc un livre d'autant plus attachant qu'il a su réconcilier l'introspection et le recentrement sur autrui. Pour ne rien gâter, l'humour est toujours au rendez-vous, les traits de plumes valant ceux du pinceau pour brosser ces croquis craquants, à croquer sans modération.
Dans la lignée des grands projets encyclopédiques de l'art brut ou du Bestiaire d'Aloys Zötl, l'encyclopédie formidable et démesurée du docteur Kulkarni consiste en une collection unique de plusieurs centaines de portraits astrologiques. Décrivant les visages, les crânes, les paysages, les minéraux et leurs principes de formation dérivés de l'influence des astres, cet astrologue indien aurait sans doute fasciné l'auteur de l'art magique, Breton et les surréalistes.
Dessinateur pendant de longues années sur des chantiers archéologiques, le docteur Kulkarni a ouvert un cabinet de consultation astrologique et entrepris de faire les portraits de ses clients. Réputé pour avoir conçu une méthode de dessin inédite permettant, sans l'avoir jamais vue et à partir de son horoscope, de recomposer le visage d'une personne, le Pandit mûrit le projet monumental d'une encyclopédie astrologique illustrée de la destinée humaine, mettant ses connaissances dérivées de l'archéologie au service d'une pratique thérapeutique. Une chose est sûre, le docteur Kulkarni n'est ni un astrologue banal, ni un artiste comme les autres. Pour saisir les rouages de son entreprise sans équivalent, l'auteur n'a pas eu d'autre choix que de devenir à la fois client et disciple, invitant le lecteur à suivre une consultation pleine de péripéties au terme de laquelle il verra vaciller bien des idées préconçues sur la nature de l'astrologie.
Exposés dans les principaux musées d'ethnologie, les costumes des minorités ethniques du Yunnan sont renommés pour leur beauté aussi bien que pour la complexité technique de leur fabrication. Mais ils sont également porteurs de multiples messages. Dans cet ouvrage destiné à un large public, Bernard Formoso déchiffre les motifs qui décorent ces costumes comme autant d'éléments d'un système symbolique. C'est ainsi que la nature de chaque vêtement tout comme l'agencement des formes et des couleurs expriment en condensé le rapport au monde du sujet. Par référence à la pensée chinoise où l'idéogramme condense les propriétés de l'objet représenté, les vêtements régulent ce rapport cosmologique de manière efficace et positive. À travers huit études de cas couvrant le large éventail des familles ethnolinguistiques du Yunnan, l'auteur montre que le port du costume et son éventuel remodelage stylistique cristallisent localement des enjeux politiques et identitaires exacerbés dans le contexte postcommuniste de la globalisation touristique. Objets signifiants par excellence, les vêtements sont pour l'ethnologue d'utiles révélateurs des rapports de force entre groupes ethniques soumis à des processus d'acculturation.