De bouche à oreille, de recueils en roman, sur la scène ou sur la toile, la chanson pour enfants, circule, se fixe dans des livres pour la jeunesse, surgit dans les œuvres dramaturgiques adressées au jeune public, se transforme au fil des époques, des pays, des médias.À partir de corpus très variés – du 18e au 21e siècle, en France mais aussi dans des espaces culturels aussi divers que le Japon, la République Tchèque ou les États-Unis, dans les recueils, les albums, les romans, les textes de théâtre ou sur scène –, les études rassemblées dans cet ouvrage mettent en évidence la diversité des modalités de circulations et d'inscriptions des chansons au sein de la littérature pour enfants et adolescents.Des chansons dont les mouvements et les métamorphoses interrogent le lien entre l'oralité qui en fait leur essence, les supports écrits qui les modèlent ou les fixent, les images qui les reconfigurent, les voix qui les(ré)inventent. Ces études montrent tout particulièrement comment les chansons peuvent renouveler la littérature adressée à la jeunesse et contribuer à tracer le territoire en mouvement de la culture de l'enfance.
L'ouvrage, qui rassemble dix contributions, interroge, autour des notions d'hybridité et d'hybridation, l'évolution du théâtre contemporain pour la jeunesse en articulant cette réflexion aux questions que pose sa promotion dans les classes et son ouverture à un public plus large. En effet, si, depuis une dizaine d'années, de nombreux travaux mettent en évidence l'intérêt et les qualités de ce répertoire, et si des incitations institutionnelles, telles les listes de référence, ont relayé ces travaux, sa place dans l'institution scolaire reste encore très marginale, ce corpus restant méconnu. Aussi les contributions des chercheurs, croisant des approches littéraires, esthétiques, dramaturgiques, didactiques, sémiologiques et une ouverture historique apportent-elles différents éclairages à cette problématique, et montrent-elles, dans le mouvement même d'hybridation qui travaille ce corpus, des ressources permettant d'en faciliter l'accès.
" À Coeurs Vaillants, rien d'impossible ", cette fi ère devise attribuée à Jacques Coeur ornait le bandeau-titre de Coeurs Vaillants. Né dans la capitale de l'Artois de l'initiative de quelques prêtres arrageois avant d'être repris par l'Union des oeuvres catholiques et de connaître un succès national, cet illustré a laissé un souvenir marquant dans la mémoire de ses anciens lecteurs. Ne serait-ce que parce qu'il a popularisé le premier les aventures de Tintin et Milou en France. Objet de mémoire chéri aussi car la presse illustrée était un des principaux loisirs de la jeunesse, du moins de la tranche d'âge 7-14 ans, avant le déferlement de la télévision. Longtemps négligée par les historiens, cette presse s'insère tout à la fois dans l'histoire de la presse, de l'édition et de la jeunesse. Les éditeurs chrétiens ont très tôt investi ce territoire de la culture et des loisirs enfantins, persuadés, non sans raison, de trouver là un terrain propice à la diffusion de leurs messages éducatif et spirituel, voire même politique. Les presses enfantines chrétiennes sont comprises dans la plus large acception, presse confessionnelle bien sûr, mais aussi presse nourrie d'esprit chrétien, La Semaine de Suzette ou Lisette tout autant que Coeurs vaillants ou Pomme d'Api.
Les petites filles ont-elles une histoire? Et si oui, comment est né cet objet d'intérêt, ce nouveau sujet qui traverse les classes et les trames ? Vers 1850 apparaissent des textes qui deviendront des classiques de la littérature : Alice au pays des merveilles, en Angleterre, Les Malheurs de Sophie, en France, Les quatre filles du docteur March, en Amérique. Un peu plus tard, Freud élabore une théorie de la séduction, prémisse du complexe d'OEdipe. Même l'Eglise s'intéresse aux visions des petites fi lles pour en faire des bienheureuses. Un siècle plus tard, le mythe s'incarne en Lolita, une version amère et désespérée de la femme fatale et de l'amour en Occident. La petite fille a donc bien une histoire, et l'on peut en suivre les méandres dans la littérature, du modèle de la jeune fille accomplie de la période pré-révolutionnaire, en passant par l'âge romantique qui réévalue l'enfance et la femme, jusqu'au triomphe de la littérature enfantine, pour arriver au lendemain de la seconde guerre mondiale. On peut suivre l'itinéraire de l'enfance féminine, chez Mme de Staël et Jane Austen, Percy et Mary Shelley, Byron, Charlotte Brontë, Mme de Ségur, George Sand, Victor Hugo, Marie Bonaparte, Vladimir Nabokov, sans oublier les figures extra-littéraires qui ont eu prise sur l'imaginaire comme Eugénie de Montijo ou Bernadette Soubirous.
La comtesse de Ségur est ici resituée dans le contexte de l'édition spécialisée du XIXe siècle, dans un environnement thématique et moral qui n'exclut pas une originalité profonde et paradoxale. En effet, plusieurs principes élémentaires semblent gouverner son oeuvre : le féminin, le religieux, l'aristocratique. Mais ces principes sont toujours illustrés d'une manière équivoque. La comtesse de Ségur résiste donc aux analyses de contenu, et son " message ", quelquefois énigmatique, s'oppose même aux engagements offi ciels de son entourage ultramontaniste. L'ancrage aristocratique est toujours perturbé, mêlé à des valeurs " bourgeoises ", tandis que certains textes manifestent une attirance pour la pauvreté, pauvreté de biens ou d'esprit. Cette complexité, qui requiert une sorte d'humilité de la part du lecteur le plus savant, permet de comprendre pourquoi ces livres, ne s'adressant pas aux enfants d'une classe particulière, conservent aujourd'hui leur puissance d'attraction, et pourquoi ils n'ont cessé de susciter un intérêt critique.
George Sand, qui fut un des apôtres de l'éducation populaire, protesta contre l'insuffi sante éducation des fi lles, alphabétisa et instruisit, outre les siens, bien des enfants autour d'elle. Autour de cette grande figure, ce recueil propose une enquête multiple, menée conjointement par historiens et littéraires. Plusieurs études mettent en lumière des expériences originales, parfois sans lendemain, et quelques-unes des conquêtes réelles acquises au cours du siècle : paradoxalement, si le XIXe siècle à l'échelle internationale voit l'instruction des fi lles rattraper partiellement son retard et naître une profession féminine, celle d'institutrice, ces ouvertures ne remettent jamais en cause l'image traditionnelle de la fragilité féminine, ni la vocation maternelle de la jeune fi lle. Autour de Sand, sont interrogées, en Angleterre, en Italie, aux États-Unis les représentations de l'éducation féminine diffusées par penseurs et écrivains. D'étonnantes discordances apparaissent, entre la vivacité des portraits de petites filles, de Sophie à Cosette ou à la Petite Fadette, et la brièveté, voire l'absence de récit d'éducation.