Lydie Bodiou est maîtresse de conférences d'histoire grecque à l'université de Poitiers. Ses travaux portent sur l'histoire des femmes et du genre, l'histoire du corps et du sensible dans l'Antiquité grecque.
Que connaît-on des hommes grecs dans l'Antiquité ? Force est de constater que l'on sait peu de choses, sinon des stéréotypes et des représentations dépassées. Leur histoire est donc en cours d'écriture. En Grèce ancienne, les hommes ne se réduisent pas à être des citoyens performants au gymnase, à la guerre ou dans la politique, en un mot, " virils ". Ils ne peuvent être présentés seulement comme des individus dominants les femmes, les esclaves et les Barbares, ils ont aussi tissé des liens familiaux et affectifs, noués des amours et des amitiés. Ils sont tour à tour, et parfois en même temps : héros, fauchés, maris, traîtres, riches, paysans, combattants, malades, poilus… La masculinité est construite aussi par des déficiences et des fragilités, des peurs et des espoirs. Dans le présent volume, 120 notices et 50 auteurs/autrices permettent d'approcher ces hommes grecs, au-delà des mythes et des récits qui les dépeignent comme les parangons d'une virilité affichée, mais surtout construite.
Pourquoi des hommes considèrent-ils leur compagne comme des objets, pourquoi s'autorisent-ils à les dénigrer, à les frapper, voire à les tuer ? Après le procès de Mazan, les violences conjugales et intrafamiliales, allant de l'injure au féminicide, ne cessent d'inquiéter la société tout entière. Le phénomène n'est en effet ni marginal ni en voie de disparition. Au-delà des mesures de protection à adopter, des questions d'éducation, de prévention, il pose la question de la distribution des rôles attribués à la féminité et à la masculinité. Aujourd'hui où la Justice
s'est saisie de notions comme le sur-meurtre ou le contrôle coercitif permettant de mieux comprendre les phénomènes de sujétion, d'emprise et de violence, cet ouvrage entend mêler les approches historiques, sociologiques, juridiques pour restituer le point de vue d'une magistrate, l'expérience d'une psychiatre, l'enquête d'une psychologue. Il permet de s'interroger sur ce que la société patriarcale rend
malheureusement possible.
Le sang est une substance à laquelle on prête de nombreux pouvoirs. Fluide biologique, réalité concrète de la vie qui palpite ou s'enfuit, plus ou moins épais, visqueux ou translucide, il est porteur de tout un imaginaire que les Anciens ont interrogé durant l'Antiquité gréco-romaine. Du sang du crime à celui du combat, du sacrifice à la mort du martyr, de la magie à la cuisine, un univers rouge semble ressortir de cette Antiquité fantasmée. Marqué du sceau de l'ambivalence, il a quelque chose de magique?: porteur de vie et de mort, le sang signe les saisons du corps féminin et annonce la mort quand il sourd de la blessure du guerrier : il est le baromètre de la vie qui dit aussi la parenté. Clé de compréhension des cultures antiques, considéré au travers d'un large cadre géographique et chronologique, le sang offre une lecture tant historique qu'anthropologique des corps. Plusieurs dimensions ont été retenues : les pouvoirs du sang réels ou supposés, le sang vecteur de communication, le sang communautaire qui dit la filiation et l'appartenance du groupe et enfin la violence qui le fait couler. C'est une histoire du sensible qui est menée ici par le liquide biologique vital, par la couleur, celle du sang rouge ou noir, de la pourpre. C'est aussi une histoire sociale car, par le sang c'est la transmission, la descendance et la filiation, la souillure, la pureté, les rites que l'on observe ; c'est encore une histoire de la guerre, du crime et de la justice.
Gros titres et manchettes ont donné aux violences sexuées et sexuelles contre les femmes une nouvelle actualité. Souvent présentés de manière tapageuse, les gestes et actions contre le corps féminin ne sont guère analysés, car c'est le registre de l'émotion et de l'indignation qui se trouve privilégié. Le présent ouvrage entend analyser les violences qui portent atteinte à l'intégrité physique et morale des femmes sans enfermer celles-ci dans le rôle de victime, tout en insistant sur les mesures protectrices d'une part, coercitives d'autre part. Pour mener à bien une telle étude, il convenait de multiplier les regards, sans se disperser, tant il est vrai qu'une telle question de société, actuelle et inscrite dans l'histoire, a besoin de nombreuses disciplines pour rendre compte de sa complexité. Leur examen permet de saisir à la fois le fonctionnement et les transformations des rapports sociaux de sexe, voire du genre. Les auteurs s'interrogent sur la quasi-universalité du phénomène, tout en étudiant son ampleur, ses variations, ses répercussions et ses contextes. Pour mener à bien une telle enquête, quatre approches sont privilégiées afin de prendre la mesure des violences sexuelles et sexuées, de suivre les formes de brutalisation, de s'interroger sur leur mise en scène et enfin d'examiner les dispositifs punitifs et les mesures prises pour " réparer ".
L'empoisonneuse, sinistre et redoutable, femme de l'ombre, sournoise et habile, hante l'imaginaire des sociétés depuis l'Antiquité. Chaque époque invente des personnages dont les gestes sèment l'effroi et prennent place dans la mémoire collective. Mais la figure de l'empoisonneuse, à la croisée des récits historiques et littéraires, des documents judiciaires et de la fiction, du passé et du présent, apparaît à la fois immobile et différente et surtout beaucoup plus complexe que ce que l'on pouvait supposer. Pour en dresser le portrait et saisir la place qu'elle occupe, comprendre la production des images et leur circulation, il convenait, dans le présent ouvrage, de mobiliser des études portant sur le corps, la criminalité, le genre et leurs représentations. Les empoisonneuses nécessitent de faire appel à des disciplines diverses dans le temps long, de l'Antiquité à nos jours, afin de se demander comment et pourquoi des stéréotypes, qui tendent à faire du poison une arme du féminin et de l'empoisonneuse un poncif de l'imaginaire de la femme coupable, ont été construits, transmis, adaptés et amplifiés jusqu'au XXIe siècle. Les portraits anonymes ont souvent été rejetés dans la pénombre par quelques figures illustres qui ont retenu toute l'attention. Pourtant Circé ou Cléopâtre, les reines ou les sorcières médiévales, les élégantes et les domestiques de l'époque moderne, ont bien plus en commun qu'on ne l'imagine avec les empoisonneuses des campagnes ou les grandes criminelles contemporaines que la chronique judiciaire a régulièrement présentées aux lecteurs puis aux spectateurs. Mais la vénéneuse, si elle renseigne sur la criminalité des femmes et la logique des gestes, informe aussi sur la peur ou le mal-être d'une société d'hommes qui se complait à rejeter les empoisonneuses du côté du féminin hors norme et de l'éternelle femme coupable.
Dans quelle mesure les " lois " du genre, les normes et les contraintes qui définissent le féminin et le masculin, assignent les conduites et les identités des femmes et des hommes, sont-elles rigides, implacables, ou au contraire flexibles, modulables? Comment interpréter des conduites individuelles ou collectives lorsqu'elles semblent s'écarter, à première lecture, des prescriptions et des comportements attendus? En quoi certains écarts aux normes genrées ouvrent-ils la voie à de nouveaux rapports interindividuels et sociaux, en quoi permettent-ils aux rapports de genre de perdurer? Telles sont notamment les questions auxquels les textes rassemblés dans cet ouvrage essaient de répondre, en explorant des configurations singulières au sein desquelles ces rapports de genre se construisent, évoluent et changent de forme, dans des espaces a priori familiers (l'école, le travail, la vie conjugale…) ou plus étrangers (La Révolution de 1789, le régime de Vichy…). En sollicitant les points de vue de l'anthropologie, de la sociologie et de l'histoire, de la psychanalyse et de la philosophie, il s'agit d'étudier empiriquement les processus de transmission et de transgression du genre.
Internationalement reconnu pour ses travaux, Pierre Brulé ne cesse de déconstruire le " miracle grec " en s'intéressant tout d'abord à ses marges, ses fractures, ses ombres. Les études rassemblées dans cet ouvrage s'inscrivent dans cette perspective en proposant de nouvelles approches de l'histoire des femmes, de l'histoire religieuse et de l'histoire du corps. L'approche de l'Antiquité est ainsi portée par le souci de donner la parole à ceux que les sources ont laissé dans l'ombre et par une attention portée tout autant aux faits qu'à l'imaginaire.
Vingt ans après la publication de La Fille d'Athènes, Mythes, cultes et société, ouvrage majeur de Pierre Brulé, il convient de suivre les traces de ces petites Athéniennes, sans doute devenues épouses et mères et, ce faisant, de revenir sur les travaux pionniers de cet helléniste hors norme. En effet, il importe de se mettre en quête de la place que le féminin tient dans les mythes et les rites grecs, de reconsidérer la vision que les hommes proposent des pratiques religieuses des femmes et de revisiter les divinités qui les concernent plus spécifiquement, autant de pistes abordées dans le présent ouvrage.