Les travaux sur les combattantes dans les guerres se multiplient depuis quelques années. En ce qui concerne la première modernité, le manque dans la recherche actuelle porte surtout sur les représentations de femmes de guerre modèles, pourtant cruciales pour légitimer ou dé-légitimer les combattantes. En effet, les représentations ne sont pas que des reflets de realia, elles en sont aussi des promotrices. Cet ouvrage consacre donc ses deux premières parties aux discours et représentations sur les femmes de guerre comme modèles, et propose dans sa troisième partie d'étudier comment ces femmes ont dû faire face aux sédiments de fantasmes et d'injonctions mais ont pu aussi en jouer.
Le conte, par essence, se recrée à l'infini, il vit des mutations liées à ses reprises orales et écrites. Pour en rendre compte, l'analyse littéraire, les études folkloristes et les recherches en arts du spectacle sont des approches complémentaires. Cet ouvrage les réunit, dans le sillage des travaux contemporains qui accordent une place centrale à l'intertextualité, la transgénéricité et l'intermédialité, repensant ainsi l'articulation entre la parole et le livre, le populaire et le savant.Une première partie étudie une série de reconfigurations littéraires depuis le Moyen Âge autour de personnages et motifs connus, faisant ressortir la pérennité d'une problématique identitaire soit individuelle, sexuée, soit collective.Reliant études folkloristes et analyses contemporaines de l'intermédialité, entre Europe et Afrique, le deuxième volet est consacré aux interactions entre l'oral et l'écrit tant dans la fixation des traditions populaires que dans leurs recréations modernes.Le déploiement du conte dans un espace pictural et scénique, l'agora de l'iconographie populaire, du théâtre et de l'opéra, selon des enjeux collectifs toujours actualisés, fait l'objet du dernier chapitre.
À l'heure où nombre de pratiques culturelles sont " réduites au silence ", que signifie être " militant de l'interculturel " ? Comment penser et stimuler des échanges quand les replis communautaires sont activés?? Pour quels enjeux, sinon l'engagement pour la paix, écrivains, plasticiens, metteur en scène et comédiens, photographes et chorégraphe se saisissent de ces enjeux de société pour bâtir des ponts entre les individualités. Faire ensemble, relater des expériences probantes ou fragiles, fructueuses ou inabouties qui éprouvent l'ouverture à l'autre est une des voies pour sortir de l'incantation. Les acteurs de l'interculturel ici réunis partagent des expériences vécues en Angleterre, Chine, France, Inde, Suède, au Maroc, à l'île Maurice ou Mayotte : choix de traductions ou d'éditions, analyses de situations géopolitiques concrètes et de situations en entreprise, pratiques muséographiques et artistiques, actions éducatives de fondations et d'associations œuvrant sur le terrain.
Réunir sous le signe du merveilleux les domaines du fantastique, de la science-fiction et de la fantasy ne va pas de soi si l'on se réfère aux théories établies qui ont d'abord cherché à saisir la spécificité de chacun d'entre eux en tentant de les circonscrire comme des territoires limités par des frontières. Cet ouvrage se propose de revenir sur les poétiques des genres de l'imaginaire pour mettre en lumière la porosité des catégories héritées, et notamment de la célèbre tripartition todorovienne entre merveilleux, fantastique et étrange. Les articles réunis repèrent avec une grande cohérence cette plasticité théorique contemporaine, qui s'impose à eux dans des corpus diversifiés, du roman post-moderne à la littérature pour la jeunesse en passant par le cinéma et les séries télévisées.
Usages de l'allégorie du Moyen Âge au XVIIe siècle
Jusqu'au milieu du XVIIe siècle, l'allégorie est omniprésente dans notre littérature. Celui qui écrit "?dit une chose et en entend une autre?". Le lecteur est convié au décryptage et à la recherche d'un sens, parfois simple, parfois subtil et hasardeux.Le groupe de chercheurs qui livre ce recueil d'articles s'est livré à ce jeu de l'interprétation. Chacun a tenté de proposer des sens cachés. Ou on s'amuse simplement du masque choisi, ou on tâtonne, on fait des hypothèses... Les textes examinés n'ont pas livré tous leurs secrets. Peut-on garantir le sens de ce qu'on lit??Ce jeu de lecture est une école pour tout lecteur?: on découvre les bases culturelles et politiques sur lesquelles se fonde le double langage, les roublardises de ceux qui voulaient contourner la censure?; on comprend aussi l'importance d'une lecture active.
L'œuvre littéraire de Jean Proal (1904-1969), aujourd'hui méconnue, se compose d'une dizaine de romans publiés entre 1931 et 1956, de deux livres d'artistes – réalisés avec les peintres Hans Hartung et Anna-Eva Bergman – et d'ouvrages " documentaires " sur la nature. Si Proal a été connu de son vivant comme le " romancier de la montagne ", son véritable projet littéraire tend vers une écriture au plus proche de l'humanité. Souvent évoqués à l'ombre de ceux de Giono ou Ramuz, ses romans frappent cependant leurs lecteurs d'alors, et ceux d'aujourd'hui, par l'intensité de leurs drames.Ce volume se donne pour objectif de mettre en lumière le romancier qu'était Jean Proal.La première partie de l'ouvrage, consacrée à son œuvre romanesque, réunit les communications présentées lors de la journée d'étude organisée à l'université Stendhal de Grenoble, avec le concours des Amis de Jean Proal, en décembre 2011 et intitulée : L'œuvre d'art vaut par ce qu'elle peut contenir de valeur humaine – Redécouvrir Jean Proal. Elle propose les analyses de six de ses romans qui mettent en avant la personnalité de son écriture.La seconde partie se compose d'une présentation du fonds d'archive Jean Proal, conservé aux Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence (04), et d'un recueil de lettres échangées entre Proal et ceux qui ont joué un rôle dans le devenir de son œuvre (éditeurs, écrivains, critiques et artistes). Elles visent à dessiner l'ethos d'auteur de Jean Proal, entre doute, désir de reconnaissance et immense travail.
L'expression de " panthéons littéraires et savants " peut être entendue au sens littéral comme au sens figuré. Elle invite à l'étude des mécanismes sociaux, politiques, institutionnels ou médiatiques qui contribuent en partie à ériger un savant ou un écrivain en grande figure nationale ou universelle. Ont ainsi collaboré à l'ouvrage des chercheurs en sociologie des sciences, en philosophie des sciences et en littératures française, étrangère et comparée. Mais croiser les panthéons d'écrivains que des savants érigent en modèles ou les panthéons de savants que des écrivains érigent en modèles revient aussi à observer la manière dont la " littérature ", née en tant que telle au XIXe siècle, s'est définie et se définit encore contre la science et par rapport à elle, ainsi que la manière dont les discours des sciences, même spécialisées, peuvent se définir également contre la littérature et par rapport à elle. Plus encore qu'un état des lieux des modes d'influence possibles de l'une des sphères sur l'autre, cet ouvrage ébauche une histoire des points de rencontre entre la " littérature " et la " science " : la panthéonisation d'un savant par un écrivain ne laisse indemne ni la figure du savant, ni la science qu'il incarne, ni encore la conception de la littérature que l'écrivain entend défendre et lui-même incarner.
Dans l'oeuvre autobiographique de Michel Leiris, les lectures d'enfance occupent une place particulière, et particulièrement intéressante. En effet, la bibliothèque virtuelle de l'auteur, qui comprend des textes littéraires aussi bien que des illustrés et des manuels, a présidé à la construction de fantasmes et de mythes personnels, à l'assimilation de modes d'intellection et de structures qui se révèleront fécondants dans l'entreprise autobiographique.L'exploration de ce corpus montre que la diversité et les différences de statut de ces lectures n'ont aucune incidence sur l'exactitude du souvenir ni sur la place qui leur est accordée. Leiris rêve d'une littérature sans mémoire qui participerait de la modernité par la remise en cause radicale de la littérature elle-même.Le fait de déplier ces lectures permet de voir de quelle manière elles ont présidé à la naissance du texte autobiographique ou, du moins, de quelle manière elles l'ont alimenté et en constituent l'intertexte archaïque. La lecture d'enfance s'avère être en définitive tout aussi bien une enfance de la lecture qu'une lecture faite dans l'enfance.
Au temps où les études anciennes sont menacées, les analyses présentées dans ces actes de colloque rappellent que la permanence du recours à cet héritage, du Moyen Âge à nos jours, rend nécessaire sa connaissance pour une meilleure compréhension de la littérature moderne. On étudie ici les procédures stylistiques et génériques de cette réappropriation, des plus fidèles aux plus infidèles, et ses enjeux, qui sont à la fois généraux (notamment dans le cadre de ce questionnement de longue durée qu'est la querelle des anciens et des modernes) et particuliers au parcours créatif propre à chaque auteur. Interroger le lien complexe de textes très variés dans le temps, dans l'espace et les langues (France, Angleterre, Allemagne, Italie,…) et dans les genres (poésie, roman, théâtre, mais aussi opéra et bandes dessinées) permet de retrouver quelques constantes et de constater des phénomènes intéressants, telle la place prise par les auteurs antiques non canoniques. Cet héritage essentiel a finalement toujours été considéré comme un matériau plastique, bien loin de la révérence imitative prônée par certains théoriciens extrémistes, capable de garder du sens tout en changeant de langue et de forme, aussi bien que de changer de sens en gardant sa forme.
Rendre Saint-Simon au XVIIIeme siècle, montrer que le mémorialiste, enraciné dans l'historiographie du Grand Siècle, vit à l'heure des Lumières : tel est le premier but de ce volume. La langue même permet de l'intégrer à l'aventure de son siècle, comme le prouve, dans un deuxième temps, une analyse des " discours rapportés " à travers les récits les plus divers. Une approche stylistique et générique permet de comprendre comment l'histoire peut devenir la matrice de fictions, et comment la forme de l'éloquence ducale peut se mesurer à celle des romanciers de son époque, au privilège de champs communs, d'usages partagés, en un mot d'une poétique qui emprunterait à la fois à la narration historique et à la fiction narrative. C'est ainsi une esthétique de la parole qui se devine et se dessine dans la profusion du XVIIIeme siècle.
Identités de C. F. Ramuz trace le cheminement d'une vocation ressentie, au départ, comme étrange et même coupable. Au prix de ruptures intimes, non sans contradictions, l'œuvre, profondément nourrie d'un enracinement vaudois revendiqué et sublimé, va s'imposer. L'étude des grands thèmes et schèmes permet de faire entendre une des voix les plus singulières de la première moitié du XXe siècle.On aimerait que, grâce à cet ouvrage, Ramuz apparût enfin " debout ", dans la plénitude d'une œuvre qui ne soit plus réduite à diverses facettes retenues tour à tour au fil des décennies ou selon l'espace de réception : Ramuz, le chantre de la terre vaudoise, ou l'écrivain de la montagne, ou encore le styliste novateur… Maître de la forme brève, comme du récit poétique ou allégorique, moraliste et essayiste lucide, voire visionnaire, l'auteur de La Beauté sur la terre ne dissocie pas l'art de la vie. " Dire et faire, c'est la même chose ", note-t-il dans Besoin de grandeur.Écrire est un acte transgressif et politique qui engage tout l'être dans son rapport au temps, au siècle et au monde.
L'enfance, sa place, ses représentations, son écriture et son commentaire dans les lettres africaines, sont les sujets de cette étude dont l'ambition est de mettre en évidence la variété des évocations de l'enfance ainsi que la multiplicité des protocoles, modalités et configurations narratives qui sont liés à son écriture. Cette étude démontre que depuis les premiers récits, les écritures de l'enfance sont commandées par des déterminations narratives et idéologiques multiples, qu'elles sont souvent contrastées voire rivales et continuellement renouvelées. En examinant plusieurs récits francophones et anglophones, romans et autobiographies, en insistant tout particulièrement sur les implications de l'enfance littéraire dans les représentations et commentaires des expériences africaines, chaque chapitre de cet ouvrage tente de définir certaines caractéristiques des écritures de l'enfance en évitant de les systématiser ou encore de les catégoriser, tout en signalant leur ambivalence. L'analyse de la centralité de l'enfance, telle qu'elle se dégage des textes littéraires retenus pour cette étude, est augmentée par une réflexion sur son énonciation, les pratiques d'écriture qui lui sont associées. Elle est complétée par l'examen des enjeux des récits pour la connaissance et la compréhension des expériences et des discours africains ainsi que des imaginaires associés à l'enfance sur le continent.