Ce portrait vivant révèle les distinctions sociales liées à la couleur de peau, au langage et aux modes de vie, une hiérarchie complexe qui fragilise la solidarité nationale de l'Égypte contemporaine.
À travers les concepts de méritocratie, symbole des périodes d'ascension sociale par le mérite, et de décadence, reflet d'agissement égoïste et moralement défaillant, l'auteur dévoile les tensions profondes au coeur de la société égyptienne. Mêlant analyses historiques, sociologiques et culturelles, il analyse la difficulté à construire une citoyenneté républicaine dans un contexte géopolitique dominé par l'impérialisme américain et la montée de l'islamisme.
Cet ouvrage éclairant, original et engagé, renouvelle l'écriture politique en s'ancrant dans le quotidien des Égyptiens et présente une réflexion nuancée sur les défis internes et externes à la construction d'un État moderne et démocratique.
S'appuyant sur un large éventail de sources orales et d'archives en plusieurs langues collectées dans cinq pays, La Mouridiyya en marche retrace plus d'un demi-siècle d'histoire des Mourides, en mettant l'accent sur la mobilité et les transformations culturelles en milieu urbain. Cheikh Anta Babou s'inscrit dans la recherche émergente sur les migrations musulmanes transnationales en explorant la vie religieuse de cette confrérie sénégalaise à travers leurs migrations et leur installation dans certaines villes sénégalaises, ivoiriennes, gabonaises, françaises et américaines depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la première décennie du xxie siècle. En se concentrant sur leur utilisation de l'espace, il met en lumière les relations entre la création de lieux, l'identité religieuse et les comportements d'appartenance, à travers l'habillement, l'utilisation d'une musique dévotionnelle, et la composition de récits sacrés. La quête d'un espace pour soi et la création d'associations, surtout celles dévolues à la promotion des valeurs culturelles et religieuses, constituent l'un des moyens que les immigrants emploient pour se faire accepter et s'insérer dans la communauté citoyenne du pays d'accueil. Tout au long de l'ouvrage, il décrit les forces économiques et sociopolitiques qui ont alimenté ces mouvements de population, notamment la domination coloniale, les crises économiques de l'ère postcoloniale et les catastrophes naturelles.Ce travail fascinant sera autant apprécié des familiers de la mouridiyya que de ceux qui découvrent la dynamique de cet ordre soufi.
Fabio Viti propose une ethnographie historique, description circonstanciée, au plus près des faits, concernant des pratiques guerrières appartenant au passé qui ne sont plus observables mais dont la reconstruction détaillée et ponctuelle a été rendue possible par le recours à une pluralité de sources?: orales, sonores et matérielles pour les Baoulé?; écrites, cartographiques et iconographiques pour les archives coloniales. Des sources qui sont aussi bien ethnographiques qu'historiques, de terrain et d'archives, primaires et secondaires. C'est à partir de traces et de la superposition de fragments, de débris et de rebuts de tous genres que l'auteur s'efforce de reconstituer la matérialité des guerres vicinales de l'époque précoloniale et du choc final entre les Baoulé et les troupes coloniales. Une matérialité qui concerne le combat au ras du sol mais qui recèle aussi un sens plus général et plus profond de la guerre, de la violence, des forces mobilisées, de l'affrontement des corps et des affects, c'est-à-dire, de la vie et de la mort.
L'Afrique joue un rôle plus important que jamais dans les affaires mondiales. Pourtant, les images les plus courantes de l'Afrique dans l'esprit des Occidentaux restent celles de la pauvreté, de la famine et des conflits violents. Mais si ces problèmes sont réels, cela ne signifie pas qu'il en sera toujours ainsi. Au contraire, comme l'explique Stephen Ellis dans Saison des pluies, nous devons repenser la place de l'Afrique dans le temps si nous voulons la comprendre dans toute sa complexité - c'est une région où la croissance et la prospérité coexistent avec des États défaillants. Ce livre passionnant et accessible, écrit par l'un des plus grands chercheurs sur l'Afrique, présente le large éventail des fondements politiques, économiques et sociaux qui font de l'Afrique ce qu'elle est aujourd'hui.Ellis prend soin de ne pas se positionner dans le débat futile entre afros optimistes et afro pessimistes. Les quarante-neuf nations diverses qui composent l'Afrique subsaharienne ne sont ni condamnées à l'échec ni vouées à la réussite. Lorsqu'il évalue les défis des souverainetés africaines, Ellis ne s'illusionne pas sur le fait que les gouvernements vont soudainement devenir plus bienveillants et moins corrompus. Pourtant, il voit un grand dynamisme dans les récents développements technologiques et économiques. La prolifération des téléphones mobiles a contribué à elle seule à combler les lacunes antérieures en matière d'infrastructures, les marchés de détail africains s'intègrent et le secteur bancaire se développe. Les entreprises chinoises et les puissances occidentales émergentes investissent plus que jamais dans cette région encore riche en terres, et la mondialisation offre des possibilités d'énormes changements économiques pour la population croissante d'un milliard d'Africains, activement engagés dans la construction de l'avenir de leur continent.Cette étude très lisible est un guide indispensable pour comprendre comment l'argent, le pouvoir et le développement façonnent l'avenir de l'Afrique.Stephen Ellis emprunte son titre à un poème de Simon Mpondo qui décrit comment, lorsque les pluies arrivent dans son Cameroun natal, provoquant la floraison du maïs, la migration de l'hirondelle et le tissage de la toile de l'araignée, les signes que les gens lisent dans ces mouvements sont toujours ambigus. En fin de compte, les présages offerts par la nature au début de la saison des pluies sont incertains et nous renseignent davantage sur la saison qui vient de s'écouler que sur celle à venir.
Publié pour la première fois en français, cet ouvrage de référence tente de brosser un portrait complet des villes d'Afrique des origines à nos jours. Il s'intéresse à l'ensemble du continent, pas uniquement l'Afrique subsaharienne, sur une large période allant de l'Antiquité à aujourd'hui. Il aborde de nombreuses questions, depuis les raisons de l'apparition de la vie urbaine jusqu'à la manière dont les villes africaines actuelles font face aux difficultés. À rebours du mythe d'une Afrique exclusivement rurale, l'auteur considère les villes comme une partie inhérente de l'Afrique précoloniale, coloniale, puis postcoloniale, et souligne que l'avenir des sociétés et cultures africaines s'y jouera probablement en grande partie. Il propose ici une introduction à la fois complète et synthétique à l'histoire urbaine de l'Afrique, qui s'appuie sur des faits historiques précis, mais aussi de riches descriptions et illustrations ainsi qu'une large bibliographie. Les différents points de vue et débats des chercheurs sur les villes africaines font ainsi l'objet d'une attention particulière.La ville en Afrique s'adresse aux chercheurs et étudiants en histoire, aux sociologues, géographes, urbanistes ou spécialistes des questions de développement concernés par les problématiques urbaines, mais aussi à toutes celles et ceux qui s'intéressent aux dimensions historiques, sociologiques et économiques de la ville en Afrique. Il s'agit du premier titre de Bill Freund traduit en français, dont la version originale (The African City. A History) a été publiée par Cambridge en 2007.