L'équipe du Musée a porté son regard sur quelques dates de l'histoire suisse, trouvant là prétexte à parler des autres en puisant dans l'ensemble des collections." Confortablement installé sur son nuage amiral, Dieu le père, de la maison Dieu père fils Saint Esprit et Cie, pousse un immense soupir de satisfaction, aussitôt deux ou trois petits nuages subalternes éclatent avec obséquiosité et Dieu père s'écrie : "Que je sois loué, que ma sainte raison sociale soit bénie, mon fils bien aimé a la croix, ma maison est lancée!" "Jacques Prévert. 1947. Paroles. Paris: Point du Jour: p. 36.
Depuis 80 ans, le MEN abrite des collections recueillies lors des deux Missions scientifiques suisses en Angola (1928-1929 et 1932-1933), dont 55 masques qui comprennent presque tous les types existant chez les Cokwe, Ngangela et Nyemba. Parmi ceux-ci figure une majorité d'éphémères et fragiles constructions qui non seulement n'ont pas été détruites au terme des rituels, comme c'est souvent le cas, mais ont résisté aux aléas d'un transport périlleux et survécu à la malice des temps. Ocre rouge et kaolin soutachés de tissu et de bandelettes de papier contrastent encore franchement sur le noir de la résine couvrant un tissu d'écorce que tend un bâti de branchage.Non contents de décrire les pièces une à une, illustrées de photographies, dans des notices rassemblant toute la documentation possible, les auteurs se sont encore efforcés de retrouver et réunir dans un même corpus tous les spécimens de l'ensemble dispersés au cours du temps, permettant ainsi de juger de la diversité tant des réalisations traditionnelles des années 30 que des productions déjà destinées à une clientèle touristique. Si la collecte n'a pas enrichi Lisbonne, des spécimens en provenance des deux missions se trouvent dispersés à Bâle, à Genève, à Zurich, à Berne et jusqu'à Rotterdam.L'important texte qui précède le catalogue commence par évoquer les deux MSSA (Mission Scientifique Suisse en Angola), analysant en particulier d'un œil critique le récit de la deuxième mission, Pays et peuples. La difficile question n'est pas éludée du patrimoine africain expatrié sous l'étiquette d'œuvres d'art alimentant un marché spéculatif et de la position souvent ambiguë des pays d'origine confrontés à des priorités économiques inéluctables, tiraillés aussi entre le besoin à la fois de ne pas perdre leurs racines et la crainte de manquer la modernité.A l'exception de pièces réservées à des divertissements, les masques interviennent essentiellement dans le cadre de l'initiation, ces longues épreuves qui font accéder tant les garçons que les filles au statut de membre à part entière de leur communauté. Une analyse est ainsi faite de leurs rôles hautement symboliques avant que ne soit détaillée une typologie des 18 formes représentées dans les collections du MEN.
Constitué en grande partie durant le premier quart du XXe siècle, le fonds Gediking-Ferrand est représentatif des collections rassemblées aux Indes Néerlandaises par des milieux coloniaux éclairés dont il perpétue le décor.Le patrimoine préservé par les époux Gediking est formé pour les deux tiers de divers textiles de grande qualité: songket, ikats et batiks. Le reste regroupe des objets de la vie quotidienne, des armes et des productions liées au théâtre des wayangs.L'étude détaillée des textiles tissés a mis en évidence trois pièces d'un grand intérêt scientifique aussi bien au point de vue de l'ancienneté que des techniques ou de l'origine.Offrant de nombreuses analogies avec des collections réunies à la même époque, ce fonds est le reflet de la découverte progressive de la culture des populations indonésiennes dont il valorise les éléments les plus représentatifs. Il se signale par sa haute valeur esthétique.
Cet ouvrage est le fruit de plusieurs années de travail des collaborateurs du Musée d'ethnographie de Neuchâtel afin de produire une synthèse des connaissances disponibles à son propos au moment de fêter le Centenaire de l'Institution.Une première partie évoque les origines du Musée, du Cabinet d'histoire naturelle du Général Charles Daniel de Meuron (XVIIIe siècle) à la création par Jean Gabus du concept de "musée-spectacle" (années 1950), en passant par l'inauguration du Musée dans son périmètre actuel (1904), l'étude du bâtiment et de ses transformations, l'époque coloniale, la mission angolaise des années trente, le développement du Musée et de l'Institut d'ethnologie qui partage son espace et son destin, ainsi que les personnalités qui ont marqué le lieu comme Charles Knapp, Théodore Delachaux et Jean Gabus (conservateurs successifs) ou comme Gustave Jéquier et Arnold van Gennep (savants proches du Musée). L'analyse d'une série d'objets des collections qui sont autant de coups de cœur pour des auteurs extérieurs clôt cette partie initiale.La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée aux expositions qui ont fait le succès du lieu, de la démarche pionnière de Théodore Delachaux à la mise sur orbite des expositions temporaires prestigieuses par Jean Gabus, suivie par les années de rupture avec la muséographie classique développée par Jacques Hainard et Marc-Olivier Gonseth. L'ouvrage s'achève sur une série de regards extérieurs posés sur l'institution par des chercheurs proches de l'ethnologie, de la muséologie et de la communication.
De la boue sur des bandes de coton : ainsi se fabrique le décor des vêtements traditionnels des hommes et des femmes au mali. Teinture de plantes et de terre, le bògòlan a connu la faveur de la mode internationale dans les années quatre-vingt. Entre les taches indélébiles apparaissent des espaces blancs, autant de signes correspondant à un véritable langage ici décodé. Complétant le fonds ancien du Musée, une collection représentative, financée par la Société des Amis du Musée d'ethnographie de Neuchâtel (SAMEN), a été spécialement constituée sur le terrain. Les femmes qui ont réalisé ces pagnes bògòlan sont présentées et leurs explications sur le sens du décor viennent compléter l'identification des motifs de la cinquantaine de pièces étudiées et publiées dans ce catalogue.
Ce livre propose tout d'abord une réflexion nourrie sur le thème de la pornographie, dont les codes sont analysés par plusieurs auteurs, tant dans le domaine du cinéma et de la publicité que de la vie sociale en général. En ressort l'impression que ce domaine s'est tellement normalisé depuis les années 1970 – perdant au passage sa charge contestataire – sous l'influence des films, de la vidéo, de la publicité, de la littérature et de l'Internet, qu'il n'est plus question de le reléguer à " l'érotisme des autres " mais de le reconnaître comme un type de représentation à part entière, influençant l'ensemble des autres modes d'expression.Puis sous forme d'essais et de témoignages, une analyse est proposée par d'autres intervenants sur le thème de l'évolution des normes sociales en matière de sexualité. A nouveau, le trajet semble long depuis les années 1960, durant lesquelles se sont exprimées les premières revendications, jusqu'à nos jours, où l'état d'esprit serait davantage au révisionnisme rampant qu'aux percées libertaires.Enfin, tout une série de textes explorent les limites des termes associés ici, " spéculation ", " imaginaire " et " interdit ", tant sur le plan de la pratique littéraire et poétique que de l'essai sociologique et ethnographique. Cette mosaïque de perceptions et de propositions met notamment l'accent sur les liens qu'entretiennent la fiction, la réalité et la mémoire, territoires traditionnellement connectés par la pratique muséale.
Le poids des collections ethnographiques fait problème. Le musée d'ethnographie n'est plus le laboratoire indispensable aux recherches de terrain qu'il fut jusque dans les années soixante. Devenu musée d'histoire des sociétés autres et des rapports que nous avons entretenus avec elles, il tend aujourd'hui à figer des formes, à juxtaposer des styles, à présenter des segments d'altérité sous forme de dioramas ou à commémorer les grandes missions passées. Il ne parvient plus à toucher le grand public qu'en misant sur le caractère esthétique des chefs-d'œuvre légitimés par l'histoire, les institutions et les collectionneurs.Dans cette optique, l'équipe du MEN a invité une série de collègues et amis à réfléchir à un nouveau programme pour la discipline, qu'il s'agisse de revitaliser les anciens paradigmes ou d'en proposer de nouveaux. Loin d'entériner un enterrement de l'ethnographie, leurs contributions prouvent à quel point celle-ci peut se révéler pertinente dès qu'elle est mise en pratique avec imagination et esprit critique.
Deux siècles après leur première ouverture au public, Roland KAEHR, conservateur adjoint du Musée d'ethnographie, revisite la partie " ethnographique " des collections offertes à la commune bourgeoise de Neuchâtel par le général Charles Daniel de Meuron en 1795.Sur un fond d'aventure guerrière, c'est un voyage dans le temps et dans l'espace, riche de nombreuses découvertes d'objets nouveaux ou mal déterminés, à travers une enquête conduite avec la passion d'un détective et la persévérance d'un historien des collections. Mariage heureux de l'information ethnographique et de la recherche historique, cette quête ambitieuse et minutieuse débouche sur la constitution d'un corpus fascinant de pièces – certaines vraisemblablement en provenance du troisième voyage du capitaine James Cook.Point de départ d'autres investigations novatrices, il permettra désormais à la fois des recherches pointues dans le domaine de la stylistique et des analyses fines dans celui des matériaux.Mais sont ainsi également révélés le processus de constitution de cet ensemble, les apports isolés et le réseau de relations européen et même mondial qui rapproche les amateurs du XVIIIe siècle dans un projet de connaissance générale jamais égalé.
Des auteurs appartenant à différents domaines du savoir ont accepté de participer à l'élaboration du livre qui accompagne le volet MEN de l'exposition La grande illusion. Un espace de liberté total leur a été offert. Ils ont pu ainsi développer à leur guise une facette de la thématique leur tenant à cœur et sur laquelle ils ont accepté de poser un regard incisif et réflexif.L'ouvrage qui en résulte aborde une bonne partie des domaines explorés parallèlement par les muséologues : approche analytique et poétique, réflexion éthique et esthétique, mise en perspective anthropologique et historique.