Au mois de juin 2014, au Centre scientifique de l'Académie Polonaise des sciences à Paris, dix médiévistes polonais et français se sont réunis deux jours durant pour échanger autour de l'œuvre de Jacques Le Goff. Survenue quelques semaines plus tôt, la mort de l'historien qui, plus qu'aucun autre, avait entretenu, malgré tous les obstacles politiques, le dialogue entre la Pologne et la France a changé la rencontre en hommage. Le thème, dans la ligne de nombreux travaux de Jacques Le Goff, intéressait l'altérité, cet " autre " qui, à l'exemple du Moyen Âge lui-même, est tout à la fois familier et différent, nécessaire dans tous les cas. Sur la dizaine de contributions alors présentées, plus des deux tiers intègrent ce volume coordonné par Philippe Josserand et Jerzy Pysiak. Quatre autres études de médiévistes nantais, analysant eux aussi la dynamique des altérités, les ont rejointes. Ensemble, ces textes prétendent aider à mieux saisir la figure de l'" autre " à travers le Moyen Âge et, depuis l'Antiquité tardive jusqu'au début de l'époque moderne, ils s'attachent, en développant des perspectives temporelles, thématiques, géographiques et culturelles variées, à interroger ce qui distingue et ce qui unit, ce qui fait que le " nous ", parfois, est un " autre " – aujourd'hui comme hier – et que l'" autre " résonne en " nous ", participant de nos appartenances et servant de façon décisive à les forger.
D'abord pensée pour favoriser les échanges commerciaux en Méditerranée, l'institution consulaire devient, au cours des temps modernes puis de l'époque contemporaine, un instrument de rayonnement extérieur des monarques puis des nations. Par ses deux empires coloniaux successifs, par la dimension globale de son commerce et de ses ambitions géopolitiques, par la puissance de son économie précocement industrialisée et son influence culturelle, la France projette ses " nationaux " sur tous les continents, et cela très tôt et dans la durée. Pour gérer les multiples intérêts français à l'étranger, l'État dispose d'un type d'agents précieux par leur caractère polyédrique : les consuls. Leur fonctionnarisation progressive, de même que leurs fonctions d'information, d'intermédiation marchande et d'administration des ressortissants sont bien connues de l'historiographie spécialisée. En revanche cet ouvrage entend examiner le rôle des consuls dans la présence française dans le monde, une présence multiforme qui ne se réduit pas aux seules ambitions coloniales ou impériales. Si l'extension du réseau consulaire reflète à la fois la présence commerciale et politique française, elle est aussi en partie tributaire des stratégies des consuls eux-mêmes. Cette publication est issue d'une journée d'études organisée en 2014 par le CRHIA de Nantes et le Laboratoire d'Excellence " Écrire une histoire nouvelle de l'Europe ".
L'étude de la construction de l'identité européenne doit être envisagée sous l'angle de la circulation des savoirs, idées et pratiques produits dans les champs scientifiques, techniques ou culturels et transférés entre espace européen et extra-européen. Cet ouvrage en offre un éclairage au moyen d'études de cas variés, avec une perspective temporelle volontairement longue?: les techniques de raffinage du sucre au XVIIe siècle (M. Tanguy), la géométrie et l'astronomie transmis en pays d'Islam aux XVIIIe et XIXe siècles (P. Ageron), les pratiques des sciences expérimentales à la charnière du xixe siècle (T. Bru), les procédés de synthèse de l'ammoniac le long de la vallée ligérienne dans les années 1950 (P. Martin), ou encore le développement au XXe siècle de champs disciplinaires incarnés institutionnellement (E. Plosceanu) ou par des pratiques militantes (A. Vrignon). Puisque ces transferts agissent à l'interface de territoires en mutation, les auteurs du présent ouvrage proposent ainsi de redessiner ces frontières et questionnent la verticalité des transferts savants entre territoires récepteur et émetteur. Les six contributeurs insistent sur les processus de recomposition locale des connaissances et de leur redistribution à une échelle qui dépasse celles des territoires où sont produits et reçus les savoirs, mettant à jour le rôle des médiateurs, acteurs décisifs à l'interface entre l'Europe et le reste du monde.
Si l'histoire religieuse des populations littorales a suscité de nombreux travaux, elle a souvent omis d'étudier les expressions de la foi des hommes embarqués en mer. Les périples nautiques ne sont pourtant pas une ellipse temporelle hors de l'histoire : les navigations hauturières durent longtemps et bien des missionnaires embarqués forgèrent leur foi dans l'épreuve des flots. Ajoutons que la charge des âmes à bord soulève quantité de préventions historiques, qu'il s'agisse de l'encadrement religieux, lorsque le commandement lui-même se fait ministre du culte; ou qu'il s'agisse de la délivrance des sacrements, en particulier quand la mort emporte les marins, alors qu'il est impossible de maintenir les rituels de deuil tels qu'ils sont pratiqués à terre. In fine, c'est le statut même du voyage en religion qu'il convient de questionner: l'histoire des religions méditerranéennes ne file-t-elle pas ses principaux motifs et sa doctrine sur un imaginaire nautique? Le navire lui-même, artefact sacré en Occident, mérite une étude approfondie des réalités spirituelles de la navigation. Cet ouvrage ouvre donc des pistes qui croisent les pratiques cultuelles en mer avec les cultures religieuses. Pour nous rappeler que la mer est aussi un désert, au sens spirituel du terme.
L'histoire des négociants est, par essence, une histoire transnationale et connectée. En dépit de cela, les patrons de maisons de commerce ont été longtemps des laissés-pour-compte de l'historiographie. Cet ouvrage évalue la place et le rôle joué par les négociants européens dans la mise en connexion des hommes et des territoires du XVIe au XXe.
Avant 1913, année charnière où tout va commencer à changer plus brutalement en Europe, historiquement comme artistiquement, 1870-1913 est déjà une période riche et perturbée. Des mouvements artistiques divers (naturalisme, symbolisme, décadentisme), bien que déjà porteurs de nombreuses innovations, n'ont souvent été perçus que comme des avatars du réalisme et du romantisme, en une soi-disant stagnation artistique parallèle à ce " reflux démocratique " que Georg Lukacs lut au même moment dans la majorité de la société européenne, tentée alors par un retour en arrière. Il est vrai que, pendant cette période, l'artiste renâcla, comme l'ensemble de la société, à valoriser le processus de démocratisation en marche, préférant souvent développer l'idée d'un déclin de la société occidentale. Sonder le statut de l'œuvre d'art en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne entre 1870 et 1913 permet donc de voir se dessiner une convergence entre l'évolution intellectuelle et artistique et l'évolution historico-politique, l'hésitation devenant générale entre tradition et modernité dans des sociétés se démocratisant laborieusement.
Cet ouvrage présente les actes d'un colloque organisé à l'université de Nantes par Bernard Salvaing (CRHIA), avec l'aide de Claude-Hélène Perrot (professeur émérite à l'université Paris 1) et de François Gaulme (Cellule crises et conflit-AFD). Quinze intervenants, chercheurs ou praticiens de l'aide au développement, examinent l'influence sur les États actuels d'Afrique subsaharienne des conceptions du pouvoir héritées du passé: l'hypothèse de base est que les évolutions ressenties depuis 1960 sont largement conditionnées par la culture politique africaine ancienne, ce qui permet de mieux comprendre l'écart entre le fonctionnement des États et leurs constitutions libérales. Est d'abord abordée la décolonisation du Sénégal. Puis sont présentés des États de l'Afrique d'autrefois (royaumes akan, Fouta-Djalon, Adamawa), où les dirigeants cultivaient le consensus dans les modalités de la prise de décision, tout en étant soumis à divers contre-pouvoirs. On étudie ensuite les cas de Madagascar, la Côte d'Ivoire, le Mali, en période de parti unique puis de multipartismes. Plusieurs articles sont consacrés aux thèmes des armées, de la justice, des conférences nationales. Des rapprochements sont faits avec d'autres espaces (Maroc, Pacifique sud).
Les ambassadeurs, en tant qu'acteurs des contacts diplomatiques entre Orient islamique, Occident latin et Orient chrétien de la seconde partie du Moyen Âge, sont au cœur du présent ouvrage. Celui-ci réunit diverses contributions de chercheurs et historiens travaillant sur l'histoire de la diplomatie médiévale. Il constitue la version écrite d'une journée d'études organisée en juin 2012 dans le cadre des Journées Scientifiques de l'université de Nantes. Cette rencontre internationale fut le fruit d'un partenariat entre plusieurs institutions (CRHIA, université de Nantes, École pratique des hautes études, université de Liège et CNRS, UMR 8167 " Orient et Méditerranée ") prenant part à l'une des thématiques du programme " La Paix: concepts, pratiques et systèmes politiques " de l'IFAO (Institut Français d'Archéologie Orientale – Le Caire). Dans les articles regroupés ici, les auteurs répondent à des questions communes, quoique chacun sur ses propres terrains d'enquête. Qu'est-ce qu'un ambassadeur entre les espaces et civilisations considérés et pour la période prise en compte? Cette notion, au risque de l'anachronisme, est-elle réellement compatible avec les fonctions de porte-parole et de représentation officielle qu'assument ces hommes? De quelle manière la terminologie des multiples sources en langues diverses (latin, grec, arabe, arménien, vieux slavon, etc.) dont l'historien dispose désigne-t-elle ces intermédiaires entre États, princes ou entités politiques souveraines? Quelles spécificités caractérisent ces ambassadeurs circulant sur de grandes distances entre civilisations voisines, mais souvent rivales? Autant d'interrogations légitimes auxquelles les contributions donnent des éléments de réponse, apportant de nouvelles pistes de réflexions et permettant des comparaisons suggestives, sans volonté d'exhaustivité toutefois. Le lecteur pourra ainsi appréhender l'activité de certains de ces envoyés officiels sur des espaces aussi divers que les rives de l'océan Indien, les principaux centres politiques et économiques du monde méditerranéen médiéval (Constantinople, Le Caire, Pise, Venise...), les principautés roumaines et arméniennes, ou encore suivre les routes des envoyés pontificaux vers l'Orient du XIIIe siècle.
Depuis le XVe siècle jusque dans la seconde moitié du XXe siècle, un certain nombre de pays européens ont été des puissances coloniales. À cet égard, les espaces portuaires situés dans les différentes régions du monde où les Européens se sont installés ont constitué des marchepieds stratégiques de leur présence puis de leur emprise progressive sur les territoires ultramarins. Ces ports ont reçu plusieurs formes et été investis de différentes fonctions, parfois spécialisées, parfois cumulatives : militaire, commercial, administrative, centre de transit des travailleurs déportés, etc. Pour ces diverses raisons, ils se sont imposés comme des lieux d'implantation privilégiés des Européens servant ou travaillant aux colonies. À bien des égards même, ils se sont imposés comme des espaces de centralité des empires en construction et en développement. Les articles présentés dans ce numéro proposent donc, à travers certaines études de cas, de considérer les différentes formes d'instrumentalisation par les Européens de ces espaces que sont les ports en situation coloniale.
La découverte puis l'exploitation de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique par les Européens dès le XVe siècle ont conduit à une progressive militarisation de ces espaces, tant terrestres que maritimes. S'imposant aux pouvoirs politiques locaux ou faisant face aux convoitises étrangères, cette mise en défense par les différentes puissances européennes a contraint à un déploiement logistique spécifique et une adaptation aux différents terrains coloniaux. Construction de fortifications outre-mer, établissement de stations et de bases navales, recrutement et formation des milices ou encore élaboration de tactiques militaires deviennent des préoccupations permanentes même si toutes ces réalisations connaissent des évolutions heurtées en fonction des conjonctures, des disponibilités financières de chacun des États, des possibilités techniques et parfois de l'intelligibilité stratégique des décideurs. En outre, loin de suivre des trajectoires uniquement nationales, ce déploiement est également intelligible à l'aune de la circulation de l'information militaire, des modèles défensifs et par l'interprétation et la pondération des différents transferts techniques entre les espaces coloniaux. Les contributions de ce volume, qui ont été présentées à l'occasion de deux journées d'études organisées en 2012 et 2013 par le Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique (CRHIA) de l'université de Nantes, réfléchissent à ces différents aspects en montrant l'évolution de la mise en défense coloniale des débuts de l'époque moderne à l'âge atomique. Partant d'études de cas ou analysant plus globalement cette projection militaire, les auteurs apportent des éléments pour penser l'émergence d'un " système de défense atlantique ".
Cet ouvrage témoigne d'une dette intellectuelle envers un historien aux larges horizons : de l'histoire du Brésil à celle de l'expansion portugaise et de l'Atlantique, de l'histoire des échanges culturels franco-brésiliens aux échanges franco-canadiens ou franco-chinois, de l'histoire de l'économie à celle des échanges avec les acteurs de la création et de la diffusion artistiques, tels sont les principaux champs d'investigation de Guy Martinière. Anciens doctorants, collègues et amis qu'il a entraînés dans ses pérégrinations atlantiques (où le Brésil reste toujours le centre de gravité de ses préoccupations intellectuelles) lui offrent ce témoignage amical de reconnaissance.
L'homme doit-il s'adapter à la mer ? Et si oui, pourquoi ? Comment ? Autant de questions que des catastrophes naturelles comme la tempête Xynthia de février 2010 ramènent brutalement à la conscience collective de nos sociétés contemporaines. Dans une perspective d'histoire environnementale, les sept contributions du présent volume tentent de retracer les contours des relations entre l'homme et la mer depuis le Moyen Âge, dans des lieux et à des époques variés. L'impact de l'homme sur le milieu littoral et maritime, les enjeux culturels de sa relation à ces espaces ainsi que les implications politiques de ces enjeux constituent l'essentiel des champs d'investigation ici explorés. En étudiant les modalités de l'adaptation humaine à la mer et de la lutte contre les éléments que cette adaptation suggère, mais aussi l'usage et la conscience progressive des ressources maritimes et les conflits qu'ils peuvent entraîner, les auteurs nous mènent des plages californiennes du XXe siècle ou du Marais poitevin médiéval aux littoraux provençaux du XVIIIe siècle, des côtes charentaises au port du Havre, posant à chaque fois la même question : " Que faire de la mer ? "