Vulgarisateur inlassable de notre histoire locale, Jean-Pierre Jelmini est parfaitement identifié par un grand nombre de Neuchâtelois. Mais cette connaissance, à y regarder de plus près, peut s'avérer lacunaire: combien sommes-nous, par exemple, à savoir qu'il n'a cédé à l'appel de Clio que de manière accidentelle, après un long détour adolescent de plus de sept ans sur le chemin d'une impérieuse vocation sacerdotale?S'appuyant sur un rappel de ses racines italiennes, la présente série d'entretiens commence par évoquer en détail les premières années de cet enfant du Val-de-Travers, entre fratrie nombreuse, parents mal appariés et aïeux profondément aimants. On évoque ensuite ses séjours à Genève et à Engelberg (OW), passages obligés vers le Grand séminaire. C'est de cette abbaye bénédictine que le choc d'une lecture le ramène à Neuchâtel, pour y achever ses études gymnasiales et universitaires.À côté de quelques mentions discrètes sur sa vie de couple et de famille, on le suit, à compter du milieu des années 1960, dans sa carrière d'enseignant, d'abord, puis de conservateur au Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel, qu'il codirigera de main de maître pendant près de trois décennies. Le fait de renvoyer en sous-titre à la forme des " carnets de route " relève à la vérité d'une aimable provocation: c'est en effet un des petits secrets du personnage que d'avoir été marqué, durant la première moitié de sa vie d'adulte, par une réelle phobie des voyages ou, comme il aime à le dire, des " déplacements latéraux "! Au final, ce petit clin d'oeil ne fait donc que souligner mieux encore la persistante fidélité de Jean-Pierre Jelmini à l'axe de la verticalité. Celui-là même qui l'aspira d'abord vers le Ciel avant de le plonger dans le fécond gisement des siècles passés, qu'il ne cessa d'exploiter pour le plaisir et l'édification des Neuchâtelois curieux de leur propre histoire.Entretien avec Julien Knoepfler
Christophe Bugnon divertit une fois par semaine les lecteurs du quotidien ArcInfo depuis décembre 2016. Ses chroniques humoristiques décortiquent l'actualité régionale, nationale, mondiale, voire interplanétaire.Regarder l'actualité par le petit bout de la lorgnette permet de prendre un peu de recul et amène légèreté et second degré sur les événements récents. Ainsi chaque samedi, un sujet énerve ou émeut Christophe Bugnon et lui inspire une chronique.Ce recueil propose une sélection de textes corrosifs, polémiques ou tendres ayant résisté aux affres du temps.
Le Groupe femmes Delémont. Témoignage d'une militante
"Nous sommes des femmes, groupées face à des difficultés que nous ressentons individuellement et que nous souhaitons résoudre de manière collective. Nous unissons notre lutte à celle de tous les exploités, pour contribuer à ce que l'humanité toute entière puisse vivre dans un monde où seront bannies les inégalités sociales, pour prendre part à la construction d'une nouvelle société; dans la transformation des rapports sociaux." À la suite du 50e anniversaire du droit de vote des femmesen Suisse, Guite Theurillat décide de se replonger dans les archives du Groupe femmes Delémont (MLF jurassien) dont elle a fait partie entre 1974 et 1981. Elle en relate l'histoire, les diverses réflexions et actions menées dans le Jura des années 1970. Ce mouvement s'est développé commeun groupe d'échange et de conscientisation, en lien avec le MLF suisse et la vie politique dans le Jura et en Suisse. L'autrice donne également la parole à des membres du Groupe femmes.Parallèlement à son engagement de militante, la narratrice parle de sa vie de jeune mère et des obstacles quotidiens qu'elle a dû affronter pour revendiquer son statut de femme libre et indépendante: "C'est en devenant mère que m'est apparue la réalité de toutes les contraintessociales et politiques qui pesaient lourdement sur ma vie de femme." Le présent ouvrage constitue un témoignage unique de l'histoire du féminisme jurassien jusqu'ici peu documentée. Il pose ainsi des jalons historiques que Guite Theurillat souhaite transmettre à la jeune génération.
Regard d'une Militante sur l'affaire de la place d'armes des Franches-Montagnes
" L'élément le plus positif de toute l'affaire, je l'ai entendu de ma fille dernièrement : "Maman, vous avez tout de même sauvé les Franches-Montagnes. On peut vous en être reconnaissants !" "Dans cet ouvrage, Benoîte Crevoisier raconte sa lutte contre la création de la place d'armes des Franches-Montagnes, vue de l'oeil de la Militante qu'elle a été pendant plusieurs dizaines d'années. Elle nous entraîne dans un récit passionnant d'un combat qui paraissait perdu d'avance pour beaucoup d'observateurs, mais qui fut finalement gagné. Elle nous raconte les doutes des Militant-e-s, les désaccords et l'engagement continu de la majorité d'entre eux. Elle explique comment de simples citoyens, peu au fait de la politique et de ses arcanes, sont parvenus à mobiliser des milliers de personnes et à vaincre une administration sûre de son fait. Succès acquis grâce à un engagement qui a consumé leur vie, leur jeunesse et une partie de leur vie de famille, mais qui leur a aussi appris la persévérance, la camaraderie, la solidarité, l'amour de leur terre et de la liberté.Ce témoignage rare et précieux est un magnifique exemple de citoyenneté active, consciente de sa force et profondément marquée par la nature même de la terre défendue.
Quatre histoires d'amour contées à partir de correspondances
" Ah! c'est pénible pour un coeur aimant de rester muet. "Tels sont les mots qu'écrit un jeune Neuchâtelois au retour d'un voyage d'affaires à Orvin par une froide matinée de novembre 1901, brusquement saisi d'amour pour une jeune femme seulement entraperçue, qui mettra cinq mois à répondre à ses avances… et plus d'une année encore à envisager le mariage.Par le biais de lettres conservées aux Archives de la vie ordinaire, Ariane Brunko-Méautis et François Zosso vous invitent à sonder les coeurs de quatre couples au début du siècle dernier. On découvre dans ces correspondances l'importance des convenances sociales, l'emprise de la religion, le poids des familles, la difficulté pour les femmes de conquérir leur indépendance, les doutes et les élans de jeunes gens qui ne sont pas libres de se rencontrer quand ils le désirent. Pour maintenir vivante la flamme qui les consume, il leur reste la plume, l'encrier et le papier à lettres…Ces lettres conservées précieusement par les femmes – seul un des quatre échanges de correspondance comprend les lettres des deux partenaires – nous éclairent sur le quotidien des familles, le travail, les loisirs, les aléas de la vie. Ces tranches de vie dépeignent un monde bourgeois harmonieux, où chacun semble vivre en bonne intelligence avec son prochain, sous la protection de Dieu.
Contrebande, couvents et émigration dans l'Italie de l'après-guerre
L'après-guerre en Italie: tout le monde se débrouille. Lili n’a que trois ans, et elle doit se débrouiller comme les autres. Abandonnée par son père, livrée aux bonnes soeurs par sa mère qui survit de contrebande entre Venise et Lugano, elle se forge le caractère, surmonte tout avec courage jusqu’à l’adolescence et, finalement, émigre.Écrit dans un style spontané, vif et clair, avec un humour surprenant dans un témoignage par ailleurs poignant, ce récit, outre son grand intérêt sociologique et historique, est un petit bijou littéraire.On ressort de sa lecture ragaillardi: si on le veut, la vie a toujours un côté drôle. Et on s’attache à cette sale gamine. Liliana Leins a d’abord écrit ce livre en italien, pour ses seuls proches.Il a été récemment « découvert » par le traducteur, qui, frappé par sa qualité, l’a traduit en français et a incité l’auteure à le faire publier.Traduit de l’italien par Michel North
" Pour être diplomate, il ne suffit pas d'être bête, encore faut-il être poli ". Attribuée à Georges Clémenceau, cette boutade continue à faire recette. En fait, que sait-on des diplomates et consuls? En quoi consiste leur travail, comment se déroule leur vie de nomades? Durant près de quatre décennies, Francis Cousin, ancien ambassadeur, a exercé aux Affaires étrangères des fonctions administratives, consulaires et diplomatiques. Il donne dans ce livre un éclairage vivant du service extérieur, vu de l'intérieur. Son récit nous emmène en voyage en différentes parties du monde, mettant en exergue les moments forts et les servitudes du métier.Bien davantage qu'une autobiographie, cette narration aborde des épisodes de l'histoire contemporaine: la guerre au Viêt Nam et celles des Balkans, l'aide humanitaire et la coopération au développement, la problématique du trafic de stupéfiants et la difficile transition de régimes autoritaires vers la démocratie. Au fil des chapitres, des descriptions de pays et de leur culture agrémentent la lecture. Certains épisodes se lisent comme un polar, ainsi celui de l'enlèvement de travailleurs humanitaires jurassiens par des rebelles en Ethiopie.De nombreuses anecdotes pimentent un récit qui permet de mieux connaître, au-delà des clichés habituels, le monde diplomatique et consulaire réputé formel, voire formaliste. À cet égard, il est rafraîchissant d'observer que l'auteur manie volontiers humour et ironie, voire une pointe d'autodérision. Quelques critiques à l'administration sont subtilement distillées au passage.
Rosemarie naît dans une famille juive hongroise le 3 mai 1924 à Fiume, l'année même où l'Italie fasciste annexe la ville. En 1929, les étrangers ont le choix entre prendre la nationalité italienne ou quitter le pays. Les Benedikt décident de rester et deviennent italiens. C'est là leur premier changement de nationalité (il y en aura sept jusqu'en 1950!)Le 7 octobre 1938, les journaux annoncent en première page les lois antijuives de Mussolini, suivies des interdictions infligées aux Italiens " della razza ebraica ". Ferenc, le père, directeur technique d'une raffinerie de pétrole, est licencié; la famille doit quitter son appartement; Rosemarie, quatorze ans, n'a plus le droit de fréquenter l'école publique. Commence dès lors l'odyssée des Benedikt: plus d'une fois, ils échappent de justesse à la déportation (leurs proches parents auront moins de chance…).Rosemarie entame en avril 1938 la rédaction de son journal intime où elle décrit sans pathos tout ce qui se passe autour d'elle. Rosemarie alias Mariarosa ne baisse jamais les bras. Elle a bien mérité son surnom de misirizzi (" dure à cuire "), tant sa persévérance et sa présence d'esprit lui permettent de surmonter tous les obstacles et d'écarter tous les dangers. Son optimisme naturel lui donne une force inouïe et son époustouflante audace lui permettra de faire un pied de nez à la machine d'extermination nazie.Pendant ces sept années de fuite pour échapper aux rafles, la vie des Benedikt est jalonnée de craintes, de doutes, d'incertitudes, parfois de moments de panique, mais aussi d'instants de pur bonheur et même d'épisodes burlesques ou franchement comiques. On pleure, on sourit, on rit… On vit. Tout simplement.Les souvenirs de Rosemarie se lisent comme un roman, une ode à la vie. La vie triomphante, envers et contre tout. Primo Levi en personne a persuadé Mariarosa que son précieux témoignage méritait amplement d'être publié. Il avait vu juste.
Léo Lesquereux (1806-1889). Itinéraire d'un naturaliste neuchâtelois
Le naturaliste neuchâtelois Léo Lesquereux, né à Fleurier en 1806 et décédé à Columbus (Ohio) en 1889, est l'un des plus grands paléobotanistes du XIXe siècle. Sa vie a été retracée dernièrement dans la publication que lui a consacrée Michel Clément-Grandcourt qui a pu, grâce aux 160 lettres inédites que Léo Lesquereux a adressées à son ami le Fleurisan Fritz Berthoud (1812-1890), présenter une biographie riche en informations diverses touchant les aspects sociologiques, culturels ou religieux de l'époque.Léo Lesquereux a été un homme de passions: passion d'abord pour tout ce qui touche à la nature, la paléobotanique, la bryologie ou la géologie, mais passion aussi pour sa femme Sophia. Issu d'une modeste famille d'artisans fleurisans, il a épousé en 1830 une jeune fille de la noblesse allemande, fille du baron de Wollfskeel, tombée éperdument amoureuse de son jeune précepteur de français. Les attendaient cinquante-deux années de mariage, cinq enfants, et une viepartagée en deux: d'abord dans la principauté de Neuchâtel où Léo Lesquereux devient un des meilleurs connaisseurs des tourbières, puis aux États-Unis où il s'exilera après la révolution neuchâteloise du 1er mars 1848 et où il retrouve Louis Agassiz et Édouard Desor.L'auteure a été impressionnée par cette destinée aventureuse et cet amour de plus d'un demi-siècle. Elle a voulu leur donner les couleurs de la vie en recréant des décors, des conversations, des atmosphères largement puisées dans les sources historiques qui ont alimenté son imaginaire.
À la fin des années soixante du siècle dernier, une jeune institutrice italienne vient enseigner leur langue aux enfants d'immigrés italiens du canton d'Argovie. Dans l'atmosphère troublante et enchantée d'une rencontre amoureuse, elle apprend à connaître ce nouveau pays à travers les yeux de ses jeunes élèves et de leurs parents, mais également à travers ceux des Suisses qu'elle fréquente. Elle redécouvre aussi, dans le miroir de l'éloignement, ce qui l'attache à l'Italie qu'elle a quittée. Entre la Suisse et l'Italie son coeur balance, avec ce mélange de tendresse et d'ironie, d'appartenance et de distance, qui fait qu'ici et là-bas on se sent chez soi et un peu ailleurs.
La trame des différents récits de ce recueil se situe dans le futur, entre 2064 et 2166, et les aventures de leurs personnages s'entrecroisent entre Paris, l'Ile Saint-Louis, Saint Germain-en-Laye, Sarajevo, Neuchâtel, Strasbourg, le Jura, Rome, Delphes, Villars, Alcobaça… Ils intègrent en toile de fond l'utopie du distributisme, un régime économique capable de supprimer la misère dans le monde entier, thème toujours d'actualité et cher à Roger-Louis Junod.
En août 1942, en pleine guerre, la famille van Schilt est expulsée d'Ajoie vers les Pays-Bas occupés par les nazis. Pourtant, la mère de famille était née en Suisse de parents suisses et y avait toujours habité. Les sept enfants étaient également nés en Suisse et ne parlaient que le français. Mais voilà : le père était " le Hollandais ". Comment ont-ils survécu ? Dans quelles conditions ont-ils échappé aux bombardements, puis, sauf le père, sont-ils revenus en Suisse en décembre 1944, et enfin ont-ils été dispersés dans des camps de réfugiés et des familles d'accueil ?Le propos de ce récit n'est pas de condamner des responsables pour avoir fait le malheur de ces enfants et de leurs parents, qui avaient un défaut de taille : ils étaient pauvres. Mais sans doute ni plus ni moins pauvres que bien des familles dans les années 1930 à 1950.