L'anti-autoritarisme permet d'éclairer des relations généralement ignorées entre certains anthropologues comme Radcliffe-Brown et Kropotkine, ou entre les "sociétés segmentaires" africaines et les "sociétés contre l'État" américaines. À diverses époques, La Boétie, Kropotkine, Van Gennep, Foucault, Clastres et bien d'autres ont posé les fondements de cette réflexion. La première partie de cet ouvrage regroupe les analyses de ces maîtres faites par des anthropologues de renom, comme Jack Goody ou Pierre Centlivres ; la seconde propose la poursuite de ces analyses à travers des enquêtes menées aujourd'hui.
À Madagascar, tout dans le quotidien semble s'articuler autour de ces deux pôles que sont la vie et la mort : la mythologie, la circulation de la parole, de la nourriture et des biens, les relations matrimoniales, l'ordre juridique, la cosmologie, l'économie, la politique sont concernés en premier chef par les croyances relatives à la mort et aux morts. Les rapports homme-nature et les relations des hommes entre eux s'inscrivent à l'intérieur de cette vision unitaire du monde, où divinités célestes et divinités chtoniennes, vivants et morts, passé, présent et avenir s'interfèrent. Le problème de la vie et de la mort est la clef de voûte du système de la pensée malgache et plus particulièrement de celle des Betsimisaraka, une ethnie de la côte orientale de Madagascar. Pour ce groupe, la vie est un don de Dieu. En la transmettant, en l'organisant, l'homme participe en quelque sorte à la création divine. La reproduction de la vie n'est pas que l'occasion du plaisir sexuel, mais elle structure tout le système de pensée.