C'est à partir de la lecture des sources judiciaires et administratives des principaux tribunaux du roi (le Conseil de Castille, la Junte Royale du Bureau, les six alcades de Cour, le corregidor de Madrid) et des livres de pratique judiciaires du XVIIe siècle que l'auteur tente de reconstituer l'exercice de la justice de Philippe IV (1621-1665) dans sa capitale Madrid. Les tribunaux laïcs qui constituaient alors la juridiction du roi rencontraient de nombreuses résistances pour exercer la justice pénale et maintenir l'ordre public dans la ville de cour lorsqu'ils ne s'opposaient pas entre eux. Les conflits de juridictions étaient donc fréquents et les magistrats du roi devaient affronter les privilèges judiciaires des militaires, du clergé et de la noblesse de cour. Cet apparent désordre était en fait régulé par le Conseil de Castille et sa politique régaliste, les différentes juntes de compétences et l'arbitrage du monarque Philippe IV, malgré l'augmentation continue des procès et des voies de recours. Dans cet ouvrage, l'auteur apporte une nouvelle compréhension des pratiques et d'une législation judiciaires complexes, et propose une analyse de la décision judiciaire à la lumière de la doctrine pénale de l'époque, pour aboutir à une réflexion plus globale sur le rôle social du système judiciaire espagnol et ses représentations à l'époque moderne.
Comment se forme le savoir cartographique sur un territoire national et de quels usages sociaux et politiques ce travail scientifique devient-il l'enjeu? C'est à cette double question centrale que cet ouvrage s'attache à répondre. L'auteur prend pour terrain de recherche la Tunisie du XIXe siècle : elle y suit d'abord l'activité pionnière de voyageurs cartographes pour donner à voir comment s'opère le passage de l'itinéraire à la carte. Elle étudie aussi le processus d'adoption de la carte par les autorités civiles et militaires, pour la formation des officiers à l'École polytechnique du Bardo, pour la représentation des villes ou lors de négociations qui visent à fixer la frontière avec l'Algérie voisine, devenue colonie française. Fruit d'un savoir scientifique, la carte est également porteuse de nouveaux modes de gestion politique du territoire.
Cette analyse historique, fondée sur une documentation de première main, s'est enrichie des ressources de la géographie, de la science politique et de la sémiologie. Son originalité tient aussi à la capacité qu'a l'auteur de restituer les conditions matérielles et les effets institutionnels de l'activité des cartographes, rendue tangible et vivante. Le lecteur est ainsi invité à mettre ses pas dans ceux de ces arpenteurs de l'espace tunisien, qui ont su engager des rapports de réciprocité sous forme d'échanges interculturels de savoirs et de savoir-faire.
Ce livre est le premier dans le monde à expliquer la formation du conservatisme politique au Japon, à travers la trajectoire intellectuelle de le principal de ses penseurs, Yasuoka Masahiro (1898-1983).
L'auteur apporte des informations essentielles pour comprendre les milieux politiques japonais au pouvoir depuis 1955, ainsi que l'idéologie des milieux d'affaires, qui a fait la réputation de ce pays.
L'ouvrage est également le premier à brosser l'histoire du confucianisme japonais à l'époque contemporaine, en posant des ponts inattendus avec la Chine.
Ce livre réunit les réflexions inédites de spécialistes sur l'histoire de l'émigration vers le Nouveau Monde ou des migrations sur son territoire même. Issues de champs disciplinaires variés (géographie, histoire, anthropologie, littérature, sociologie, etc.), elles privilégient les effets de ces mouvements de population sur la genèse et l'évolution des États-nations, ainsi que les phénomènes d'interculturalité.
Dans une première partie, sont envisagées plusieurs formes collectives de migrations d'Européens vers le nouveau continent au XIXe siècle, ou examinés quelques parcours individuels.
La deuxième partie montre à l'évidence que, au XIXe siècle, époque des constructions nationales, ces migrations répondaient à des enjeux de pouvoir, nationaux ou internationaux, tout en contribuant à forger les imaginaires nationaux en gestation. En même temps, les fondements de ces politiques étaient souvent d'ordre économique.
La troisième et dernière partie est consacrée à l'échange, dynamique et interactif, et au regard porté des deux côtés de l'Atlantique sur l'habitant d'en face, qui ont fait se construire et évoluer des imaginaires nationaux. Ainsi, c'est sur le migrant américain vu par l'Européen, dans les manuels scolaires français par exemple, que se construit l'image de l' " Américain moyen ".
Défenseur du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, de la laïcité, de la liberté universelle et de la fraternité, Garibaldi a été l'héritier de l'esprit des Lumières et des valeurs fondamentales de l'humanisme républicain.
Ce personnage a eu ses admirateurs et ses détracteurs en Europe et tout particulièrement en France où il a occupé et occupe encore une place exceptionnelle dans la mythologie française. Après sa mort, ses idéaux, ses espoirs, ses combats furent repris par les volontaires garibaldiens, les Chemises Rouges, qui devenaient dès la fin du XIXe siècle l'avant-garde d'une Europe solidaire, républicaine, juste et démocratique.
Chaque auteur analyse l'empreinte et l'héritage garibaldien. Jérôme Grévy traite du mythe garibaldien en France avant 1914 et son inscription dans les monuments républicains. Hubert Heyriès décrit l'engagement des garibaldiens sur les fronts de l'Argonne et de la Marne et leurs clivages dans la France de l'entre-deux-guerres. Carmela Maltone retrace la constitution d'une légion garibaldienne, en 1936, intégrée dans les Brigades Internationales.
Ce livre démontre la force mobilisatrice du mythe garibaldien dans l'histoire contemporaine.
La société française du XIXe siècle, éprise de progrès technique, ne sait comment traiter le douloureux problème des enfants sans famille, orphelins ou abandonnés à la naissance. Quelques belles âmes bordelaises, comme l'abbé Pierre Buchou, proposent des solutions. En 1844, paraît dans le paysage de la charité girondine un personnage singulier, qui ne craint ni de se retrousser les manches, ni de se salir les mains en retournant la terre: le frère Félix Lemasson, de la Société des Frères agriculteurs de Saint François d'Assise.
Avec lui débute l'aventure de la colonie agricole d'enfants trouvés du Médoc. Ce petit livre en raconte l'existence éphémère: chance pour la plupart des garçons qui l'ont fréquentée de se faire une place honorable dans la société? La colonie s'est fixée à Saint-Sauveur de Médoc en 1852.
On comprend, en évoquant ici et là la vie de quelques garçons, que le petit établissement agricole du frère Félix résonne, en Médoc, de la vigueur de débats "politiques" qui agitent la société française de la Restauration et du Second Empire. On lira comment, pendant une vingtaine d'années, l'existence même de la colonie pose aux notables petits et grands de la presqu'île la question des réticences devant le progrès agricole, de l'utilité de l'instruction pour les paysans, et de la "prévention des conduites à risque" (comme on dirait aujourd'hui) chez les jeunes gens. Autant d'interrogations dont certaines ont encore un écho très... contemporain.
Ce livre, publié à l'occasion de l'exposition " Civilisations oubliées de l'Anatolie antique " présentée au Musée d'Aquitaine de Bordeaux, offre sous une forme claire et concise un tableau des principales civilisations de l'Anatolie depuis l'époque néolithique jusqu'à l'Empire romain. L'accent est mis sur les peuples indigènes qui sont mal connus du public faute de bibliographie en langue française. Hittites, Phrygiens et Lyciens ont pourtant laissé une histoire et des vestiges archéologiques exceptionnels ici mis en valeur par une riche iconographie commentée par des spécialistes.
Avec Montesquieu (1748), La Chalotais (1763), Rolland d'Erceville (1768), les projets d'éducation fleurissent dans la France des Lumières et deviennent sous la plume d'hommes politiques tels que Condorcet, Lakanal, Le Peletier de Saint-Fargeau ou Gilbert Romme, très nombreux sous la Révolution. Au lendemain de la guerre de 1870, les républicains s'occupent d'abord de penser un nouveau système éducatif. Après la Seconde Guerre mondiale, le plan Langevin-Wallon, trop novateur pour l'époque, est condamné à l'abandon.
Ces nombreux projets ne montrent-ils pas combien une société bouleversée par les guerres ou les révolutions a essayé de se métamorphoser en proposant de nouveaux systèmes éducatifs? Ainsi, le plan d'éducation se présenterait à la fois comme le fruit d'une lente évolution et comme le résultat d'une rupture radicale avec une structure sociale ancienne. En proposant des axes précis, parfois concrets, il permet incontestablement de façonner les hommes et d'édifier, par le biais de l'éducation, une société nouvelle. Utopiques ou réalistes, ambitieux ou plus modestes, adoptés ou rejetés, les plans sont les produits de courants de pensée qui privilégient, en fonction des périodes, soit l'éducation, soit l'instruction. Ces incertitudes et ces réflexions françaises sont également très présentes dans les autres États européens.