Écrivains et journalistes face à la violence d'État (16e-20e siècle)
Mise à l'écart brutale des opposants, répression sauvage des révoltes, atrocités sans nom des crimes contre les civils, brutalités des armées, le déchaînement de la violence par les États est une triste constante de l'histoire. Face cette violence, les hommes de plume sont souvent parmi les premiers à prendre parti, notamment lorsque leurs écrits antérieurs les ont plutôt amenés vers des positions de tolérance, voire d'humanisme. N'en restent pas moins les faits et l'explication de ceux-ci présentée par les gouvernants. Au nom de la défense de la religion, au nom du salut public, au nom de la défense nationale, au nom de toutes les explications à leur disposition, ils s'empressent de justifier la violence par eux déchaînée et espèrent trouver des relais à leurs justifications chez les hommes de plume. Certains finissent par adhérer à cette thèse des " circonstances " qui explique tout et rend la violence d'État sinon juste, à tout le moins tolérable. D'autres, au contraire, participent de ce que Peter Weiss nommait " l'esthétique de la résistance ", et utilisent leur plume pour dire ce qui paraît indicible, pour témoigner au nom de l'humanité brisée.Le présent numéro des Cahiers du GRHis entend croiser des portraits de ces hommes de plume face à la violence déchaînée par certains États. Cette réflexion à plusieurs voix, portant sur des thèmes allant de la première modernité au 20e siècle, nous permet de mieux appréhender l'une des facettes de l'identité de l'homme de plume, qu'il soit écrivain ou journaliste : un témoin face à la violence, comme ont pu l'être par leurs oeuvres un Callot ou un Goya.
Dans l'Antiquité tardive, les jeux et les spectacles furent une composante de l'identité culturelle romaine et en même temps, ils furent plus que cela. En effet, les rituels et le cérémonial des ludi étaient si essentiels pour l'existence de l'Empire que les empereurs chrétiens eux-mêmes ne voulurent ou ne purent les abolir. Dans un temps de déprise des spectacles en Gaule, aux 3e-4e siècles, des ludi circenses, des jeux du cirque, continuèrent à être donnés à Trèves, Vienne, Arles, des cités qui étaient résidences impériales. Lors des ludi scaenici, bien souvent, les spectacles de pantomime et de mime mirent en scène des thèmes religieux, païens, juifs, chrétiens. Dans l'Italie ostrogothique et l'Afrique vandale où la tradition romaine des spectacles perdura, certains intellectuels comme Luxorius de Carthage se firent les chantres des spectacles romains d'autres comme Cassiodore essayèrent de concilier les spectacles et le christianisme, par le biais d'une virtuosité littéraire et culturelle.
Pendant des siècles, des États allemands ont coexisté au sein du Saint-Empire germanique, créant des frontières plus ou moins perméables et concourrant aux particularismes.Depuis le 19e siècle, l'unité allemande et la montée des nationalismes, allemand mais aussi voisins, ont fait de la question des frontières en Allemagne et des pays de langue allemande un enjeu géostratégique, puis un enjeu quasiment biologique. Au cours du 19e siècle, le contexte international et les logiques des politiques des États de la région ont conduit à un renforcement des frontières ; au coeur de l'Allemagne, une barrière matérielle infranchissable a même été dressée pendant près de trente ans. Les frontières d'État ne sont pas seulement des lignes plus ou moins bien matérialisées sur le sol suivant les volontés politiques, mais elles marquent les mentalités, rythment la vie quotidienne, jouent un rôle fondamental dans la construction des identités personnelles et collectives. Elles produisent et entretiennent de la différence, compliquant ainsi les rapports avec les voisins, ces " Autres ".
Au tournant des 18e et 20e siècles, une notion appelée à un avenir durable fait son apparition dans le vocabulaire politique : l'"homme politique". Si, en un sens, le concept précède alors la réalité, 1789 est un temps fort de la naissance de cette notion. Les personnages qui s'investissent dans la politique sont alors souvent en représentation, que celle-ci soit méliorative ou dépréciative, qu'elle leur soit imposée ou qu'elle soit volontaire (voire qu'elle soit une autoreprésentation). Le volume propose des éléments de réflexion sur cette notion et rassemble quelques portraits d'"hommes politiques" en représentation.
L'ouvrage contient huit contributions qui étudient les rapports entre la médecine, les malades et les institutions sociales, sur une longue durée de l'Antiquité à nos jours : le rôle du médecin dans une société donnée, le traitement collectif des épidémies, la prise de conscience de la nécessité d'une politique de santé, la place de la médecine dans certaines institutions, la prison par exemple, l'émergence de la médecine préventive. Il ne s'agit pas d'étudier les relations personnelles entre le médecin et le malade, mais de montrer l'organisation de la médecine en réseau. Les exemples pris en Italie voisinent avec ceux issus de régions françaises, Bretagne, Normandie, Savoie et Lorraine.
L'option méthodologique de cet ouvrage collectif portant sur les invasions viking dans l'Europe du nord-ouest (Danelaw, Orcades, Normandie) dépasse le cadre d'un simple recensement des territoires envahis. Il s'agit plutôt d'aborder de manière dynamique la formation des établissements scandinaves dans ces régions. Pour réaliser cette tâche, les sources documentaires, toponymiques et archéologiques ont été sollicitées. Ce sont donc les différentes phases de la conquête des Vikings qui sont retracées, ainsi que les conditions sociales, politiques, économiques et géographiques qui ont présidées aux invasions. Enfin, l'ouvrage aborde les relations entre populations locales et envahisseurs.
L'histoire de la lèpre et des lépreux touche à tous les aspects de la vie de l'homme en société et ce à toutes les époques, des plus reculées aux plus actuelles. Les études bilingues (anglais-français) rassemblées dans l'ouvrage apportent des éléments de réponse sur les sociabilités entretenues par les léproseries dans différents lieux (France, Angleterre, Allemagne, Jérusalem…) et à différentes périodes (du 12e au 17e siècle). La structuration d'un cimetière dans la léproserie de Saint-Jacques de Chichester, l'évolution du rapport entre les malades et le personnel dans les léproseries du diocèse de Cambrai au 12e siècle ou encore l'attitude des croisés face à la lèpre et aux lépreux sont autant d'études qui abordent, à partir d'une question centrale, la problématique de la sociabilité.
Journées d'études du GRHIS, maison du parc de Brotonne, 21 oct. 1995
Centré sur les problèmes engendrés par le patrimoine et ses rapports avec le monde et avec le public actuels, l'ouvrage aborde trois aspects principaux particulièrement représentatifs de la Normandie : le patrimoine industriel, le patrimoine urbain et le patrimoine archéologique qui, tous trois, posent des problèmes spécifiques. Il tente de définir les manières de préservation de ces trois types de patrimoine, de préciser ce qu'il convient de conserver et avec quel objectif, de proposer des modalités de mise en valeur et de présentation au public. Au-delà de la recherche théorique et de la simple connaissance du patrimoine, l'intervention de professionnels et des gens de terrain permet d'aborder les problèmes concrets de reconnaissance et d'aménagement.
Malgré son Ordre, sa Constitution et ses rites, la franc-maçonnerie n'est pas une entité unifiée. Les identités collectives laissent émerger des identités individuelles si fortes qu'elles initient des pratiques et des comportements. En effet, ces personnalités marquent à la fois l'histoire de leur loge et l'histoire profane, la manière dont elles ont entraîné leur Ordre à suivre le mouvement de l'histoire et à y participer (Révolution française, Troisième République, Seconde Guerre mondiale). Cette mise en valeur d'individualités montre que l'histoire de la franc-maçonnerie ne peut s'en tenir à des analyses structurelles et globalisantes. Partant de ce postulat, les contributions rassemblées ici traitent de la mémoire des francs-maçons et non de la franc-maçonnerie et de sa mémoire.
L'historiographie ouvrière a été longtemps surdéterminée par l'histoire politique : la classe ouvrière est alors réduite au mouvement ouvrier. Les perspectives macro-sociales dans un premier temps et l'histoire des mentalités après 1970 l'ont renouvelée sous l'influence des concepts et méthodes de la micro-sociologie, de l'anthropologie et des culturalistes. L'investissement des historiens comme des sociologues dans la sociabilité ouvrière s'inscrit, comme point d'aboutissement actuel, dans cette évolution de l'historiographie ouvrière.
Depuis 1947, les dockers offrent l'un des rares exemples nationaux de très forte syndicalisation. Ils sont l'objet de clichés et de légendes (noires ou rouges) qui surchargent la représentation habituelle de la profession. Jusqu'à ce jour et à la différence de ce que l'on observe à l'étranger, le syndicalisme a moins retenu l'attention des historiens que des sociologues et des ethnologues. Qu'il s'agisse du travail, de ses formes et de son rôle dans la construction de normes et des rapports sociaux, les ouvriers des quais, le groupe professionnel et son organisation sont au carrefour d'interrogations essentielles. De ce point de vue, la période postérieure à 1945, marquée par l'entrée en vigueur de réformes inspirées de revendications anciennes et communes à tous les dockers européens, n'est pas moins dénuée d'intérêt.
De l'Antiquité à nos jours, les communautés organisées autour de la musique ont connu des formes diverses. La sociabilité dont il est ici question concerne aussi bien les auditeurs que les musiciens, c'est-à-dire une analyse des rapports entre la musique et le corps social. Des fanfares villageoises aux sociétés savantes, de la communauté informelle des compositeurs à celle du public, la diversité de ces regroupements induits par la musique témoigne de son pouvoir rassembleur, mais aussi des stratégies de distinction qu'elle suscite, tant de la part des différents groupes sociaux qui s'y reconnaissent que de celle des créateurs soucieux de se constituer un monde musical propre.