L'Épique hors de l'épopée de l'Antiquité à nos jours
L'épopée gréco-latine, avec ses combats mythiques et ses héros casqués, ses monstres fabuleux et ses dieux irascibles, sa muse tutélaire, Calliope, et ses vers solennels, semble venir d'un autre temps, figée dans un monde qui ne serait plus le nôtre. Elle est pourtant bien vivace : inépuisable, la voix de Calliope est intemporelle.Au sein du théâtre d'hier et d'aujourd'hui, au détour d'une vie de saint ou d'un poème sapphique, au cœur de la low fantasy ou dans la culture pop, le souffle épique, exaltation universelle de cet élan humain vers le plus haut, l'au-delà et l'inconnu, affleure en tout lieu, et en tout temps : c'est ce que démontre le présent volume.Fruit du croisement entre approches et horizons variés, le projet collectif Voix / Voies de Calliope explore les régions où l'épique se réinvente et se récrit et cartographie les signes de sa présence en des lieux qui, pourtant, l'éloignent de sa terre d'accueil originelle, à la recherche de ce qui en fait l'essence et le cœur.
Héritage et hypertextualité dans les Mondes romans du Moyen Âge à nos jours
Afin de restituer à la notion d'apocalypse toute sa richesse conceptuelle et d'en explorer les ramifications culturelles sur le temps long, cet ouvrage revient à la base textuelle de l'apocalyptisme pour en étudier les répercussions religieuses, historiques, esthétiques et rhétoriques, du Moyen Âge à nos jours, dans les aires de langues romanes. Le terme " apocalypse " est aujourd'hui utilisé de façon métaphorique dans d'innombrables domaines, où son sens catastrophiste exprime l'anxiété extrême des sociétés contemporaines. Mais la fréquence de son emploi recouvre une méconnaissance de sa signification originelle, qui conduit à de multiples contresens et à l'effacement de pans entiers de cette notion, tels que ses dimensions de révélation ou d'espérance. Pour les remettre en lumière, est ici sondé le rapport d'hypertextualité entre le genre apocalyptique antique – notamment l'Apocalypse de Jean – et les créations culturelles romanes, dans une perspective tant diachronique que synchronique.
La topique interprétative des Métamorphoses d'Apulée trouve ses fondements dans la spécificité des problèmes que l'œuvre pose au regard du critique : celui du contraste, réel ou apparent, qu'elle présente avec la personnalité de son auteur ; celui du genre auquel elle prétend appartenir ; celui de la source dont elle émane ; celui du travail de composition auquel Apulée s'est livré en imitant une œuvre grecque ; et celui, qui les englobe tous, de l'intention qu'il a poursuivie en se livrant à un tel exercice apparemment futile. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi de présenter cette histoire de l'interprétation des Métamorphoses selon trois axes majeurs : celui du sens de l'œuvre qui se structure autour des deux paradigmes du ludique et/ou du sérieux ; celui de l'origine de ce récit de l'âne et du genre dont elle prétend relever, la milésienne latine ; et celui de l'art narratif apuléien et du mode de composition, unitaire ou épisodique, de ce récit en plusieurs livres.
" La Poésie ne rythmera plus l'action, elle sera en avant ", dit Arthur Rimbaud. Qu'est-ce donc qu'être en avant ? Avancer au-devant de l'humanité, œuvrer à la libération de l'humanité. Mais aussi être dans une sortie de la poésie.Rimbaud inaugure une poésie qui sort de la poésie et instaure un nouveau rapport à la littérature, qu'on nommera éthique. C'est à comprendre la portée de cette éthique que la présente réflexion s'attache. Fondamentalement, des œuvres comme Une saison en enfer ou Illuminations ne bâtissent rien qui ne cherche à s'écrouler. Et le cheminement rapide et radical de Rimbaud n'aura été qu'une succession de saisons, ressemblant à des stations christiques, des crises communalistes ou des délires apprivoisés, toutes inefficientes par leur participation aux discours du monde. Mais si la poétique rimbaldienne sort d'elle-même, jusqu'à disparaître, c'est aussi pour engager une éthique chez le lecteur, rendu à l'immaturité du jeu et à la liberté du sens.
Pourquoi avons-nous encore besoin d'Homère aujourd'hui? Comment expliquer cette nouvelle actualité de l'Iliade et l'Odyssée et le phénomène de cristallisation auquel elles semblent donner lieu? À travers une analyse de leurs réappropriations multiples dans la littérature et les arts contemporains, il s'agit de repenser les usages et les modalités du rapport à l'œuvre antique pour remettre en perspective les notions d'héritage et de patrimoine homériques dans le cadre d'une "littérature mondiale". Qu'en est-il des nouvelles formes de circulation, de citation des textes et de la tradition qui s'est constituée à partir de leur réception? En quoi les œuvres homériques permettent-elles de représenter et de penser les crises et les interrogations de notre temps? Comment l'art de l'aède peut-il être à la source d'une écriture fictionnelle moderne? Bref, en quoi l'Iliade et l'Odyssée sont-elles encore agissantes dans la littérature, l'art et plus généralement le monde contemporains?
Figures majeures des nouvelles poésies depuis les années 1960, fondateurs du spatialisme, Ilse Garnier (1927-2020) et Pierre Garnier (1928-2016) sont aussi les auteurs d'une création prenant pour thème la cathédrale et l'imaginaire qui lui est associé (l'architecture, le Moyen Âge, ou encore le picard pour Pierre Garnier). Leurs œuvres respectives montrent que la cathédrale n'est ni le privilège du Moyen Âge qui vit construire la plupart de ces églises monumentales, ni celui du XIXe siècle où elles furent restaurées et devinrent objets de fiction, ni celui des auteurs catholiques. Chez Pierre et Ilse Garnier, ouvertement non croyants, elle renvoie à un faisceau conceptuel multiple, entre attachement aux racines régionales et désir d'universel, passé et présent, spiritualité et immédiateté du concret, langue française et picard, poésie linéaire et poésie spatiale. Densité historique, enracinement local, désir d'élévation et modèle esthétique s'y cristallisent, apportant une nouvelle fois la preuve que le passé n'a rien de contradictoire avec l'avant-garde.
Les spectacles dans un fauteuil de l'Europe post-napoléonienne
Dans l'Europe post-napoléonienne, le théâtre apparaît comme un moyen privilégié pour expliquer aux populations le concept encore récent de la nation. Dans les pays européens, on produit alors des drames consacrés aux épisodes cruciaux des histoires nationales respectives. Mais les matières épiques défient la scène à l'italienne: excessivement longs, les drames prévoient la présence sur scène d'armées entières et comprennent des passages narratifs. L'appel de l'épopée transforme paradoxalement en spectacles dans un fauteuil des drames destinés aux populations encore largement illettrées. Une génération plus tard cependant, des mises en scène réductrices et pompeuses élèvent les mêmes oeuvres au rang de drames nationaux. En croisant des approches littéraires et historiques, cet ouvrage dégage un corpus européen qui dévoile le rôle de la fiction pour la formation des nations, mais aussi les empreintes que les interprétations politiques laissent sur les œuvres littéraires.
Après la Seconde Guerre mondiale, le bloc de l'Est n'oublie pas Zola, l'auteur de Germinal, l'intellectuel engagé; il est vu comme un grand "défenseur de la vérité", et ce malgré les réticences de grandes figures marxistes, d'Engels à Lukács. L'analyse de la réception de cet auteur en URSS et au sein de sept démocraties populaires montre que s'il y a bien des invariants dans le discours marxiste porté sur Zola, chaque pays traite à sa façon de son œuvre et de son engagement.Ce livre constitue ainsi une synthèse inédite d'une réception idéologique et transnationale attentive aux particularités nationales.
Dans le second vingtième siècle, la réflexion sur la figure dans le langage verbal a bousculé les frontières disciplinaires et revisité les perspectives théoriques en réinterrogeant les distinctions entre abstrait et concret, intelligible et sensible, spéculatif et narratif. C'est à travers un hommage à Bruno Clément dont les recherches marquées par la rencontre entre littérature et philosophie ont renouvelé, en premier lieu à partir de Beckett, la pensée figurale que les contributeurs à ce volume se jouent des figures et des gestes de pensée, tels que la palinodie, l'éclat, le penser-à-rien, la tension ou la concession. Ils interrogent aussi les catégories de la fiction et de la voix et traversent les siècles pour relire Platon, Froidmont, Pascal, Molière, Rimbaud, Zola, Bergson, Genet, Duras, Beckett, Pinget, Ollier ou Hergé. Le lecteur trouvera ici matière à l'exploration des démarches héritières de la révolution figurale.
Études sur l'enargeia de l'Antiquité à l'époque moderne
Dans l'Antiquité grecque et romaine, on attendait des mots écrits ou prononcés qu'ils suscitent l'imagination visuelle et puissent convaincre, plaire et émouvoir par leur qualité d'enargeia et d'euidentia. Ce volume collectif étudie ce phénomène de l'épopée homérique à la seconde sophistique, et, par-delà l'Antiquité, au début de l'époque moderne: le fonctionnement de l'enargeia y est analysé dans la poésie grecque (archaïque et hellénistique) et romaine, la tragédie attique et shakespearienne, l'historiographie latine et les écrits sur l'art de l'Antiquité et de la modernité. Il éclaire une pratique souvent réflexive avant même d'être théorisée et montre comment théorie et pratique interagissent à partir de l'époque hellénistique. Les différentes études réunies ici soulignent la manière dont l'enargeia mobilise différents sens, ses liens étroits avec la performance chorale et théâtrale, ainsi que les questions poétiques, épistémologiques et ontologiques qu'elle soulève.
Expression de l'iléïté dans l'Océan Indien francophone
Comment l'espace insulaire est-il imaginé et représenté par les artistes insulaires de l'océan Indien? Quels rapports de pouvoirs l'analyse de leurs représentations paysagères révèle-t-elle? Le but de cette étude est de décontinentaliser – et décoloniser – le discours afin de rendre l'ile aux insulaires et d'examiner cette mise en parole car, plus que tout autre espace, l'ile n'existe qu'en tant que représentation de l'ile. Ce travail aborde non seulement les questions propres à la spécificité géographique, mais également celles relatives au passé colonial, au néocolonialisme et à la globalisation. Dépassant les frontières nationales, il donne à penser un espace alternatif qui ne se conçoit pas à travers les épistémologies exclusives et extranéisantes européennes, mais à travers les notions de connectivités, de territoire, et de réseaux établissant ainsi de nouvelles généalogies et cosmogonies qui s'étendent au-delà de l'espace insulaire.
Combattant les peintres académiques des Salons officiels, Huysmans critique d'art s'est posé dans L'Art moderne en promoteur des impressionnistes. La prédilection qu'il affichera dans À rebours pour Gustave Moreau, peintre mythologue, marque sa rupture avec Zola et les siens. Lorsqu'il fait l'éloge d'une esthétique hostile à toute forme de réalisme, il remet en question la notion de "modernité". Cette posture d'antimoderne fait date, parce qu'elle ouvre aux oeuvres les voies de l'imaginaire. En tournant l'écrivain vers ceux qu'il désigne comme "certains", elle inaugure un regard qui s'émancipe. Huysmans en donne un exemple devenu célèbre avec sa libre interprétation des Salomé de Moreau.