Les époux Plantié, métayers lot-et-garonnais, se sont écrits chaque jour de 1914 à 1917. Ces lettres embrassent tous les moments de la vie du couple: de l'ordinaire le plus banal, à l'arrière comme au front, des réflexions sur la guerre et sa logique destructrice, aux tendres déclarations d'amour. Cette correspondance intime à deux voix a été préservée à dessein, ainsi Léon écrivait-il: " il me semble que je serais content de repasser ses longues lettres où je te disais toutes les horreurs de la guerre, toutes mes inquiétudes et tout ce que je souffrais de cette longue séparation ".
Cet ouvrage restitue l'expérience de Wolfram Knöchel, lycéen embrigadé dans les Jeunesses hitlériennes, enfant-soldat enrôlé dans la Wehrmacht puis prisonnier de guerre dans le Sud-Ouest de la France, près du littoral de l'Atlantique. Les lettres qu'il a écrites à ses parents entre 1943 et 1948, inédites jusqu'à aujourd'hui, nous livrent un témoignage exceptionnel et inscrivent l'histoire personnelle d'une famille dans celle, plus large, des rapports franco-allemands à un moment qui reste un tournant de l'histoire européenne.
En se penchant sur les réécritures de l'histoire pour le citoyen dans l'espace germanique et la France des Lumières et de la Révolution, ce livre apporte un regard nouveau et distancié sur les usages publics de l'histoire aujourd'hui, en France en particulier où le débat autour du roman national reste vif. La première partie de l'ouvrage, consacrée à l'exemplarité d'une histoire illustrée de gravures qui ont durablement marqué les représentations du passé, revisite la question des grands hommes, reproduit, traduit et analyse la circulation d'exemples édifiants entre les deux espaces.
La deuxième partie traite d'un mode de représentation pédagogique de l'histoire qui suscitait, et suscite toujours, la fascination tout en posant un défi de méthode: l'usage pédagogique d'un tableau permettant de saisir d'un seul coup d'oeil toute l'histoire d'un peuple voire de l'humanité tout entière, et d'en tirer des leçons politiques. L'idée, encore structurante aujourd'hui, d'un modèle politique ou pédagogique allemand ou français d'une écriture de l'histoire couplée, ou non, à la géographie est examinée ici au prisme des contextes précis où elle a été pensée.
Cet ouvrage contient l'édition intégrale de deux textes rédigés par le marchand drapier orléanais Pierre Etienne Brasseux, de 1773 à 1781. Le premier, le Mémorial à mes enfans, n'est connu qu'au travers d'extraits. Il présente un récit des événements orléanais et nationaux de 1703 à 1781. Il permet de définir le rapport du marchand aux affaires politiques, religieuses et économiques. Il éclaire la vie orléanaise et les rivalités sociales au sein des institutions. Il montre également la volonté de construire une figure bourgeoise.Le second est un recueil de notices sur les hommes célèbres de l'Orléanais. Totalement inconnu, ce texte est donné au public pour la première fois. Il souligne l'intérêt de Brasseux pour l'histoire locale, partagé avec de nombreux bourgeois de cette époque. Cette édition s'appuie sur une importante recherche documentaire, qui a mis à jour des actes de la famille permettant de reconstituer les itinéraires sociaux, mais aussi les intérêts intellectuels de l'auteur, grâce notamment à sa bibliothèque. Par la diversité des thèmes envisagés et des commentaires, ce livre témoigne pour une époque et éclaire le basculement de la seconde moitié du xviiie siècle, participant à la réflexion sur l'opinion des hommes de cette époque.
Ces quelques extraits du Mémorandum d'Antoine Gautier (1798-1882), maire du Bouscat, conseiller général de la Gironde, adjoint puis maire de Bordeaux de 1849 à 1860, ont pour objectif d'attirer l'attention des chercheurs sur l'intérêt que représentent les 60 000 pages de ce journal intime tenu quotidiennement entre 1832 et 1882. Les passages transcrits, en intégralité, ont été choisis en raison de leur intérêt pour l'histoire politique, culturelle et sociale. L'auteur, qui se définit comme un conservateur progressiste, s'est non seulement intéressé à l'histoire locale mais aussi aux grands événements qui ont secoué la France et l'Europe en un demi-siècle. On lira des jugements intéressants sur la révolution de 1848, sur le coup d'État de 1851, sur la Commune de Paris mais aussi sur les tensions dans les Balkans, la vie théâtrale bordelaise, les ravages de l'oïdium sur le vignoble girondin, etc.
Il s'agit de l'autobiographie de la comtesse Charlotte von Heyden née en 1684, mariée en 1704 à un noble prussien, le comte Schwerin.La particularité de cette autobiographie est d'avoir une forte dimension spirituelle. Née de parents calvinistes, elle fut élevée à Wesel et à La Haye dans de grands sentiments de religion. Contre le vœu d'une partie de sa famille, elle épousa le comte Schwerin. On assiste à l'évolution religieuse de cette jeune femme. Tout se précipite quand le comte Schwerin est envoyé en 1716 à Vienne. Elle mesure la puissance d'attraction du catholicisme dans la capitale impériale, avec la musique, les sermons, les controversistes... Elle saute le pas, chez la comtesse Strattmann. D'abord tenue cachée, la conversion doit être avouée au mari qui affecte de l'ignorer. Mais le scandale n'en est pas moins là et les tensions entre les époux conduisent au départ de Königsberg de la comtesse enceinte, le 24 décembre 1720. Elle alla se réfugier à Breslau, en pays Habsbourg. C'est donc toute une vie qui, jusqu'à la fin de la narration en 1731, est relue à la lumière d'une conversion, sur un modèle qui est celui des Confessions de saint Augustin.Suivre la trajectoire spirituelle de la comtesse permet de comprendre comment d'un calvinisme fervent mais exposé aussi aux idées fort peu religieuses de Fontenelle ou de La Chapelle, elle a pu passer au catholicisme baroque tel qu'il fleurissait à la Cour de Vienne ou sur les marges de la Pologne.
Les deux mémoires de Robert de Saint-Vincent offrent à l'historien des matériaux précieux, tant pour l'histoire politique que celle du jansénisme ou de l'émigration. Mais ce qui paraît le plus stimulant est cette rencontre, par-delà les siècles, avec un être fait de chair et de sang, un esprit pétri des mêmes contradictions que nous, un homme avec lequel l'on peut entrer en contact, qui peut nous irriter, nous attendrir, nous surprendre. Ici, peut-être plus qu'ailleurs, l'ego-document rencontre l'ego-histoire. L'empathie nécessaire à l'historien devient tangible, le personnage historique fait écho à notre propre personnalité et oriente, sans doute, la lecture que l'on peut avoir d'un tel document. C'est pourquoi, cette ébauche du portrait de Robert de Saint- Vincent ne peut être que partiale, reflet de notre propre lecture, et donc sujette à mille précautions et cautions.
Ajoutons enfin que Robert nous prouve ici, s'il était nécessaire, que pour être janséniste, on n'en est pas moins homme.
Ce livre est l'édition d'extraits choisis de la correspondance et des journaux de voyage de Louis Marie Auguste d'Estournel, chevalier de l'Ordre de Malte. Une riche introduction permet d'éclairer le lecteur sur l'Ordre de Malte dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, sur la généalogie de l'auteur, sur sa carrière dans l'Ordre de Malte et sur le géographique de sa carrière, la Méditerranée à la fin du XVIIIe siècle.
La première partie est consacrée à l'édition des lettres relatives à sa carrière de chevalier, aux affaires politiques de son temps, au traumatisme de la Révolution. Elle couvre la période 1779-1799. La seconde partie propose essentiellement des récits relatifs aux campagnes méditerranéennes en 1783-1784. Plusieurs périples sont relatés : la campagne de Livourne, puis celles de Catane et de la Sicile et l'expédition de 1784 en août-septembre à Alger, Majorque et Minorque.
" Un voyageur doit examiner tout, et en parler en termes propres, courts et intelligibles… Je veux, en écrivant, avoir la liberté de produire ce qui me vient à l'esprit… ". Tel est le propos d'Étienne de Silhouette en écrivant, en 1730, son Voyage à travers l'Espagne et le Portugal.
Plus qu'un guide, ce livre est une contribution à la connaissance des régions traversées par ces deux pays grâce à la description des paysages, des activités et des principaux monuments. L'auteur décrit aussi abondamment les comportements, les attitudes, les manières de penser et de vivre le quotidien comme l'exceptionnel de la société espagnole et portugaise. Son jugement est tantôt bienveillant tantôt critique aussi bien à l'égard du peuple que des hommes de pouvoir, des institutions comme l'Inquisition ou de la conduite de la politique, notamment en Amérique du Sud.
Ce livre est un témoignage intéressant et vivant sur l'Espagne et le Portugal du début du XVIIIe siècle rédigé par un jeune homme curieux des hommes et des choses qui cherche à parfaire sa formation en vue de réussir dans une carrière comme il le prouvera plus tard.
Après le livre Les Écrits du for privé, objets matériels, objets édités les auteurs ont voulu ouvrir de nouvelles perspectives. En particulier en dépassant la barrière de 1914, en explorant de nouveaux fonds archivistiques pour s'intéresser aux séries judiciaires, aux correspondances et aux formes semi fictionnelles. L'interdisciplinarité est plus développée dans ce livre avec des articles de linguistes et de sociologues.
Ce volume s'intéresse également à la réception des " grands " événements - guerres, bouleversements politique, inondations... - par les scripteurs qui concoure puissamment à leur définition. Les auteurs étudient aussi le changement éditorial dans la publication des écrits du for privé de plus en plus d'ouvrages étant édités par des éditeurs universitaires dont les P.U. de Bordeaux et l'apparition d'internet.
Ces différents moyens ont permis d'affiner les recherches et de les étendre au domaine européen.
Il s'agit de l'édition du manuscrit autographe de Charles de Grimaldi, présentée et annotée par Monique Cubells. Dans cette relation, l'auteur consacre la plus grande partie de son texte au parlementaire engagé dans l'action politique.
Exilé par deux fois, Charles de Grimaldi a été un Frondeur, non seulement en 1649 au moment de la Fronde parlementaire, mais aussi dans les années clefs de 1658 et de 1659. On voit évoluer autour de lui aussi bien les plus grands noms de la province que les humbles émeutiers.
Son témoignage est une contribution essentielle à l'histoire de la Fronde en Provence.
Le Livre de raison d'un campagnard est le titre que Philippe Tamizey de Larroque, spécialiste internationalement reconnu des 16e et 17e siècles, donna au journal qu'il tint durant les neuf dernières années de sa vie, de juillet 1889 à mai 1898.
Adoptant le genre vénérable du livre de raison, Tamizey de Larroque s'est plu, à l'aube trépidante d'inventions et de transformations d'un nouveau siècle, à afficher non seulement son attachement à l'existence rangée des gentilshommes-campagnards d'autrefois, mais encore à proclamer son enracinement provincial à l'endroit même où demeurait sa famille depuis plusieurs générations, à Gontaud-de-Nogaret, au sud-est de Marmande, en Lot-et-Garonne.
Or, tout en se pliant aux usages traditionnels des livres de raison, Philippe Tamizey de Larroque les a largement dépassés. Son livre de raison qui se présente, à l'abord, comme le simple récit du quotidien de l'un des historiens majeurs de la fin du 19e siècle, est travaillé, dans le fond, par un véritable roman, tant personnel que familial, qui culmine avec un drame irréparable, le 9 juillet 1895. Ainsi lit-on une sorte de chronique de la sourde préparation de cette tragédie qui amorce inexorablement le tarissement du texte, et augure de la fin non seulement de l'auteur, mais de son univers.
Philippe Tamizey de Larroque nous a laissé, au bout du compte, un "anti-livre de raison", non pas hors du temps, mais intensément et intimement présent à sa manière, clé ndispensable pour mieux connaître et comprendre son oeuvre colossale.