Contrairement à ce que pensaient les philosophes du contrat social, nous ne sommes pas sortis de l'état de nature et ne le ferons jamais, quel que soit notre état de civilité. Non pas à cause du capitalisme, du sexisme, ou de l'addiction numérique, mais parce qu'aucun existant n'échappe à la nature. C'est aussi le cas des humains, dont les fonctionnements neurochimiques tout comme les pratiques sociales sont soumis à des mécanismes parfaitement naturels d'adaptation et d'habituation.Cependant, et contrairement à ce que l'on pensait, l'état de nature n'est pas aussi immuable ou indépendant de l'action humaine, comme le prouve la détérioration vertigineuse des environnements naturels. Les quatre parties de cet ouvrage – état de nature, état civil, état politique, état d'humanité – tendent à montrer que les humains peuvent aussi agir sur leur état de nature dans un sens favorable, en choisissant par exemple des productions respectueuses, des consommations non-addictives ou des relations sociales gratifiantes aussi bien que libératrices.
De quoi le genre est-il fait? De langage? De matière? Est-ce que le genre, dès lors que l'on prend en compte le langage, mais aussi d'autres matérialités telles que les objets, les corps, la technologie, la nature, reste une caractéristique intrinsèque de l'être humain? Ou bien dépasse-t-il l'humain pour atteindre le non humain, l'au-delà de l'humain, le post-humain? Voici quelques questions auxquelles ce livre, à l'intersection d'un débat théorique et d'une actualité politique, répond.Luca Greco, sociolinguiste et spécialiste en études de genre, s'appuie sur un matériau analytique riche et composite, constitué d'enquêtes ethnographiques à la fois autour des mouvements éco-trans-féministes, des relations entre virilité, nationalisme et alimentation, du statut du fœtus dans les échographies prénatales ou dans les gender reveal parties, des campagnes contre le droit à l'avortement, et enfin d'un corpus d'interactions entre travesties et partenaires dans les espaces de rencontre en ligne.La multiplicité des données et la richesse sémiotique prises en compte dans ce livre – langagières, corporelles, technologiques, artéfactuelles – permettent une nouvelle conception du genre, " en excès ", dépassant les frontières de l'humain et du langage verbal, au prisme d'assemblages multi-matériels, humains et non humains, dont les enjeux sont d'ordre analytique, théorique et politique.
Une histoire des relations diplomatiques et militaires. 1991-2023
En décembre 1991, suite à la dissolution de l'URSS, l'Ukraine retrouve son indépendance. Elle devient alors le deuxième pays d'Europe par sa superficie et dispose du troisième arsenal nucléaire mondial jusqu'en 1994 et la signature du mémorandum de Budapest. La création d'une telle puissance en Europe de l'Est a reçu une réponse immédiate de la diplomatie militaire française : le poste d'attaché militaire français à Kiev est créé dès 1992 et la première visite officielle du ministre des Affaires étrangères français a lieu en janvier de la même année.De présidents en ambassadeurs, entre coopération et méconnaissance, Oksana Mitrofanova dessine l'histoire des relations diplomatiques et militaires franco-ukrainiennes sur plus de trente années. Abordant les problématiques de l'intégration européenne, de l'influence russe en France et du rapport à l'OTAN, et s'appuyant sur des entretiens avec d'anciens ambassadeurs ou militaires, des hommes politiques et des universitaires, elle montre comment la France est devenue un partenaire privilégié de l'Ukraine en Europe.
Alors que la population française tend à vivre plus longtemps, Faire avec l'âge est un livre nécessaire pour saisir les conditions dans lesquelles le vieillissement s'opère. Philippe Bataille s'est attaché à décrypter la littérature récente sur le sujet du grand âge et à aller à la rencontre de nombreux acteurs : médecins, gériatres, auxiliaires de vie, infirmières, directeurs ou directrices d'EHPAD et, surtout, personnes âgées elles-mêmes et leur famille.Choisissant de laisser la parole à ceux dont le vieillissement est le quotidien, Philippe Bataille se fait le rapporteur discret de ce que veut dire vieillir et mourir en France aujourd'hui. S'arrêtant longuement sur la période Covid, ce livre pointe la désorganisation totale pendant la crise, puis ses conséquences : la raréfaction des médecins traitants et le phénomène de désertification du milieu médical, la fin des déplacements à domicile, le recours incessant aux urgences. Mettant en parallèle le mal-être des âgés et celui de leurs aidants, il montre les rigidités d'un système de vieillesse déshumanisé, toujours au détriment des patients, menant à des situations parfois tragiques.
Depuis les années 1990, des associations, comme Allegro Fortissimo et plus récemment Gras politique, ainsi que des militantes et autrices comme Gabrielle Deydier, ont imposé un nouveau terme pour parler des discriminations liées au poids: la grossophobie. La tendance " body positive ", résultat de ces mobilisations contre les normes esthétiques et pondérales dominantes, a renouvelé les problématiques propres aux mouvements féministes et queer, mettant à nouveau la question du corps au cœur des revendication des militantes dans le monde entier.Pourtant, les réseaux sociaux demeurent saturés d'" humour " grossophobe et la tyrannie de la minceur continue de sévir, générant mal-être, troubles du comportement alimentaire ou encore pratiques d'autocensure. Plus grave encore, les études chiffrées sur la grossophobie montrent qu'au-delà d'un certain poids les discriminations se systématisent. Elles ont lieu à l'embauche, au travail, mais aussi sur les applications de rencontre, dans les salles de sport, chez le médecin et même dans l'intimité, avec la famille.Avec cet ouvrage, Solenne Carof, signe une des premières études sociologiques sur la grossophobie en France. Que vivent les personnes très corpulentes dans une société comme la nôtre? Que révèle le stigmate de gros ou de grosse des normes qui pèsent différemment sur les hommes et sur les femmes? Quelles conséquences cette stigmatisation a-t-elle sur les personnes concernées? Au fil de son enquête, l'autrice dévoile les rapports de pouvoir qui se nichent dans la question du poids et structurent les hiérarchies propres à notre société.Une étude décisive pour mettre en évidence l'importance d'une discrimination encore peu condamnée, tant socialement que juridiquement.
En 2007, le monde du jeu vidéo est secoué par une violente polémique au sujet du jeu vidéo Resident Evil 5. Ce dernier est accusé de faire commerce du racisme, en invitant à se glisser dans la peau d'un américain blanc body-buildé, missionné dans une région africaine anonyme, et tuant des dizaines d'hommes et de femmes noires présentées comme de dangereux zombies infectés du virus T. Depuis, la communauté des joueurs et joueuses de jeux vidéo interpelle régulièrement les créateurset créatrices des jeux sur les questions du racisme et du sexisme.Dans son ouvrage, Mehdi Derfoufi analyse les rapports de force qui structurent l'industrie du jeu vidéo, dévoilant comment le racisme se niche parfois insidieusement au cœur de scénarios de jeux vidéo à succès. Il nous invite à nous questionner. Quels sont les pays qui pèsent sur les milliards d'eurosdu marché mondial du jeu vidéo? Qui sont les game designerset auteurs des jeux? Comment les représentations racistes sont-elles véhiculées à travers les personnages et les imaginaires vidéoludiques?L'auteur nous dévoile avec brio les logiques racialisantes à l'œuvre au sein d'un marché économique très concurrentiel où des stéréotypes exotisants servent régulièrement à faire vendre un jeu. Il nous montre aussi comment la division internationale du travail et la hiérarchie économico-politique Nord/Sud pèse sur le marché du jeu vidéo et ralentit l'émergence de nouvelles représentations. Pourtant, de nombreux espoirs, notamment dans les pays du Sud participent au renouvellement de la culture geek: face aux violences racistes, la riposte s'organise.
Le 11 mars 2011, au large des côtes de l'île japonaise de Honshu, un séisme de magnitude 9,1 provoque un tsunami qui engloutit 54 des 174 villes côtières à l'est de l'archipel. Les jours qui suivent, plusieurs explosions ont lieu et trois des six réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai Ichi fusionnent, déclenchant une catastrophe sans précédent.Cécile Asanuma-Brice, chercheuse au CNRS et codirectrice d'un programme international de recherche CNRS sur les post-Fukushima studies, résidente permanente au Japon depuis 2001, était présente au moment des faits. Dix ans plus tard, elle revient sur le déroulé d'un désastre qui se prolonge jusqu'à nos jours.Dans cet ouvrage, elle analyse les différentes dimensions de la catastrophe, notamment au travers de témoignages qu'elle a recueilli en japonais auprès des résidents, des associations, des administrations locales, nationales et internationales, du Premier ministre, Naoto Kan, en poste au moment des faits, mais aussi via le compte-rendu d'audition du directeur de la centrale nucléaire de Fukushima, Masao Yoshida. Leurs récits dissonants interrogent les modalités de gestion de l'ignorance et du droit à savoir.Dans des circonstances qui mettent en jeu la vie de millions de personnes, qui régit l'accès à des informations de santé publique ? Qui peut décider de la non-évacuation d'une ville sinistrée ou du relogement des populations dans une ville contaminée ? Pour qui et comment s'organise la reconstruction ? Quelle communication du risque l'accompagne ?L'ouvrage est une mémoire vive, une analyse scientifique des politiques de relogement des réfugiés, des enjeux des mesures de radioactivité et du suivi psychologique des populations traumatisées.
Le paradoxe des archives, entre marchandisation, libre circulation et respect des œuvres
Dans nos sociétés " iconophages ", l'attrait pour les archives audiovisuelles s'accroît, menaçant parfois l'intégrité des images qui façonnent notre mémoire et nos imaginaires du passé. Leur importance est cruciale et pourtant elles ne bénéficient pas d'un statut équivalent à celui des archives écrites ; elles ne profitent pas non plus pleinement des protections accordées aux œuvres d'art.Parallèlement, la révolution numérique modifie en profondeur les conditions d'accès, de circulation et de reproduction des images, posant de constants défis aux institutions chargées d'en assurer la conservation et la communication.Ainsi, les usages des images d'archives soulèvent des questions politiques et éthiques tandis que leurs coûts freinent l'expérimentation de formes plus innovantes d'écriture de l'histoire dans le cadre de dispositifs pédagogiques et scientifiques.Parce qu'elles sont entrelacées, ces questions nécessitent une réflexion de fond associant historiens, juristes, philosophes, conservateurs, cinéastes, producteurs… Le présent ouvrage se propose d'amorcer ce dialogue nécessaire en dépliant les questions liées à la conservation, à l'interprétation, à la circulation et aux usages des images d'archives.
La Ve République est aujourd'hui en panne, les Français se retirent d'un jeu politique dont ils ont le sentiment d'être les dupes. Confronté à des menaces inédites, le maintien de la démocratie française passe par une refonte complète de ses institutions. Il devient indispensable de réorganiser l'indépendance des pouvoirs, d'envisager différemment l'Europe ou encore de réformer les pouvoirs locaux. Pour cela, il nous faut avancer d'un pas résolu vers une VIe République authentiquement démocratique.
Le livre examine d'abord les migrations et mobilités dans un monde interdépendant, où les facteurs de mobilité sont devenus structurels (1re partie). Puis il se penche plus particulièrement sur les révolutions arabes et la crise syrienne, aux causes plus conjoncturelles mais à l'origine d'une transformation de l'Europe euro-méditerranéenne et de la rive sud de la méditerranée en termes de migrations (2e partie). Puis il met l'accent sur le décalage entre les réponses fournies tant à l'échelon européen que mondial à cette nouvelle donne. Un accent particulier est mis dans ce contexte sur le sud, pour lequel un équilibre mondial est à inventer afin de lui donner plus de poids dans les négociations migratoires avec le nord de la planète (3e partie).
School shooting : fusillade à l'école au cours de laquelle un élève cible son institution afin de tuer le plus grand nombre possible d'élèves et d'enseignants avant, le plus souvent, de se suicider ou de tomber lui-même sous les balles des forces de l'ordre. Comment comprendre un tel déchaînement de violence ?À partir des vidéos postées par les auteurs des fusillades sur Internet et des réactions qu'elles suscitent, Nathalie Paton décrypte l'univers culturel et mental de tueurs qui répondent de façon singulière aux injonctions contemporaines qu'il y a à être un individu et à se réaliser dans un contexte de crise ou de déclin institutionnel.Un éclairage inédit sur la violence, y compris terroriste, ainsi que sur son usage et sa médiatisation par l'Internet, phénomène qui constitue un des grands défis, intellectuel et politique, des temps contemporains.
Nos connaissances sur l'humain, sur la vie, sur l'univers, sont en pleine expansion. Elles sont aussi séparées et dispersées. Comment les relier? Comment affronter des problèmes qui sont tout à la fois complexes, fondamentaux, intellectuels et vitaux? Comment nous situer dans l'aventure de la vie et dans celle de l'univers, en tenant compte du fait que l'humain est intérieur à l'univers et que l'univers est intérieur à l'humain?La réponse d'Edgar Morin, avec ce livre, est lumineuse d'intelligence et accessible à tous.L'auteur nous invite, à sa façon, à penser global, c'est-à-dire à considérer l'humanité dans sa nature " trinitaire ", puisque chacun est à la fois un individu, un être social et une partie de l'espèce humaine.L'humanité est emportée dans la course effrénée de la mondialisation: la réflexion d'Edgar Morin nous propose de scruter son avenir et son devenir sans céder aux facilités de l'air du temps ni aux injonctions de l'actualité.