C'est avec une réflexion longuement mûrie au cours d'années d'expérience où s'entrecroisent les combats pour la reconnaissance de la langue des signes, la pratique professionnelle de l'interprétation, la formation d'interprètes et d'enseignants auprès des sourds que Philippe Séro-Guillaume aborde ce sujet.Ce livre part de situations concrètes, se nourrit d'exemples pratiques multiples. Il privilégie une approche pragmatique et dessine les contours théoriques constructivistes permettant d'embrasser sans hiatus les questions linguistiques et donc sociales qui traversent toute réflexion et toute pratique professionnelle sur et au sein de la surdité et au-delà.La clarté de l'exposé permet au lecteur d'aborder la question linguistique – et c'est peut-être la première fois qu'un exposé aussi complet l'aborde ainsi – sans se laisser enfermer dans le débat idéologique qui, en matière de scolarité, oppose les tenants du recours à la langue des signes, au nom de la spécificité et de la culture et les partisans de la méthode orale au nom de la norme commune.Cette troisième édition propose une analyse des composants de la langue des signes assortie d'une transcription utilisant les caractères alphabétiques et de ce fait utilisable quel que soit le média envisagé du stylo à bille au clavier d'ordinateur.
Environnement sonore et musical adapté à la surdité
L'éducation auditive, destinée à revivifier l'intérêt des "jeunes sourds" pour l'environnement sonore, s'adresse prioritairement aux personnes en situation de handicap auditif et s'arrime à la croisée de la musicologie, de la linguistique et de la réadaptation.Reflet de "l'identité sonore" de la personne (jeune enfant, adolescent ou adulte) et des interactions avec son environnement (familial, social, scolaire, etc.), notre ballade invite à pallier les situations de handicap produites par ce dernier, et à translater l'axe de l'écoute vers celui de la créativité sonore, de l'improvisation et plus largement de la culture musicale.Les paramètres suprasegmentaux participant de l'inscription dialogique de tout sujet dans un schéma de communication sonore et informationnelle universelle, y sont revisités sur le versant récepteur et émetteur, jusqu'à se transmuer en "signes linguistiques".In fine, cette ballade s'inscrit dans une préoccupation constante d'accès à la citoyenneté et à la singularité plurielle via une acuité auditive élargie au spectre de la connaissance de l'autre."C'est avec un grand plaisir que je me suis laissée entraîner dans cette ballade précise, rigoureuse et extrêmement documentée.Via la musique, Chantal Chaillet Damalix, nous donne des pistes stimulantes multiples et originales nous ouvrant ainsi de nouveaux horizons dans le domaine maintes fois traité de l'éducation auditive.Mais surtout, cette ballade nous invite également à jouer de "la belle musique relationnelle", plaçant l'autre à sa juste et vraie place d'acteur et co-créateur dans la relation, que celle-ci soit didactique ou thérapeutique.Du "savoir-faire" et du "savoir-être" pour que le plaisir du partage prédomine, permettant ainsi la pleine émergence des potentialités de chacun des usagers ou patients que nous accompagnons au jour le jour".Isabelle Wachowiak,orthophoniste
Le travail de l'école : contribution à une critique prolétarienne de l'éducation
Une critique prolétarienne de l'éducation doit se développer sur l'ensemble de ce qui organise les pratiques éducatives et enseignantes. Pour cela, on ne peut perpétuer la stéréotypie critique de l'école libérale qui a cours depuis les années 2000.En effet, ce serait poser un socle critique sur un fantôme d'école. La critique prolétarienne œuvre autant contre le mythe de l'école d'État, qui a la vie dure dans les milieux dits progressistes, que contre le mythe de l'éducation nouvelle individualiste. L'ordre scolaire lie son fétichisme des savoirs avec l'ordre moral et l'ordre médico-social.Ainsi une conception hiérarchisante des êtres, des savoirs, des fonctions sociales se déploie dans les lieux de formation tant à l'école qu'en formation professionnelle et continue. Le but est de reproduire la division sociale du travail. Le livre étudie la Réaction dans son ordre scolaire en suivant les évolutions historiques du système éducatif. Il s'appuie sur des exemples concrets, pris dans le quotidien des établissements scolaires, dont l'auteur est un des travailleurs?: car la réalité de l'éducation et celle de l'enseignement se situent non d'abord dans les textes mais dans le quotidien des pratiques. L'analyse méthodique et patiente met ainsi au jour la genèse de l'éducation hiérarchique.L'ouvrage peut alors envisager la problématique d'un projet d'autonomie éducative dans un cadre d'autonomie syndicale prolétarienne. Cette conclusion se fait ouverture d'à-venir, tant théorique que pratique, pour une révolution éducative.
Ce livre est le moment initial d'une longue collaboration entre les deux chercheurs. Moment inaugural, il pose les préoccupations de chacun et laisse paraître les points de jointure qui les amènera à l'animation d'un séminaire intitulé Pour une pédagogie de l'apprentissage créatif du langage.Aujourd'hui, l'enseignement spécialisé est menacé par deux erreurs. La première consiste en une dilution dans l'inclusion scolaire où les savoirs précis sur les handicaps sont parfois, sinon niés, en tout cas non pris en compte. La seconde est à l'inverse l'enfermement dans la spécialisation pour répondre aux obstacles posés par le handicap à la scolarité des élèves.Les deux chercheurs tracent ici une voie médiane grâce à la confrontation et par la recherche de ce qui est commun aux enfants sourds et aux enfants entendants dans les difficultés rencontrées. C'est ce qui est commun qui peut le mieux permettre d'éclairer la spécificité en vue de poser les jalons honnêtes des modalités d'un apprentissage au sein de l'école actuelle.Autant dire que les deux chercheurs ne font pas œuvre d'idéologie mais cherchent à s'instruire auprès de ce qui fait obstacle mais aussi auprès des processus propres aux enfants pour construire leur langage. Philippe Séro-Guillaume s'y emploie pour l'enfant sourd, Philippe Geneste pour l'enfant entendant.L'avantage des deux chercheurs est de s'appuyer sur une pratique enseignante et à laquelle s'ajoute celle d'interprète pour Philippe Séro-Guillaume.Mais il n'y a de juste position en matière d'apprentissage que de position consciente de ses présupposés épistémologiques. Les deux chercheurs n'éludent pas la question. Ils la posent et c'est l'objet en particulier des premiers chapitres centrés sur les mécanismes généraux de l'apprentissage qui ensuite se diversifient en chapitres portant sur les processus à l'œuvre dans l'acquisition du langage.Vient ensuite un panorama des travaux consacrés à l'apprentissage du langage chez le jeune sourd, immédiatement confronté à des exemples pratiques. L'ouvrage débouche ainsi sur une présentation des constituants principaux de la langue des signes, la première qui fut faite sous forme d'ouvrage par Philippe Séro-Guillaume.La question que posent les deux auteurs est alors de savoir si une langue peut être un " objet " d'enseignement. La critique raisonnée de la grammaire scolaire destinée aux entendants d'une part, la critique raisonnée des effets de celle-ci sur l'enseignement de la langue auprès des jeunes sourds, d'autre part, posent la nécessité de penser autrement la question de l'enseignement du langage. Les auteurs, sans le détailler dans ce premier opus de leur œuvre commune, montrent l'importance de partir pour ce faire des mécanismes généraux de l'apprentissage tels que les études constructivistes et de psychologie génétique les ont éclairés.Inclusion scolaire, interdisciplinarité sont des notions à la mode aujourd'hui. Mais pour leur donner un sens pratique, encore faut-il avoir la patience d'instruire ce sur quoi elles portent, ici, la question de l'apprentissage du langage. Pour ce faire, il faut éclairer la question linguistique:- comment analyser une langue? Qu'est-ce qui se joue dans une langue? Quelles sont les modalités propres de chaque langue (le français et la langue des signes) pour la mise en œuvre du système à des fins de discours? Les réponses à ces questions sont essentielles pour la formation des enseignants chargés de l'enseignement linguistique.- comment l'enfant procède-t-il pour s'approprier le langage? Quelles sont les étapes de son développement langagier? Quelles sont en conséquence les connaissances utiles pour suivre cette évolution du langage chez l'enfant? A partir de quel âge est-il juste de préconiser un enseignement grammatical? Sur quoi dès lors fonder l'enseignement du français comme celui de la langue des signes?A toutes ces questions, le présent ouvrage répond en posant les premiers jalons.
Lettres à l'abbé de l'Epée - Des différences au siècle des Lumières : la modernité des signes
Cet ouvrage réunit l'expérience d'une enseignante auprès de jeunes sourds, Marianne KURZ, et les recherches sur l'abbé de l'Epée, le personnage totémique des Sourds du monde entier, effectuées par Yves BERNARD, ancien professeur et inspecteur, qui enseigna l'histoire de la pédagogie de l'enfant sourd.Marianne Kurz, sourde de naissance, au travers de lettres adressées directement à l'abbé de l'Epée, nous retrace son parcours personnel et professionnel. Au travers de sa scolarité, ses études universitaires, et son métier d'enseignante, elle retrouvera à de nombreuses reprises les idées, les méthodes et la vie de Charles-Michel de l'Epée, premier instituteur à se consacrer aux enfants sourds.Yves Bernard, par des recherches approfondies sur la vie et la méthode de l'abbé de l'Epée, nous fait découvrir les motivations qui ont guidé les pas de ce grand philanthrope qu'était l'abbé de l'Epée, et des représentations que sa philosophie impliqua.