Dominique Malaquais, historienne de l'art et politiste (1964-2021): son existence et sa formation sont ancrées dans deux pays (Etats-Unis, France), deux cultures et deux langues. Pour elle, penser l'art et penser le politique ne font qu'un. Et c'est aux Afriques, à leurs cultures urbaines et à leurs arts que, pendant plus de trente ans, elle consacre son activité de chercheure, d'enseignante, de curatrice, de traductrice et d'écrivaine.Parce que le travail en collectif était essentiel pour Dominique Malaquais, elle se raconte ici avec des compagnes et compagnons de route – Kadiatou Diallo, Silvia Forni, E´le´onore Hellio, Jean-Christophe Lanquetin, la paperson, Lionel Manga, Dominique de Me´nil, Ntone Edjabe et Julie Peghini. Elles et ils sont universitaire, vide´aste, curateure, sce´nographe, bloggeuse, activiste, essayiste, édiiteur ou encore DJ. Avec chacune, avec chacun, un échange. Il y est question d'insoumission, de convictions partagées et de pratiques communes, de prises de position et de désaccords, d'incertitudes, de colères, de joies, de possibles, de culs-de-sac. Au fil de ces récits se construit un atlas de trajectoires entrelace´es.L'importance du travail accompli par Dominique Malaquais a pour nom Afriques. Les Afriques où elle a engagé son expérience affective, sensorielle, relationnelle, artistique et politique. Les Afriques qu'elle place d'autant plus haut qu'elle a toujours la plus vive conscience de rester, quoi qu'elle dise ou quoi qu'elle fasse, une Occidentale, enseignant dans les plus prestigieuses universités états-uniennes ou œuvrant au CNRS. L'exigence, la lucidité, la clairvoyance des échanges qui trament cet ouvrage tiennent indissociablement à ce que Dominique Malaquais y relaie les arts africains d'êtres engagés et engageants – qui font humain ensemble: ubuntu – et aux façons dont elle effectue cette passe, suggérant par quelles coopérations à géométrie variable peut s'opérer ce relais.
S'appuyant sur un large éventail de sources orales et d'archives en plusieurs langues collectées dans cinq pays, La Mouridiyya en marche retrace plus d'un demi-siècle d'histoire des Mourides, en mettant l'accent sur la mobilité et les transformations culturelles en milieu urbain. Cheikh Anta Babou s'inscrit dans la recherche émergente sur les migrations musulmanes transnationales en explorant la vie religieuse de cette confrérie sénégalaise à travers leurs migrations et leur installation dans certaines villes sénégalaises, ivoiriennes, gabonaises, françaises et américaines depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la première décennie du xxie siècle. En se concentrant sur leur utilisation de l'espace, il met en lumière les relations entre la création de lieux, l'identité religieuse et les comportements d'appartenance, à travers l'habillement, l'utilisation d'une musique dévotionnelle, et la composition de récits sacrés. La quête d'un espace pour soi et la création d'associations, surtout celles dévolues à la promotion des valeurs culturelles et religieuses, constituent l'un des moyens que les immigrants emploient pour se faire accepter et s'insérer dans la communauté citoyenne du pays d'accueil. Tout au long de l'ouvrage, il décrit les forces économiques et sociopolitiques qui ont alimenté ces mouvements de population, notamment la domination coloniale, les crises économiques de l'ère postcoloniale et les catastrophes naturelles.Ce travail fascinant sera autant apprécié des familiers de la mouridiyya que de ceux qui découvrent la dynamique de cet ordre soufi.
L'école normale William-Ponty fut ouverte en 1903 au Sénégal et a été pendant plusieurs décennies le creuset de l'élite politique et intellectuelle de l'Afrique occidentale française (AOF), destinée à gérer administrativement les huit colonies françaises d'Afrique de l'Ouest. De ses bancs sont issues des figures prestigieuses et notamment ceux qu'on appelle les " Pères " des indépendances africaines : le Malien Modibo Keïta, le Nigérien Hamani Diori, le Béninois Hubert Maga, le Sénégalais Mamadou Dia, l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, et bien d'autres encore. Mais au-delà de ces cas célèbres, l'école William-Ponty a formé des centaines de diplômés anonymes : plus de 2 200 entre 1903 et 1947, une " petite goutte " pour une population de l'AOF estimée à environ 16 millions d'individus à la fin des années 1940. Appelés " Pontins ", ils sont instituteurs pour la majorité – surnommés les " mangeurs de craies " – mais aussi commis d'administration, médecins et vétérinaires. Ce livre propose de jeter un regard nouveau sur un pan mal exploré de la situation coloniale : comment des centaines de jeunes hommes d'Afrique de l'Ouest ont, individuellement aussi bien que collectivement, investi, embrassé, contesté, transformé la manière dont s'est forgée l'appartenance à une élite instruite formée par l'autorité coloniale en AOF..
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