Fondée en 1971 par un groupe de médecins et de journalistes à Paris, Médecins Sans Frontières (MSF) est passée de quelques volontaires à plus de 70'000 personnes avec un budget supérieur à deux milliards d'euros. Néanmoins, l'organisation transmet encore aujourd'hui sa mythologie, soit "une parole choisie par l'histoire", où des French doctors s'opposent au silence du Comité International de la Croix-Rouge pendant la guerre du Biafra.Figure du héros sauveteur souvent mise en image dans une communication qui se veut aujourd'hui plus inclusive, principes fondamentaux alliant neutralité, impartialité et indépendance, cette iconographie est aujourd'hui battue en brèche. À l'ère post Covid, une autre réalité s'opère, qui associe crispation souverainiste des États, baisse des financements des principaux bailleurs de fonds, présence d'acteurs non étatiques dans un contexte de lutte contre le terrorisme, voire criminalisation de l'aide humanitaire. De nouvelles problématiques émergent, telles que les questions de sécurité sanitaire, les défis autour du changement climatique ou la protection des données personnelles des patients.Il apparaît donc indispensable de s'interroger sur la place de l'aide humanitaire face à ces enjeux et de réfléchir aux adaptations nécessaires pour maintenir un impact essentiel auprès des populations les plus vulnérables. Cet ouvrage propose un examen critique de MSF, dont on peut espérer qu'il fera écho aux préoccupations d'autres agences du secteur de l'aide et du grand public.
Quelles sont les questions éthiques qui se posent dans l'aide humanitaire? Quel est l'impact réel des groupes humanitaires? Médecins Sans Frontières a cherché à répondre à ces questions dans le cadre du Projet perception, une étude qui a duré quatre ans et qui a été menée dans plus de dix pays. Près de 7'000 personnes ont été interviewées afin de comprendre les façons dont les patients, les populations, les autorités et les communautés perçoivent les principes et les pratiques médicales de MSF. Bien que la qualité de son action médicale soit reconnue, MSF se bat avec la capacité de réaction aux crises, la sécurité de ses équipes et le développement d'interactions efficaces avec des populations et des autorités diverses.Ce livre est une série de réflexions sur le Projet perception qui présente les points de vue et les analyses d'auteurs issus de disciplines variées telles que la communication, l'éthique, la médecine, les études humanitaires et les sciences politiques. À une époque où l'aide humanitaire fait l'objet d'une surveillance accrue, cet ouvrage apporte un éclairage sur la façon dont MSF peut mieux servir ceux qui se trouvent dans le besoin.
Médecins Sans Frontières? Un organisme basé en Arabie Saoudite et financé par une oeuvre de charité musulmane? Une compagnie privée chinoise? Une organisation exigeant le port d'une arme pour pénétrer dans ses structures médicales?Telles sont certaines des réponses recueillies lors d'une étude lancée par Médecins Sans Frontières Suisse pour mieux comprendre la manière dont son travail et ses principes – neutralité, impartialité, indépendance – sont perçus par les travailleurs humanitaires ainsi que par les populations fréquentant de près ou de loin ses projets.Dans un monde "post-septembre 2001" qui voit une redéfinition des rapports de force dans le monde, ainsi que l'émergence de nouveaux acteurs contestant les fondements de l'action humanitaire ou son utilisation à des fins militaires, il a semblé important pour l'organisation, forte de quarante ans d'expérience, de mener une recherche d'envergure sur la perception qu'en a le public et de partager ces résultats, afin d'offrir quelques clés de compréhension, autant pour les travailleurs humanitaires que pour des personnes désireuses de saisir les enjeux cruciaux en cette première partie du XXIe siècle.Aux résultats de cette recherche s'ajoutent des articles écrits par des chercheurs, étudiants, humanitaires qui explorent les diverses facettes de l'action humanitaire d'aujourd'hui.