La collection " Transitions " accueille des textes et des essais qui développent une réflexion originale sur les transformations du monde et des sociétés contemporaines. Résolument interdisciplinaire, cette collection se veut avant tout l'écho d'un monde en transitions (sociales, économiques, écologiques, numériques…) qui mérite d'être analysé dans son actualité et dans son devenir pour mieux définir les enjeux du présent.
Que connaît-on des hommes grecs dans l'Antiquité ? Force est de constater que l'on sait peu de choses, sinon des stéréotypes et des représentations dépassées. Leur histoire est donc en cours d'écriture. En Grèce ancienne, les hommes ne se réduisent pas à être des citoyens performants au gymnase, à la guerre ou dans la politique, en un mot, " virils ". Ils ne peuvent être présentés seulement comme des individus dominants les femmes, les esclaves et les Barbares, ils ont aussi tissé des liens familiaux et affectifs, noués des amours et des amitiés. Ils sont tour à tour, et parfois en même temps : héros, fauchés, maris, traîtres, riches, paysans, combattants, malades, poilus… La masculinité est construite aussi par des déficiences et des fragilités, des peurs et des espoirs. Dans le présent volume, 120 notices et 50 auteurs/autrices permettent d'approcher ces hommes grecs, au-delà des mythes et des récits qui les dépeignent comme les parangons d'une virilité affichée, mais surtout construite.
Qu'est-ce que la littérature féministe ? Ni un style (de colère, d'accusation, d'ironie), ni un thème (les violences faites aux femmes, l'utopie d'un monde meilleur), ni davantage l'expression d'une identité sociale (" femme " ou " lesbienne ", notions mouvantes). La littérature féministe se laisse définir par un geste : celui de l'engagement. Engagement de la littérature dans la cause politique des femmes ; engagement dans la littérature de femmes militant pour leur propre cause ; engagement à travers et envers la littérature.Le livre examine les pensées et pratiques politiques de la littérature des écrivaines féministes en France et au Québec, entre 1969 et 1985. Il s'intéresse à un vaste corpus d'autrices parmi lesquelles, au Québec Nicole Brossard, France Théoret, Lucile Durand dite Louky Bersianik et Madeleine Gagnon, et en France Monique Wittig, Hélène Cixous, Françoise d'Eaubonne et Christiane Rochefort.Ces autrices forgent des concepts au croisement du politique, de l'épistémologique et du poétique et (re)problématisent les notions de sujet, d'action, de reconnaissance, d'histoire. Interrogeant l'identité " femme " qui décrit leur position dans l'espace social et littéraire, ces écrivaines élaborent aussi depuis leur point de vue spécifique le concept de " genre ". Elles interrogent la place que peuvent occuper la violence et l'insolence dans des politiques littéraires inédites, dont les esthétiques de rupture sont aussi largement des projets de fondation et de lien noué entre femmes.Cet ouvrage, rédigé dans une langue claire et entraînante, apporte sa pierre à l'écriture de l'histoire littéraire des femmes et à l'histoire du féminisme comme des luttes homosexuelles.
Qu'est-ce que l'histoire de la photographie et comment devient-on historien de ce médium ? Depuis les années 1980, l'histoire de la photographie s'est profondément transformée sous l'effet d'une nouvelle génération de chercheurs et de chercheuses qui ont commencé à relire une discipline entrée dans le champ universitaire par l'histoire de l'art. Des revues spécialisées ont vu le jour et des institutions historiques sont devenues le lieu d'un renouvellement méthodologique et théorique inédit. L'histoire de la photographie s'institutionnalisait et s'affirmait dans le paysage de l'histoire de l'art et des études visuelles. Quelles ont été les grandes questions de la discipline, quels en ont été les acteurs, les supports de diffusion ? Paul-Louis Roubert parcourt quelque trente années de la formation de cette discipline en France à travers son itinéraire d'historien de l'art, dont l'objet principal a été de revisiter les mythes modernes que l'histoire de la photographie s'était elle-même forgés. Récit d'apprentissage tout autant qu'inventaire de la discipline, cette histoire est celle d'une utopie encore vive : celle de faire de l'histoire de la photographie une discipline universitaire affranchie de l'histoire de l'art.
Le stéthoscope, cet instrument destiné à l'auscultation, symbolise le médecin moderne et la clinique modernes. Porté autour du cou, tranchant sur une blouse immaculée, il a ouvert, depuis plus de deux siècles, le champ du diagnostique contemporain. Mais que sait-on vraiment de son inventeur, René Théophile Hyacinthe Laennec (1781-1826) ? Au terme de sa courte vie ancrée dans les vicissitudes de son époque, entre la Révolution française et la Restauration, Laennec est bien plus que son invention. Breton, royaliste et fervent catholique, il émerge en scientifique tout à la fois buté et curieux, en intellectuel réservé et pugnace qui défend ses idées à l'heure d'une métamorphose décisive d'une science et d'un art. Cette édition révisée et augmentée — la première en français — de la biographie de Laennec faisant autorité s'appuie sur un corpus de sources restées inexplorées. Elle s'adosse en premier lieu à l'intégralité de la production écrite du médecin : pas moins de 170 publications, 1 300 lettres, plus de 10 000 pages manuscrites de dossiers de patients et de notes prises dans le cadre de ses leçons au Collège de France, sans oublier des essais non publiés.
Le savoir économique existe-t-il vraiment depuis la nuit des temps ? Remettant en cause cette théorie, cet ouvrage date son apparition à l'avènement de la Nation moderne.
Et si le savoir " académique " en sciences sociales était pour quelque chose dans la sidération de tous les commentateurs confrontés à un monde dans lequel ce qui advient paraît invraisemblable ? Si l'on répond par la positive, le savoir économique, qui en est l'une des principales composantes, doit être revisité, qu'il s'agisse du savoir mainstream, qui défend l'économie de marché, ou du savoir hétérodoxe, qui dénonce les méfaits du capitalisme actuel jugé déraisonnable. Cet ouvrage avance que l'idée partagée par tous les économistes, selon laquelle des activités économiques existent depuis la nuit des temps, doit être abandonnée au profit de celle que la séparation entre l'économique, le politique et le domestique est propre à la forme moderne de vivre-ensemble des humains. L'objet du savoir économique n'est donc pas " la production et la répartition des richesses ", mais bien l'ordre économique de la Nation moderne, et la méthode à retenir pour l'élaborer est un institutionnalisme complexe évolutionniste. Cette conception change radicalement la façon d'appréhender les débats relatifs à la " bonne " organisation dudit ordre économique : l'analyse de cet ordre est alors réalisée à partir d'une nouvelle vision de cette forme de vie, révélant le pluralisme des points de vue qui y ont cours concernant la définition d'institutions justes ; elle s'inscrit également dans une fresque historique nécessairement nouvelle.
Les images, en circulant entre arts, textes, médias et cultures, se transforment, s'activent et produisent du sens, à l'époque moderne comme dans la création contemporaine.
Comment les images réinterprètent-elles d'autres images, engendrent-elles des textes, ou sont-elles reconfigurées par eux ? À rebours d'une conception des images comme objets isolés, cet ouvrage explore les relations dynamiques que les images entretiennent entre elles. En mobilisant les notions d'intermédialité, d'intericonicité, d'interculturalité et d'agentivité, les contributions réunies analysent les opérations de réinterprétation, d'hybridation et de resignification qui affectent les images dans leurs trajectoires matérielles, discursives et médiatiques. L'ouvrage articule approches littéraires, visuelles et historiques pour étudier, à partir de cas concrets, de l'époque moderne à la création contemporaine, la plasticité critique des images et la manière dont elles participent à la fabrique des régimes de visibilité. Entre texte et image, art et politique, esthétique et mémoire, les articles réunis dessinent une cartographie des gestes d'appropriation, de citation et de montage par lesquels les images font relation, s'activent, se reconfigurent et produisent du sens. Ce volume propose une réflexion concentrée sur les puissances d'agir des images, sur leur capacité à structurer des affects, à construire des subjectivités et à opérer des reconfigurations symboliques dans des contextes culturels et historiques différenciés.
Les enseignants de langue et de littérature sont confrontés à une interrogation récurrente : " Quel texte choisir pour mes élèves ? Des extraits ? Une oeuvre intégrale ? L'extrait est frustrant, mais auront-ils le temps et les compétences pour lire une oeuvre ? Qu'en retiendront-ils réellement ? " C'est à une investigation approfondie de ces questions qu'invite l'ouvrage. S'ancrant dans la didactique du français langue étrangère, il intéressera tous les spécialistes de l'enseignement de la littérature et les praticiens concernés par la question du choix des textes littéraires. Car lire une oeuvre ou un extrait est une pratique scolaire construite par l'histoire de nos disciplines. Les ensembles de textes, les corpus, obéissent, si l'on s'attache à observer leur structure avec minutie, à des ensembles de règles, à des idéologies, à une esthétique aussi : comprendre ces règles, c'est manipuler les corpus avec plus d'aisance. Mettre en oeuvre l'extrait ou l'oeuvre intégrale en classe, c'est proposer aux apprenants différentes manières de lire, qui correspondent à des modalités différentes de réception des textes. Il ne s'agit pas d'opposer extraits et oeuvre, mais de voir comment les pratiques didactiques nous donnent accès à différents niveaux de l'échelle des textes.
Comment performe-t-on le dernier souffle en scène ? Le théâtre apparaît comme un médium privilégié pour analyser cette expérience humaine extrême de la limite.
Comment performe-t-on le dernier souffle en scène ? Comment donner, par cette ultime exhalaison qui marque le passage de vie à trépas, l'illusion de la mort ? Suffit-il d'une apnée pour donner le change et présenter au public une dépouille désormais inhabitée et le visage livide d'un cadavre ? Par quels artifices, quelles stratégies dramatiques, chorégraphiques, musicales et scéniques, les artistes, dramaturges, chorégraphes, acteurs et actrices, danseurs et danseuses performent-ils l'instant fatal ? Doivent-ils feindre l'épuisement pour prolonger l'agonie ou, au contraire, s'entraîner à la spectaculaire chute, tel le fameux saut de la mort au cirque ? Quels sont les processus par lesquels les artistes du spectacle vivant provoquent un arrêt sur image au moment du dernier souffle, suspendant ou étirant l'instant de l'agonie pour en faire un acmé de leur jeu ? Cet ouvrage collectif se propose d'interroger des corpus variés, du théâtre à la performance, en passant par la danse, sur le temps long, de la Renaissance à aujourd'hui. Il fait dialoguer artistes et chercheurs pour tenter de cerner au plus près ce moment fragile et fugace, à la fois intime et universel, du mourir et de ses représentations.
Offrir un regard original sur les ajustements en jeu dans la transmission et l'appropriation des savoirs au sein de différentes institutions, en montrant comment une culture des ajustements à autrui et au milieu se construit dans des manières de pratiquer, de dire et de représenter des pratiques où le corps tient une place centrale : tel est l'objet du livre qui s'appuie sur une série d'exemples travaillés en Théorie de l'action conjointe en didactique (TACD), à partir de divers apports issus des sciences de l'homme et de la culture.
" Rendre capables " des jeunes souffrant psychiquement
L'ouvrage traite d'une question clé du monde social contemporain : la gestion de la jeunesse troublée psychiquement. Aujourd'hui, celle-ci n'est plus qualifiée de dangereuse ou à problèmes, néanmoins, elle pose certains défis. Que faire des jeunes femmes et hommes dont
l'adolescence a été marquée par des mal-être psychiques qui ont été observés et pris en charge par des institutions ad hoc ? Que faire, quand ces adolescent·e·s deviennent officiellement adultes et, dès lors, entrent dans un nouveau régime institutionnel de considération de leurs troubles ? Comment dire leurs troubles, sachant que ce travail diagnostique va avoir un impact durable, voire irréversible sur leur destinée ? Comment autonomiser et responsabiliser ces jeunes quand on ne sait pas ce que l'on peut raisonnablement exiger d'eux et elles ?
L'auteur rend compte et analyse les embarras professionnels rencontrés par des intervenant·e·s en charge d'insérer des jeunes souffrant psychiquement et de statuer sur leurs capacités. Par une enquête approfondie menée en Suisse et au Québec auprès de ces professionnel·le·s, il montre comment ils et elles entretiennent les possibles pour les jeunes dans l'espoir qu'ils et elles trouvent leur place en société.
Portée par l'ambitieux projet de " changer la vie ", la brève trajectoire littéraire d'Arthur Rimbaud se solde par un échec, mais elle n'a pas empêché que le poète devienne une véritable icône. Cet essai cherche à saisir les cohérences d'un projet poétique complexe et engage une lecture pragmatique de ses usages contemporains. En plus d'une relecture sociopoétique d'une oeuvre pensée comme une expérience transgressive fondée sur une perspective transformatrice, se noue une réflexion sur les rôles et valeurs attribués à la littérature, à travers l'exploration de reprises variées du cas Rimbaud : il est question, entre autres, de prolongements fictionnels et d'héritages revendiqués (dans la fiction romanesque, mais aussi dans les domaines de la bande dessinée, du rock et du rap), de gestes dévots commis par la critique et par les fans du poète, de marques et de produits dérivés, d'une politique patrimoniale et du courrier qu'on continue à lui adresser au cimetière de Charleville.