" Rares sont les entreprises où vos collègues ne perdent jamais une occasion de vous soutenir ", indiquait le slogan d'une récente campagne de recrutement de l'Armée de terre française. Rares aussi sont les métiers où l'engagement requis comprend une telle extrémité; le choix de servir sous les drapeaux implique d'admettre l'éventualité d'avoir à donner ou recevoir la mort. Mais comment y parvient-on? Comment l'institution militaire s'y prend-elle pour transformer de jeunes civils en soldats professionnels prêts à se battre y compris jusqu'au sacrifice de leur propre existence?Fondé sur une enquête ethnographique conduite dans un centre d'instruction militaire auprès de recrues et de leurs formateurs, cet ouvrage interroge les modalités concrètes et enjeux de la fabrique des combattants. Devenir soldat nécessite d'incorporer des techniques et savoir-faire spécifiques, d'aguerrir son corps, d'accroître sa force et sa résistance au prix d'une discipline intense. Mais au-delà, il s'agit d'intégrer une communauté soudée et homogène, de " faire corps " autour de valeurs, de rituels et de traditions partagés qui dépassent le strict cadre de l'instruction opérationnelle. Homme de métier, le soldat est un homme qui doit faire la preuve de ses qualités " viriles ": courage, dépassement de soi et capacité à (faire) endurer la violence se trouvent ainsi au cœur de l'esprit de corps que l'on cherche à transmettre. En dévoilant la pluralité des enseignements militaires, cette recherche met au jour le caractère complexe et parfois ambigu d'une formation dans laquelle il s'agit tout à la fois d'apprendre à combattre et parader.À la croisée d'une ethnologie des savoirs, du corps sexué et des identités socioprofessionnelles, cet ouvrage propose un regard sur une institution politique de premier plan, aujourd'hui particulièrement visible dans l'espace social et pourtant encore largement inaperçue des sciences sociales.
En Corse, dans les années 1970, une société villageoise s'accroche à la montagne. Elle y maintient, avec le concours de la diaspora, un modèle d'existence en commun largement hérité de son passé proche mais dont les évolutions en cours sur le littoral semblent préparer à terme la disparition. Ce serait alors la fin d'une longue histoire sur laquelle cette société avait gravé sa signature, à défaut d'y exercer sa mainmise. La Corse est, en effet, l'abri d'une civilisation dont le creuset est villageois. Les textes rassemblés dans ce volume dressent le portrait de certaines des institutions portant la marque de cette civilisation et reconstituent ses valeurs. Un idéal en organise le jeu ; il est cultivé dans chaque vallée, dans chaque communauté de village, dans chaque maisonnée : l'idéal de souveraineté.
L'accès des femmes aux pleins pouvoirs de police est récent. Depuis une trentaine d'années, les policiers de sexe féminin suivent la même formation, sont dotés des mêmes habilitations judiciaires et du même armement que les hommes. S'agit-il d'un changement profond dans la conception de l'ordre public ? Comment s'intègrent-elles à la sociabilité virile des commissariats ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles l'auteure répond dans cet ouvrage pionnier qui constitue la première recherche française d'ampleur sur la féminisation de la police. L'étude fouillée – qualitative et quantitative – permet de suivre et de comprendre les trajectoires des "femmes policiers", de la fabrique familiale de la vocation à la gestion de la carrière, de la scolarité aux coulisses du métier, du travail sur la voie publique aux arrangements avec le conjoint, de l'accomplissement des tâches nobles au "sale boulot". Elle montre comment, en adoptant les codes virils en vigueur, ces femmes tentent d'échapper aux stéréotypes de fragilité et d'indisponibilité qui leur sont encore trop souvent accolés. A l'originalité d'une démarche attentive à la mobilité de genre, s'ajoute celle d'une approche compréhensive des principes fondateurs de l'institution policière.
Le musicien entre travail artistique et critique sociale
Rap, techno, électro, house, jungle, trip hop... Ces styles musicaux font partie du paysage discographique français depuis la fin des années 1990. À travers les succès commerciaux retentissants ou les coups d'éclat de leurs animateurs, ils sont apparus comme des fenêtres ouvertes sur les plaisirs, les désirs, et les maux de la jeunesse. L'auteure entraîne le lecteur loin des clichés réducteurs associant ces cultures musicales à une "perte de repères" ou à une mauvaise humeur à la mode. En peignant d'une manière vivante les relations de travail et au travail dans un milieu artistique fondé sur la mobilité, l'ouvrage permet de comprendre les évolutions récentes du monde du disque vers une réactivité et une souplesse toujours plus grande.
Bourgeoisie terrienne, fermiers, pisciculteurs, chasseurs, écologistes, néo-ruraux peuvent-ils cohabiter sur un territoire dont ils se disputent l'usage ? Comment, en Dombes, autour de l'étang qui se cultive, se pêche, se chasse et se préserve, se tisse le lien social entre ces groupes antagonistes ? Par l'attention portée aux multiples et subtiles hiérarchies, aux rapports de pouvoir qui traversent la société dombiste, l'auteur nous amène dans ce livre au plus intime du fonctionnement complexe des sociétés rurales françaises d'aujourd'hui. Avec cette analyse fine d'un système social entièrement sous tensions, où les réseaux de solidarité et d'affrontement se négocient et se redessinent en permanence, l'ouvrage dévoile comment une société locale se structure et s'invente dans la confrontation, comment elle se forme et se transforme avec et sous le regard des citadins.
Qu'est-ce qu'être père ou mère, beau-père ou belle-mère dans les familles recomposées ? Est-ce donner la vie, donner son nom et ses biens, nourrir et élever un enfant et le chérir, l'adopter ? Qu'est-ce qu'être frère ou sœur ? Avoir eu les mêmes parents biologiques, avoir partagé son enfance dans un même lieu ? Des relations amoureuses et sexuelles entre "quasi" frères et sœurs sont-elles licites ? À travers l'exploration ethnographique d'une trentaine d'histoires familiales, Agnès Martial met au jour dans ce livre l'incertitude des termes, des rôles et des statuts qui composent la trame familiale recomposée dans notre société.
Bijoux fantaisie, exotiques ou " ethniques " contre bijoux précieux ou " de famille ", les bijoux se conjuguent aujourd'hui à tous les modes au mépris des frontières spatiales et temporelles. Loin de réduire les bijoux à la somme de leurs usages, à leur dimension historique ou esthétique d'objets précieux, l'auteur cherche à en capter les éclats fugaces entre la présence et l'absence, le secret et le dévoilement, l'oubli et le souvenir.Dans tous les cas, acheter un bijou, l'offrir, le vendre, le transformer, le perdre ou l'abandonner sont autant d'actes par lesquels un individu se pose comme personne et affiche la nature des relations qu'il entretient avec les autres.
Comment un ustensile banal, fabriqué en série, se retrouve-t-il, au début du 21e siècle, dans la vitrine d'un musée ? Par le biais de "biographies", qui permettent d'isoler les différentes étapes de la vie de différentes poteries en les dépouillant de toute catégorie préalable (marchandise, ustensile, produit ou collection), l'auteur nous permet de saisir le rôle des objets dans la société française actuelle.
Les sourds sont porteurs d'une radicale étrangeté. Pour eux, être sourd réfère moins à un déficit d'audition qu'à l'affiliation à un groupe linguistique et culturel possédant son langage propre, la langue des signes. Celle-ci, pour emprunter un canal différent de celui de toutes les autres langues humaines, en offre cependant les mêmes fonctions et les mêmes richesses. L'ethnologue donne ici à voir cet autre côté du miroir, et le livre vient infirmer les représentations communes de la surdi-mutité comme malheur individuel.
Le rugby est considéré comme l'un des sports de compétition les plus "virils", du fait notamment de la violence de certaines phases du jeu et des excès éthyliques et sexuels des fameuses "troisièmes mi-temps". Dans ce monde, les femmes ne peuvent être que des "mamans" ou des "putains". L'expansion du rugby féminin remettra-t-elle en cause l'édifice symbolique de ce qui constitue une véritable initiation masculine ? Initiation qui imposait déjà des jeux ambigus avec la définition des sexes, dont témoigne le soupçon d'homosexualité (plus ou moins "refoulée") qui pèse sur les joueurs.
Quelle place tient la télévision dans la vie des adolescents ? Comment constituent-ils leurs relations à l'écran ? Quels liens établissent-ils avec les personnages imaginaires des séries qu'ils regardent ? C'est par une étude minutieuse de la série à succès Hélène et les garçons que l'auteure nous fait découvrir la place jouée par la fiction dans l'apprentissage de la vie sentimentale, son rôle d'accompagnement des premières expériences amoureuses et la position stratégique qu'elle occupe dans la nouvelle définition des identités sexuées.
Si l'on choisit ses amis, on ne peut pas choisir sa famille, déplore l'adage. Ce livre collectif démontre que, bien au contraire, la volonté tient de plus en plus de place dans la création de la filiation. C'est le cas notamment entre parents et enfants adoptés, qu'il s'agisse d'adoptions légales ou de celles, par leurs pères, d'enfants nés d'insémination avec donneur, ou encore d'" adoptions " informelles au sein des familles recomposées.Contributions de Agnès Fine, Monique Jeudy-Ballini, Michèle Laborde-Barbanègre, Claudine Leduc, Agnès Martial, Véronique Moulinié, Françoise-Romaine Ouellette, Sylvie Sagnes, Bernard Saladin d'Anglure, Bernard Vernier