Depuis une vingtaine d'années, les économies monétaires et marchandes s'étendent à la majorité des sociétés locales de la planète et l'analyse des processus de transition dans lesquels ces sociétés sont engagées constitue un enjeu majeur. Cet ouvrage décrit et analyse les changements survenus chez les Pygmées baka du Cameroun au tournant des années 1960 avec l'adoption de l'agriculture et une résidence en bordure de route. Leur passage d'une économie de chasse et de cueillette vers une économie intégrant l'agriculture offre un cadre propice à une réflexion plus générale sur les dynamiques sociales, l'évolution des sociétés et le développement durable. Les dynamiques sociales sont analysées non pas comme une rupture, mais comme la poursuite d'un mouvement, la tradition constituant l'invariant par référence auquel le changement devient concevable et acceptable.
Ce livre se fait l'écho du conflit très médiatisé qui oppose, depuis 1992, le monde du pastoralisme aux protecteurs de ces prédateurs. Sur la base d'une documentation très détaillée, résultat de plusieurs années d'enquêtes auprès d'éleveurs, de bergers et de nombreux acteurs des territoires montagnards, l'auteur montre toute la complexité de la proximité entre les troupeaux domestiques et les loups, animaux sauvages intégralement protégés par la convention de Berne. Ce texte ratifié, alors qu'ils avaient disparu du territoire national, engage les pouvoirs publics à leur sauvegarde. Mais dans le même temps, l'État reconnaît officiellement le rôle du pastoralisme sur l'environnement : entretien de l'espace, prévention des risques d'avalanche ou d'incendie, protection d'espèces emblématiques…
Autrement dit, les loups comme les moutons ont leur place. Or les attaques de loups affectent considérablement le pastoralisme au quotidien et les mesures de protection proposées par l'État remettent en cause ce qui jusque-là était considéré comme " les bonnes pratiques " des bergers. L'auteur est convaincu de la nécessité de mettre en œuvre une politique de gestion active de ces prédateurs pour une coexistence pacifiée entre pastoralistes et protecteurs des loups. Il définit les bases de ce qu'il appelle la " lupotechnie ", et nous emmène sur les chemins de la transhumance provençale qui conduisent bergers et brebis de la plaine de Crau au parc naturel régional du Queyras. Loin de tout folklore archaïsant, il rend compte de la singularité de cette phase d'élevage à la fois difficile et indispensable en présentant le métier de berger d'alpage, dont les conditions de travail et de vie sont finalement assez méconnues.
Il s'adresse à des spécialistes de la question : chercheurs en sociologie de l'environnement ou en gestion de l'élevage et institutions chargées de ce dossier sensible. Mais son ouvrage intéressera aussi des lecteurs curieux de mieux comprendre les enjeux environnementaux de l'agriculture.
Dire qu'un animal se comporte à l'égard de ce qui l'entoure qu'est-ce à dire ? Le comportement est constitué par un type de manifestations qui n'appartient qu'à certains vivants ; il forme un flux continu et spontané qu'une étude segmentée détruit nécessairement. Pourtant, ce sont de brèves séquences comportementales isolées au laboratoire que l'on choisit d'étudier. Mais a-t-on encore affaire à un comportement ? Ne l'a-t-on pas ainsi réduit à l'un des éléments qui le composent : les mécanismes physiologiques, le programme génétique, les opérations cognitives, etc. ? Qu'est-ce qu'un animal empêché de se comporter, qui est-il ? On doit alors s'interroger sur les raisons de la prédominance des études de laboratoire et sur les bénéfices qui peuvent être tirés d'une telle production de connaissances. Car ces méthodes décident notamment des conditions de vie de millions de mammifères et d'oiseaux destinés à la consommation.
À l'opposé de cette perspective réductionniste, le comportement est compris par les approches phénoménologiques comme l'expression d'une liberté, une relation dialectique avec le milieu. Celles-ci imposent du même coup des conditions d'observation en milieu naturel. Comment, dès lors, élaborer une éthologie plus juste, tant du point de vue de la compréhension du comportement que de celui des besoins, au sens large, des animaux placés sous la domination de l'homme ?
L'artisanat marocain est immanquablement associé à une image féerique au centre de laquelle trônent des artisans aux savoir-faire ancestraux. Spécialisés dans la confection d'ustensiles de ménage et de mobilier en laiton, les artisans dinandiers de Fès n'échappent pas à cette vision stéréotypée. Cependant, la réalité de la majorité des dinandiers et des artisans marocains ne se réduit pas à celle de la poignée de travailleurs généralement mis en avant pour faire montre du génie artisanal.
Dans ce riche ouvrage, à la fois de recherche, d'érudition et d'expression esthétique, Baptiste Buob donne à voir et à penser le travail des artisans dans sa complexité et son évolution en s'éloignant des pistes erronées de la tradition ou d'une description misérabiliste.
L'argument problématique majeur est de démonter le masque idéologique qui, sous le nom d'artisanat, cache des conditions de vie et de travail très dures. Une telle position d'anthropologie critique n'exclut pas une approche très descriptive et analytique du métier.
Baptiste Buob pratique ici un exercice devenu rare qui consiste à " tourner autour " de son objet, à en explorer les facettes, les dimensions économiques, sociales, historiques et techniques, ainsi que les conceptions vernaculaires des artisans.
Étude de référence sur les dinandiers de Fès, cet ouvrage dresse un portrait éloquent de la situation contemporaine de bien des artisans pris en tenaille entre la patrimonialisation de leurs produits et l'évolution capitaliste de leur industrie.
Les quatre films du DVD qui accompagnent l'ouvrage composent bien plus que de simples illustrations : films et livre sont à la fois autonomes et complémentaires. L'enquête et la réalisation filmiques ont été le principal instrument d'investigation, le pivot de la recherche, car ce que décrivent les films est à la base de l'édifice de la dinanderie : le travail humain, le geste et l'objet travaillé.
L'enquête ethnologique dans le parc national de la Vanoise, fondée sur le mode de l'observation participante, a été délicate à mener en partie à cause des enjeux très conflictuels liés à la création et à l'évolution des modes de gestion des espaces naturels. Et les protagonistes avaient pris le parti d'éviter le débat plutôt que d'entrer dans la controverse. Conformément au modèle de protection de la Wilderness, — ou de ce qu'il est convenu d'appeler la nature primitive ou vierge —, la politique de protection de la nature a longtemps consisté, en France, à connaître et protéger les espèces et à limiter le développement des activités humaines dans les parcs nationaux. Cependant, l'évolution des approches écologiques et l'émergence des concepts de biodiversité et de développement durable ont récemment amorcé un changement d'orientation dans les politiques de conservation et de gestion des espaces protégés. L'auteur expose ici une analyse de ces mutations grâce à une description très fine des visions du monde des personnes ayant participé à la création d'un parc national. Si l'histoire institutionnelle et idéologique de la protection de la nature en France apparaît en filigrane tout au long du livre, l'auteur propose surtout un exposé passionnant des attitudes et positions éthiques des acteurs. Il analyse les formes de construction et de circulation des savoirs pratiques, cognitifs et symboliques autour des objets naturels.
Trois espèces d'huîtres ont depuis plus d'un siècle influencé la dynamique d'une partie du littoral charentais : le bassin de Marennes-Oléron. Quelles images et connaissances de la Marennes, la portugaise, la japonaise suscitent-elles auprès du grand public ? Peu, même si ce coquillage, plutôt festif, constitue un mets courant. Les ostréiculteurs charentais — et les ostréicultrices dont la place est majeure dans la profession — n'entrent pas non plus dans les habituelles typologies socioprofessionnelles. Sont-ils "gens de mer" ou "gens de terre" ? Leur métier, à la fois traditionnel et moderne, s'inscrit dans une certaine marginalité. C'est ce qui en fait tout l'attrait pour l'observateur. Retraçant les évolutions d'une technique à travers le vécu de cette micro-société charentaise, l'ouvrage met en relief les dispositions d'une profession à se projeter dans le futur.
Fruit d'un travail de sociologues, ce livre analyse les accords de qualité lors des échanges économiques entre produits et consommateurs. Quels sont les points communs entre la qualité du vin, l'origine d'une clémentine et la fabrication d'une voiture ? C'est qu'il s'agit chaque fois de définir, lors de la fabrication et commercialisation d'un produit, les critères qui permettent de définir sa qualité. C'est la qualité qui permet l'élaboration du produit mais aussi son échange entre consommateurs. Mais sur quelle base repose la notion de qualité ? C'est à cette question de nature sociologique que les auteurs tentent de répondre, grâce à une compréhension des mécanismes permettant la construction d'accords de qualité dans des situations très variables.
L'auteure, chercheure en anthropologie, est la première à mener une enquête ethnographique sur l'inventivité technique dans le monde rural. En s'appuyant sur l'exemple de deux communautés d'agriculteurs bourguignons (les producteurs de cassis en Côte-d'Or et ceux de cerises de l'Yonne), elle montre comment l'inventivité technique dans l'utilisation du matériel agricole permet de compenser la standardisation de ce dernier, lorsqu'il est produit par des fabricants industriels. C'est le cas, par exemple, d'une machine à récolter les framboises ou encore de l'utilisation d'un tracteur suranné. Ces exemples d'ingéniosité montrent comment de petites communautés paysannes parviennent à survivre en dépit de l'industrialisation, preuve par ailleurs de la subsistance d'une "pensée sauvage" que l'ethnologue se doit de mettre en valeur.
La sériciculture, en d'autres termes l'élevage des vers à soie, est pratiquée dans les Cévennes depuis le 13e siècle. L'auteure en retrace la mémoire, des débuts du 19e siècle jusqu'aux années 1960. Mais elle fait davantage que relater des savoir-faire. Elle restitue cette pratique dans ses dimensions économique, sociale et symbolique. Après avoir fait l'archéologie des connaissances et des savoir-faire dans la sériciculture, elle met en évidence le rôle prépondérant des femmes dans l'"éducation" des vers à soie, des magnans. Son analyse de l'organisation sociale montre les relations complexes qui lient les éleveurs et les filateurs. Les continuités et les mutations de la société cévenole sont saisies dans une activité qui apparaît alors comme une des clés de voûte de la vie sociale et économique. Françoise Clavairolle n'identifie cependant pas l'activité séricicole avec la culture cévenole. Analysant le système technique dans son évolution socio-historique, elle examine la disparition de cette activité et les conditions de son renouveau.