Et si les " non-lieux " existaient dans l'Antiquité ? Ce volume revisite le concept de Marc Augé et montre comment ces espaces ont pu participer à la construction des identités et des rapports à l'altérité dans le monde méditerranéen ancien et médiéval.
Dans Non-lieux : introduction à une anthropologie de la surmodernité (1992), Marc Augé définit les " lieux anthropologiques " comme des espaces d'identité, de relations et d'histoire, et avance que la " surmodernité " produit des " non-lieux " – espaces de transit ou de consommation (aéroports, supermarchés, hôtels) dépourvus de ces caractéristiques. Les contributions du volume présenté interrogent cette thèse en examinant si des équivalents de non-lieux existaient dans l'Antiquité et le monde médiéval méditerranéen. Elles analysent des espaces réels ou symboliques – îles, labyrinthes, déserts, ports, bibliothèques ou sanctuaires frontaliers – pour montrer que la distinction entre lieu et non-lieu est souvent relative et dépend des usages, des perspectives et des expériences individuelles. Ces études critiquent également l'idée que les non-lieux seraient nécessairement inauthentiques ou dépourvus de valeur culturelle. Au contraire, ils peuvent jouer un rôle symbolique, politique ou identitaire essentiel. Ce volume montre que le concept de non-lieu constitue un outil heuristique pour analyser les sociétés anciennes et leurs représentations de l'altérité, des marges et de l'identité.
Quel jeu commun pour le chœur et les héros dans le spectacle tragique ?
Comment les membres du groupe choral et les héros du drame jouent-ils ensemble ? Ce numéro tente de répondre à cette question en confrontant les textes anciens aux expériences contemporaines d'un " jeu en commun " tragique.
Dans La Poétique, Aristote insiste sur la nécessité pour le chœur de " jouer avec " les héros du drame tragique sous peine d'être réduit à des interludes. Or c'est précisément cette marginalisation du groupe choral qui a été accomplie non par les auteurs tragiques grecs mais par les éditeurs modernes – et, dans leur sillage, beaucoup de metteurs en scène contemporains – en remplaçant le chœur par un personnage unique, ledit " coryphée ", dans les parties dialoguées. Aussi s'agit-il de " dé-coryphéiser " et par là même de " re-choraliser " les tragédies en réintégrant le chœur dans la construction du spectacle tragique. Comment les membres du groupe choral et les héros du drame jouent-ils ensemble ? Quelles nouvelles dynamiques spectaculaires cette étude des interactions – qui inclut des enjeux dramatiques mais également une recherche sur le partage de l'espace de jeu, du chant et de la gestualité – permet-elle de retrouver ? C'est cette question que pose se numéro en confrontant les études philologiques et archéologiques aux expériences contemporaines de mise en scène pour aborder la question à la fois esthétique et politique de la construction d'un jeu en commun.