La mort, affrontée par les hommes des Lumières ? Oui, et surtout secrètement, dans les romans, des Lettres persanes à La Religieuse et à Jacques le fataliste, sans oublier Sade.
Mort, médecine, violence, fait-divers, romans policiers, obsession ou temps, cela conduit aussi à la presse et à la poésie. Car, pour finir, mort et poésie c'est tout un, selon Marcel Béalu
Fatras d'histoires dénuées de sens et bonnes pour les écoliers de jadis, la mythologie grecque ? Compilation insipide de traditions hétéroclites, le poème de la Naissance des Dieux qui, depuis vingt-sept siècles, nous est transmis sous le nom d'Hésiode ? Ennuyeux et dépourvues d'intérêt à notre époque, ces catalogues de naissances et d'unions divines entrecoupés de scènes violentes où le fils châtre le père, le père dévore ses fils et tous les dieux s'affrontent en terribles batailles où se joue le sort de l'univers ?
Pour qui sait les lire et déchiffrer leur langage symbolique tout en restant sensible à la structure du poème et au mouvement par lequel il s'engendre lui-même, ils révèlent au contraire une vision du monde poétique et cohérente qui garde tout son intérêt.
Éros et Éris, Amour qui rapproche les êtres et Lutte qui les divise, s'opposent l'un à l'autre mais portent presque le même nom, se confondent parfois et mènent ensemble le monde - celui des dieux et celui des hommes. Neutraliser l'un par l'autre et assurer ainsi l'équilibre de l'univers : telle est la tâche difficile du Zeus que chante Hésiode, s'il veut demeurer roi du monde. Ne serait-ce pas toujours la nôtre ?
Acteur copieusement conspué, auteur tout juste digne d'être élevé au rang de " Rousseau des ruisseaux ", alcoolique notoire, terroriste sanguinaire, qui adule Robespierre avant de lâchement le trahir… telle est la vulgate communément admise à propos de Collot d'Herbois, après deux siècles d'écriture historique.
Passé écrit, voire réécrit par les vainqueurs ? Sans doute, et Collot d'Herbois, au-delà de la vie, y a perdu son âme. L'opprobre qui pèse encore sur lui l'a banni de la mémoire collective des citoyens français, alors même qu'il fut l'un des personnages majeurs de l'an II. Pourtant en dépit d'une légende noire tenace, les archives dispersées, oubliées, parfois délibérément passées sous silence, permettent aujourd'hui de tracer un portrait singulièrement différent de celui qui écrivait en l'an III, à l'heure de ses derniers combats politiques : " C'est à la fin de la Révolution, morts ou vivants, que nous serons tous jugés, et cette fin ce sera, malgré vous, la République démocratique : n'en doutez pas. "
Il est temps de comprendre le personnage, de lui redonner la place qui fut la sienne dans le " monde des ombres " du XVIIIe siècle comme dans l'instant révolutionnaire.