Réfugiés, migrants et exilés européens au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (XIXe-XXe siècles)
Les déplacements depuis l'Europe vers le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à partir de la fin du XIXᵉ siècle n'ont que récemment suscité l'intérêt des historiens. La dissolution de l'Empire ottoman, les deux guerres mondiales et la décolonisation constituent autant de moments charnières de cette histoire transcontinentale. Ce numéro envisage les sociétés du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord comme des espaces d'arrivée, de transit et d'installation pour des réfugiés venus d'Europe aux XIXᵉ et XXᵉ siècles. Les articles abordent les modalités de la venue, du passage et de l'établissement de ces réfugiés, leurs interactions avec la société civile et les institutions étatiques ainsi que l'évolution des politiques de refuge, de peuplement et de migration dans ces régions, dans le contexte des régimes coloniaux et postcoloniaux des XIXᵉ et XXᵉ siècles.
Déplacés et réfugiés face aux normes de la sortie de guerre (1945-1951)
Dans une historiographie en plein renouvellement, ce dossier interroge les moyens d'un retour à une " vie normale " pour les réfugiés européens, au sortir de la guerre, après des années de violences et de déplacements forcés. À travers l'étude d'espaces et de sources jusqu'alors peu étudiés, il jette une lumière critique sur la multitude de normes, légales et officieuses, explicites ou implicites, qui façonnent ce retour à la " norm(al)e ". Au-delà des idéaux libéraux de la victoire des Alliés sur le fascisme, l'ensemble des articles montre combien des valeurs morales et de genre conservatrices, le racisme et l'antisémitisme, ou encore le validisme, jouent un rôle-clé dans la résolution du problème des réfugiés, et dans les trajectoires de vie des réfugiés eux-mêmes.
Au cours de l'époque moderne, d'importants flux de réfugiés ont traversé les territoires italiens, soit pour y passer le temps d'une étape, soit pour s'y installer durablement. Venus d'horizons multiples, ces groupes d'exilés revendiquaient au besoin pour la plupart leurs spécificités ethnoreligieuses. Celles-ci ont cependant aussi pu être détournées en stéréotypes par des acteurs institutionnels, sociaux, culturels, qui y trouvaient leur intérêt. Dans ce contexte, les réfugiés ont utilisé les discriminations qu'ils fuyaient et les persécutions religieuses qu'ils subissaient comme un argument rhétorique pour convaincre les princes italiens de les accueillir. Ceux-ci ont accepté de les recevoir sur leurs terres, parce qu'ils adhéraient à leurs discours ou dans l'espoir que ces hommes et ces femmes contribuent à développer la prospérité des territoires sous leur domination. En se concentrant sur les interactions entre les migrants et les États italiens, ce dossier met en lumière l'agentivité stratégique des acteurs qui ont rendu l'installation de ces réfugiés non seulement possible, mais souvent profitable, pour eux-mêmes comme pour leur " nation ".