Le parcours d'un homme, humaniste et ambassadeur vénitien
Ce livre invite à un voyage captivant à travers la vie et l'esprit d'Ermolao Barbaro (1454-1493), figure parmi les plus emblématiques de l'humanisme et de la diplomatie vénitienne du XVe siècle. En le suivant dès son plus jeune âge, l'auteure cherche à comprendre comment cette personnalité complexe, multiforme et étonnante à plusieurs égards, s'enracine et évolue dans le contexte de l'Italie de la fin du Quattrocento.Au-delà d'une simple biographie, cette narration immersive s'appuie sur une riche documentation, incluant correspondances, traités philosophiques et politiques, révélant ainsi les influences et les réflexions qui ont façonné la pensée et l'action de cet homme déchiré entre sa vocation pour les lettres, l'obligation de servir la République et le souci constant de faire honneur à sa famille.La correspondance d'Ermolao Barbaro en particulier, imprégnée des codes de la rhétorique humaniste, nous permet de pénétrer un imaginaire collectif et un système de représentation. Elle témoigne à la fois d'une écriture quotidienne et d'un modèle qu'il participe à façonner, celui d'un idéal de culture et de vie d'hommes en société.Dans son De officio legati, traduit ici pour la première fois en français, ce modèle de perfection prend les traits de l'ambassadeur, témoignant d'un processus complexe d'élaboration d'un modèle diplomatique destiné à devenir un point de référence dans les relations entre les États au cours du XVIe siècle.
L'affiche polonaise face au réalisme socialiste, 1944-1954
" L'affiche est la plus grande passion de ma vie. Si je me trompe dans ma méthode de création, convainquez-moi. Si je ne me trompe pas, reconnaissez-le. " Cette déclaration dramatique de Tadeusz Trepkowski est révélatrice de la position ferme d'une partie des graphistes polonais face à la mise en place du réalisme socialiste.Le présent ouvrage éclaire les relations que l'affiche et les affichistes ont entretenues avec la politique et les dirigeants communistes, et ce en vue de mieux comprendre comment les graphistes polonais de la période stalinienne ont disposé d'une si grande liberté de création, ont pu s'inspirer discrètement de l'art occidental et ainsi maintenir la communication avec les courants modernes.À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la principale question qui anime la vie artistique concerne le type d'art qui sera légitimé par les nouvelles instances politiques. Alors que les discussions tournent autour du concept problématique de " réalisme ", l'arrivée des Soviétiques introduit une nouvelle esthétique, d'une nature descriptive et narrative étrangère à la tradition du graphisme polonais de l'entre-deux-guerres. Dans la seconde moitié des années 1940, l'affiche cinématographique d'auteur, qui s'oppose à la production commerciale occidentale, émerge au moment de la politique anti- américaine du début de la guerre froide. Durant la période du réalisme socialiste, imposée enPologne en 1949, l'art est contraint de suivre des préceptes quelque peu imprécis quant au style, mais très astreignants, puisqu'il s'agit à la fois de soumettre la personnalité de l'artiste à l'idéologie en vigueur et de produire de l'art pour les " masses laborieuses ".
Relations culturelles et amitiés politiques sino-suisses (1949-1989)
" Les communistes pourraient donner au mot "culture" et tout ce qu'il implique une définition polyvalente allant d'une représentation d'acrobates au chantage politique ". Tels sont les termes employés en 1959 par la diplomatie helvétique pour évoquer ses échanges avec la Chine de Mao Zedong, lorsque la " peur du Rouge " régnait en maître. Pourtant, entre 1949 et 1989 de nombreuses relations culturelles et politiques ont tout de même existé entre les deux pays. Mais celles-ci se tenaient généralement à l'abri du regard des diplomates suisses et de la police fédérale.Dans cette histoire des relations sino-suisses durant la Guerre froide, Cyril Cordoba analyse comment la République populaire de Chine a tenté de développer son influence et son prestige à l'étranger à l'aide d'organisations qui agissaient en marge des circuits officiels: les associations d'amitié. Ces groupes prochinois ont joué un rôle de premier plan dans toutes les rencontres culturelles entre les deux pays (matchs de ping-pong, tournées de l'opéra de Pékin, jumelages de villes, diffusion du Petit Livre rouge).Qui étaient ces amis de la Chine et quel a été leur rôle politique ? Quelle était exactement la nature de leurs relations avec les autorités chinoises ? Quelle était la position de la Confédération face à ces organisations sur lesquelles elle n'avait aucun contrôle, et qui ont longtemps été des interlocutrices privilégiées de la RPC ? À travers toutes ces questions, l'auteur propose un regard inédit sur les stratégies du soft power – diplomatie d'influence ou pouvoir de séduction – chinois, en analysant comment la propagande chinoise a mis en place un système clientéliste d'ampleur internationale au cœur de la Guerre froide.
Le 2 juin 1913 s'ouvre à Paris le Xe Congrès international des femmes qui débouche sur un souhait : " Que les femmes s'initient au pacifisme, suprême affirmation du droit humain, et qu'elles s'en inspirent dans l'éducation des enfants. " On ne saurait mieux dire le lien étroit qui unit déjà combat pacifiste et enjeux éducatifs à la veille de la Première Guerre mondiale.Cet ouvrage met précisément en lumière la façon dont les terrains éducatifs ont été traversés au fil du XXe siècle par une diversité de causes transnationales portées par la conviction que la paix se construit par l'éducation. À l'épicentre de ces réseaux, un lieu qui est bien plus qu'une ville: Genève, modeste cité lémanique qui se transforme à partir de 1919 en une véritable ruche internationaliste avec l'arrivée des premières grandes organisations internationales chargées de bâtir un nouvel ordre mondial.L'ouvrage montre le rôle conféré à l'éducation afin de favoriser cette solidarité universelle et de faire circuler en Europe et dans le monde ces valeurs pacifistes qui nourrissent l'" esprit de Genève ". Les contributions dévoilent la diversité des acteurs individuels (pédagogues, psychologues, médecins, politiciens) et collectifs (réseaux scientifiques, mouvements associatifs et militants) engagés dans cette dynamique réformiste, et cela bien au-delà de l'entre-deux-guerres. Elles donnent à voir la richesse des initiatives alimentant cet élan pacifiste auprès des jeunes, entre les mains desquels se jouerait le devenir de la démocratie et de l'humanité. Les auteurs examinent aussi les controverses, les tensions et les concurrences qui entourent ces élans internationalistes. En mettant au jour les tribulations et les transformations de ces projets réformistes dans le temps et l'espace, l'ouvrage propose de nouveaux éclairages sur la genèse transnationale des politiques éducatives contemporaines.
Radio et relations culturelles internationales (1932-1949)
Faire de la propagande sur les ondes radio détonne avec l'image d'une Suisse neutre. Et pourtant, ce puissant moyen de communication va être mis au service du gouvernement et de son projet de politique culturelle: la défense nationale spirituelle. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, confrontée aux propagandes étrangères de plus en plus incisives, la Société suisse de radiodiffusion (SSR) crée le Service suisse d'ondes courtes, qui deviendra Radio suisse internationale, puis Swissinfo, pour resserrer les liens avec les expatriés et permettre le rayonnement culturel de la Suisse à l'étranger.Cherchant à faire reconnaître à l'étranger la légitimité des positions de la Confédération, la SSR fait avant tout des relations publiques; un avantgoût de ce que les Américains appelleront dans les années 1960 la " public diplomacy ". S'associant aux efforts des autorités politiques, ainsi que des milieux économiques et touristiques soucieux de transmettre une représentation valorisante de la Suisse à l'étranger, la SSR participe avec succès à la construction d'une image positive du pays.Ce livre projette sur le devant de la scène un acteur méconnu, le Service suisse d'ondes courtes, en mêlant approche institutionnelle et analyse de la programmation. Il redonne aussi une place au service public audiovisuel parmi les organes impliqués dans la diplomatie culturelle suisse. Enfin, cette étude constitue un apport à l'histoire de l'internationalisme radiophonique en s'intéressant aux relations privilégiées que la SSR entretient avec d'autres radiodiffuseurs, des organismes internationaux et certains réseaux.
Comment la Suisse doit-elle être représentée à l'étranger ? Quelle culture exporter ? Où faut-il concentrer les actions : là où les intérêts économiques sont prépondérants ou lorsque les tensions politiques ne permettent pas d'échanges autres que culturels ? En Suisse, ces questions se font pressantes dès la fin des années trente, dans les milieux diplomatiques et économiques ainsi qu'au sein des institutions culturelles naissantes, comme la fondation Pro Helvetia. Le présent ouvrage reprend ces questions pour évaluer la diplomatie culturelle helvétique à trois périodes de l'après-guerre : après 1945, durant la guerre froide, lors du mouvement des décolonisations.
Construction d'une politique culturelle suisse à l'étranger (1938-1985)
En 1938, le Conseil fédéral publie un message qui va faire date dans l'histoire de la politique culturelle : il appelle au renforcement de l'identité helvétique par la culture pour faire face au développement grandissant de la propagande étrangère. Il propose la création de Pro Helvetia, qui deviendra par la suite l'institution principale de la politique culturelle fédérale. À la même époque, plusieurs diplomates suisses commencent à prendre en compte l'art et la culture dans leurs pratiques.La culture suisse devient dès lors un outil au service de la propagande et de la diffusion de l'image officielle du pays sur la scène internationale, mais aussi un moyen d'entrer en relation avec un monde pris dans les luttes d'influence dues à la guerre froide. Elle n'est cependant pas qu'un objet de négociations diplomatiques, et les artistes vont aussi bénéficier de l'attention que leur porte désormais la Confédération pour s'exposer à l'étranger.Faite de tâtonnements, d'hésitations et de reculs, mais aussi d'échanges fructueux et d'initiatives personnelles parfois audacieuses, la politique culturelle de la Suisse à l'étranger a été construite de manière pragmatique et souvent silencieuse.Cet ouvrage analyse les conditions de son émergence et son fonctionnement en s'attachant particulièrement à l'étude des acteurs et actrices de cette histoire.
Pro Helvetia et l'image de la Suisse à l'étranger (1945-1990)
Fin 2004, la présence culturelle suisse à l'étranger se trouve soudain au centre de l'intérêt public. Au Centre culturel suisse à Paris, l'artiste Thomas Hirschhornprésente son exposition Swiss-Swiss Democracy qui suscite l'indignation de nombreux parlementaires car les symboles nationaux y sont, d'après eux,malmenés. En conséquence, Pro Helvetia se voit sanctionnée par le parlement qui coupe un million de francs dans son budget.Un retour sur l'histoire de la présence culturelle suisse à l'étranger atteste que les conflits mis en évidence par l'exposition Hirschhorn apparaissent bien plustôt. Créée à la veille de la Seconde Guerre mondiale pour renforcer " l'esprit suisse ", Pro Helvetia, faisant siens les préceptes de la défense spirituelle,contribue durant l'après-guerre à la diffusion d'une image traditionnelle de la Suisse. Dès les années 1960 cependant, la fondation culturelle accorde uneplace toujours plus importante à la création contemporaine, et l'idée que la présence à l'étranger ne signifie pas forcément une subordination de la cultureau discours identitaire du moment commence à se profiler.Recourant à de nombreux fonds d'archives inédits, le présent ouvrage aborde la question actuellement très débattue de l'image de la Suisse à l'étranger sousl'angle peu connu et original du rayonnement culturel. Les expositions d'art, tournées de concerts et de théâtre, émissions radiophoniques et films dressentle portrait d'un pays désireux de s'ouvrir au monde tout en restant attaché à son statut particulier. En même temps, ils témoignent de la place ambiguë etsouvent précaire de la culture dans un dispositif institutionnel marqué par les impératifs de la promotion économique et touristique.