Le destin des écrits de Julien chez les auteurs païens et chrétiens du IVe au VIe siècle
Empereur épris de philosophie et païen militant, Julien (331-363) est l'auteur d'une œuvre abondante et variée, aussi passionnante que son existence romanesque. Il était tentant de suivre les traces de ses écrits (lettres, discours, lois, spéculations philosophiques ou théologiques, ouvrages polémiques, confidences autobiographiques) chez les lettrés de la fin de l'Antiquité. Qu'ils soient philosophes, historiens, rhéteurs; qu'ils soient païens ou chrétiens, ils furent nombreux à faire appel à des formules, des concepts, des textes de Julien. On croisera donc ici non seulement les grands écrivains de l'époque (Libanios, Ammien Marcellin, Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostome) mais aussi des auteurs moins connus (Saloustios, Sozomène, Philostorge, et bien d'autres!). Tous ont fait preuve d'une extraordinaire inventivité littéraire, mêlant ironie, citations détournées, subtil double langage. C'est cette scène intellectuelle dominée par la dernière grande polémique entre christianisme et paganisme – un véritable " choc des cultures " – que reconstitue cette étude philologique qui apporte un éclairage nouveau sur l'histoire de l'Antiquité tardive.
De 1917 à 1923, Hermann Weyl s'implique prioritairement dans la réflexion sur les fondements de la théorie de la relativité générale et de la géométrie différentielle. Sa pensée sur l'espace est riche de multiples motifs philosophiques dont le texte d'Espace-Temps-Matière nous fournit une admirable synthèse.Comprendre l'unité de la pensée philosophique de Weyl sur l'espace demande de résoudre un conflit entre deux entités aux traits radicalement différents ; il s'agit, d'un côté, de l'espace mathématique, et de l'autre, du champ métrique dynamique issu des travaux d'Einstein.Comment Weyl peut-il défendre à la fois la position idéaliste d'un espace comme forme de notre intuition, nécessairement homogène, et l'idée einsteinienne d'une métrique hétérogène qui ne peut être fixée a priori, mais qui doit s'adapter dynamiquement à l'évolution de la distribution de matière dans l'espace ?
Aujourd'hui, au Tibet, de nombreuses femmes entrent encore au monastère pour s'adonner à la pratique des enseignements du Bouddha. Quelles raisons les poussent à rompre avec les devoirs d'alliance et d'enfantement imposés aux femmes par cette société ? Quels espoirs les amènent à faire ce choix ? À partir d'une recherche ethnologique menée dans deux monastères, l'un situé au Tibet et l'autre en Inde, cet ouvrage décrit et analyse la façon dont les nonnes envisagent, construisent et organisent leur vie communautaire. Il rend compte des changements importants qui caractérisent le monachisme féminin, notamment depuis le renouveau religieux des années 1980.À travers les thèmes du genre, de la maladie, de la parenté et des défis lancés par les mutations contemporaines, c'est toute la société tibétaine actuelle qui apparaît en filigrane.
Créée par Joseph Wresinski en 1972, et depuis constituée en réseau international, l'Université populaire Quart Monde s'inscrit dans la lignée des travaux de praticiens de l'émancipation tels Paulo Freire, Saül Alinsky et Danilo Dolci. Exclus de la société et citoyens soucieux de lutter contre la misère y élaborent ensemble des savoirs facteurs de changements sociaux.Le présent ouvrage s'articule autour d'un axe central : le rapport entre pouvoir, savoir et émancipation. Il interroge l'histoire, le projet, l'ingénierie, les principes de ce lieu où se construit un " penser ensemble ", préalable indispensable à tout " vivre ensemble ". Les processus de construction du savoir et d'émancipation sont montrés dans leur émergence, en s'appuyant sur la réflexion et l'analyse des participants qui vivent dans la grande pauvreté.
L'homme de Neandertal est sûrement l'un des hominidés les plus mystérieux de notre histoire. Ayant vécu pendant près de 200 000 ans en Europe sous des climats parfois très rudes, il a disparu mystérieusement vers -30 000 ans. Très proche de nous, ayant des capacités cérébrales égales aux nôtres, il est pourtant peu connu. Des polémiques concernant sa capacité à se structurer socialement font rage depuis des décennies. Cet ouvrage à l'approche méthodologique novatrice, réfléchit aux outils analytiques qui permettent de révéler des traits identitaires et de comprendre le cheminement de ces populations jusqu'à leur extinction. Dix séries lithiques (silex) du Bassin parisien datant du Weichselien ancien (de -110 000 à -70 000 ans environ) ont été observées selon une grille de lecture originale qui les confronte selon quatre échelles d'analyse. Si à une échelle générale les séries se sont révélées très proches, il en fut tout autrement selon une échelle d'analyse fine où cinq groupes ont été distingués. Analysés sous l'angle de la géographie culturelle, ces groupes révèlent des traditions techniques distinctes ainsi qu'une structuration tout à fait singulière de l'espace.
Henri III, roi énigmatique ? L'étude des textes n'offrait pas d'explications totalement satisfaisantes aux nombreux paradoxes du monarque. Elle devait être complétée par l'analyse d'autres types de documents voulus par Henri III, pensés, construits et commandés par lui à destination de ses sujets : des images, dont la rareté souligne davantage encore l'importance.Car ce petit-fils de François Ier a utilisé les images comme on le faisait des mots en rhétorique : pour leurs pouvoirs discursif et persuasif.Le déchiffrage de ces images a permis de mettre en évidence des détournements par rapport aux normes de l'iconographie chrétienne édictées par Rome et de révéler le rôle messianique qu'Henri III a cru tenir. Il a été alors possible d'effectuer une nouvelle lecture des textes, en particulier des statuts de l'ordre du Saint-Esprit et des confréries pénitentielles. Conjointement, ont pris sens les actions politiques et religieuses du dernier Valois.
Dans les années 1890, on assiste à une dénonciation croissante des abus de pouvoir en Algérie coloniale. La compétition électorale de la minorité française en est souvent à l'origine. Mais l'attention du Parlement et de la presse métropolitaine grandit pour transformer ces affaires en " scandales algériens ". Ils donnent à voir un système politique et administratif gangrené par la violence, le clientélisme et la corruption qui sont nourris par l'abondance des fonds publics dans une colonie de peuplement boudée par le grand capital. Comme pratique et représentation du pouvoir, l'abus est alors facilité par le droit, la confusion du droit et la défaillance des institutions de contrôle, dans un contexte plus général de sous-administration. Ces données sont parfaitement intégrées par les agents de l'État et l'ensemble des administrés ; elles développent un sentiment d'impunité, des stratégies de participation ou de contournement, propres à faire durer le système.
On a beaucoup écrit sur les origines grecques de la démocratie. Mais sait-on que plus de dix siècles avant l'instauration de ce régime dans l'Athènes antique, l'exploitation des terres communes étaient confiée au damos ? Que les rois célébrés dans l'épopée ne se seraient pas risqués à agir sans tenir compte de " l'opinion " du dèmos ? Ou qu'à Olympie, où rivalisait la fine fleur de l'aristocratie grecque chantée par Pindare, on pouvait faire appel d'un jugement de quelques puissants dirigeants devant le dèmos réuni ? À travers l'examen exhaustif et contextualisé de toutes les sources archaïques, se déploie ainsi l'histoire lointaine et méconnue d'un mot, dèmos, des réalités historiques qu'il désigne et des idées qu'il contribue à faire naître. En étudiant la formation des premières communautés de la Grèce antique et les tensions qui les ont traversées, ce livre se présente comme un véritable retour aux sources de notre réflexion politique.
Dans la littérature juridique, on pose très souvent la question du statut de l'embryon/fœtus humain en se demandant si, d'un point de vue prescriptif, ce dernier doit être considéré en droit comme une personne ou comme une chose. Or, plutôt que de proposer une réponse à cette question prescriptive, le présent ouvrage adopte un point de vue descriptif et axiologiquement neutre. Son objet consiste à examiner les fondements éthiques des discours juridiques personnificateurs et réificateurs que les divers acteurs juridiques articulent lorsqu'ils débattent de la nature juridique de la vie humaine anténatale. Il s'agit ici d'élucider la structure de ces discours, ainsi que la mise à nu de leurs présupposés. Toute la difficulté vient du fait que l'origine des désaccords sur le statut juridique de la vie anténatale repose sur l'ambiguïté fondamentale des modes d'attribution de valeur à la vie humaine.