L'équipe du Musée a porté son regard sur quelques dates de l'histoire suisse, trouvant là prétexte à parler des autres en puisant dans l'ensemble des collections." Confortablement installé sur son nuage amiral, Dieu le père, de la maison Dieu père fils Saint Esprit et Cie, pousse un immense soupir de satisfaction, aussitôt deux ou trois petits nuages subalternes éclatent avec obséquiosité et Dieu père s'écrie : "Que je sois loué, que ma sainte raison sociale soit bénie, mon fils bien aimé a la croix, ma maison est lancée!" "Jacques Prévert. 1947. Paroles. Paris: Point du Jour: p. 36.
Cet ouvrage est le fruit de plusieurs années de travail des collaborateurs du Musée d'ethnographie de Neuchâtel afin de produire une synthèse des connaissances disponibles à son propos au moment de fêter le Centenaire de l'Institution.Une première partie évoque les origines du Musée, du Cabinet d'histoire naturelle du Général Charles Daniel de Meuron (XVIIIe siècle) à la création par Jean Gabus du concept de "musée-spectacle" (années 1950), en passant par l'inauguration du Musée dans son périmètre actuel (1904), l'étude du bâtiment et de ses transformations, l'époque coloniale, la mission angolaise des années trente, le développement du Musée et de l'Institut d'ethnologie qui partage son espace et son destin, ainsi que les personnalités qui ont marqué le lieu comme Charles Knapp, Théodore Delachaux et Jean Gabus (conservateurs successifs) ou comme Gustave Jéquier et Arnold van Gennep (savants proches du Musée). L'analyse d'une série d'objets des collections qui sont autant de coups de cœur pour des auteurs extérieurs clôt cette partie initiale.La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée aux expositions qui ont fait le succès du lieu, de la démarche pionnière de Théodore Delachaux à la mise sur orbite des expositions temporaires prestigieuses par Jean Gabus, suivie par les années de rupture avec la muséographie classique développée par Jacques Hainard et Marc-Olivier Gonseth. L'ouvrage s'achève sur une série de regards extérieurs posés sur l'institution par des chercheurs proches de l'ethnologie, de la muséologie et de la communication.
De la boue sur des bandes de coton : ainsi se fabrique le décor des vêtements traditionnels des hommes et des femmes au mali. Teinture de plantes et de terre, le bògòlan a connu la faveur de la mode internationale dans les années quatre-vingt. Entre les taches indélébiles apparaissent des espaces blancs, autant de signes correspondant à un véritable langage ici décodé. Complétant le fonds ancien du Musée, une collection représentative, financée par la Société des Amis du Musée d'ethnographie de Neuchâtel (SAMEN), a été spécialement constituée sur le terrain. Les femmes qui ont réalisé ces pagnes bògòlan sont présentées et leurs explications sur le sens du décor viennent compléter l'identification des motifs de la cinquantaine de pièces étudiées et publiées dans ce catalogue.
Ce livre propose tout d'abord une réflexion nourrie sur le thème de la pornographie, dont les codes sont analysés par plusieurs auteurs, tant dans le domaine du cinéma et de la publicité que de la vie sociale en général. En ressort l'impression que ce domaine s'est tellement normalisé depuis les années 1970 – perdant au passage sa charge contestataire – sous l'influence des films, de la vidéo, de la publicité, de la littérature et de l'Internet, qu'il n'est plus question de le reléguer à " l'érotisme des autres " mais de le reconnaître comme un type de représentation à part entière, influençant l'ensemble des autres modes d'expression.Puis sous forme d'essais et de témoignages, une analyse est proposée par d'autres intervenants sur le thème de l'évolution des normes sociales en matière de sexualité. A nouveau, le trajet semble long depuis les années 1960, durant lesquelles se sont exprimées les premières revendications, jusqu'à nos jours, où l'état d'esprit serait davantage au révisionnisme rampant qu'aux percées libertaires.Enfin, tout une série de textes explorent les limites des termes associés ici, " spéculation ", " imaginaire " et " interdit ", tant sur le plan de la pratique littéraire et poétique que de l'essai sociologique et ethnographique. Cette mosaïque de perceptions et de propositions met notamment l'accent sur les liens qu'entretiennent la fiction, la réalité et la mémoire, territoires traditionnellement connectés par la pratique muséale.
Le poids des collections ethnographiques fait problème. Le musée d'ethnographie n'est plus le laboratoire indispensable aux recherches de terrain qu'il fut jusque dans les années soixante. Devenu musée d'histoire des sociétés autres et des rapports que nous avons entretenus avec elles, il tend aujourd'hui à figer des formes, à juxtaposer des styles, à présenter des segments d'altérité sous forme de dioramas ou à commémorer les grandes missions passées. Il ne parvient plus à toucher le grand public qu'en misant sur le caractère esthétique des chefs-d'œuvre légitimés par l'histoire, les institutions et les collectionneurs.Dans cette optique, l'équipe du MEN a invité une série de collègues et amis à réfléchir à un nouveau programme pour la discipline, qu'il s'agisse de revitaliser les anciens paradigmes ou d'en proposer de nouveaux. Loin d'entériner un enterrement de l'ethnographie, leurs contributions prouvent à quel point celle-ci peut se révéler pertinente dès qu'elle est mise en pratique avec imagination et esprit critique.
Des auteurs appartenant à différents domaines du savoir ont accepté de participer à l'élaboration du livre qui accompagne le volet MEN de l'exposition La grande illusion. Un espace de liberté total leur a été offert. Ils ont pu ainsi développer à leur guise une facette de la thématique leur tenant à cœur et sur laquelle ils ont accepté de poser un regard incisif et réflexif.L'ouvrage qui en résulte aborde une bonne partie des domaines explorés parallèlement par les muséologues : approche analytique et poétique, réflexion éthique et esthétique, mise en perspective anthropologique et historique.
Des artistes, des sociologues, des historiens de l'art, des anthropologues, des directeurs de musées et des collectionneurs ont été conviés à prendre pour objet de réflexion l'art d'aujourd'hui, qu'on le dise contemporain, appliqué, populaire, classique, pompier, pauvre, transgressif ou convenu; à relever les zones de contact et de rejet entre l'art et l'ethnographie; à évoquer les enjeux esthétiques, économiques, idéologiques sous-jacents à l'énoncé et au travail de ces frontières ainsi qu'à la constitution de catégories problématiques comme celles de chef-d'œuvre ou d'arts appliqués; à repérer les stratégies culturelles visant à faire reconnaître tel ou tel aspect de cette totalité en mouvement comme le plus légitime; à suivre des trajets d'objets dans un domaine où la valeur est souvent tributaire de la personnalité des collectionneurs et des marchands concernés; à prendre en compte la question de l'avenir et de l'innovation dans un contexte où tout semble avoir été dit et avoir été fait, y compris son contraire.L'ouvrage qui s'est constitué à travers leurs réponses fait une large place aux notions de tautologie, d'aléatoire et de contraste, tant il est vrai que si l'art c'est l'art, ce n'est pas dans un esprit de consensus lénifiant mais bien dans celui d'un affront symbolique majeur.
Les musiques du moment constituent autant d'analyseurs privilégiés du fonctionnement des sociétés qui les jouent et sont jouées par elles, si tant est qu'on les considère comme des totalités socioculturelles et non comme des pratiques isolées de l'ensemble du social. Seize auteurs développent une réflexion sur les extraits ou les aspects à leurs yeux pertinents de la bande-son de notre époque et des pratiques sociales qui s'y rapportent, à partir de trois domaines fondamentaux: l'expression et la canalisation de l'émotion, investissant la dimension rituelle, du silence, à la transe en passant par la méditation et la liturgie; la mise en scène de l'identité, renvoyant notamment à la construction de soi et à celle de l'autre, à l'emblématique et à la typification, à l'intégration et à la mise à l'écart; et l'exercice du pouvoir, associé au déploiement de formes musicales particulières, reflétant un ordre précis, impliquant une hiérarchie, sanctionnant une différence ou soutenant une idéologie.
Fascinés par les images qui tout à la fois séduisent, frappent, révèlent et asservissent, nous leur devions bien une exposition temporaire et un livre permettant de se pencher sur ce qui constitue leur sens profond.Pour ce faire nous avons convié des spécialistes d'horizons très différents, ethnologues, sociologues, sémiologues, écrivains, plasticiens et cinéastes, à s'exprimer librement sur le sens qu'ils leur prêtent, le territoire qu'ils leur accordent et les limites qu'ils leur assignent. Car après tout, une image n'est pas toujours bidimensionnelle et pas forcément matérielle.L'ouvrage qui a pris corps grâce à leurs écrits reflète bien la pertinence et la richesse du domaine concerné : malgré une grande convergence des regards, le résultat est multiforme, polysémique, multicolore, polyphonique.Il témoigne de l'impossibilité de penser les images en dehors de l'imprégnation culturelle qui permet de les reconnaître et de les analyser. Car après tout, derrière les images, il n'y a rien.