Le numéro 47 du Courrier Blaise Pascal est une livraison en tous points historique. Historique par son ampleur: il rassemble vingt-sept contributions d'une extrême diversité et, parfois, d'un format hors norme. Historique par les circonstances: les contributions proposées proviennent de deux colloques tenus, l'un à Clermont-Ferrand, l'autre à Montréal, en 2023, à l'occasion du quatrième centenaire de la naissance de Pascal. Qu'il s'agisse de l'ensemble qui explore Pascal, prophète et résistant ou de celui qui s'intéresse aux Nouveaux échos de la recherche pascalienne, l'optique est résolument internationale et, croisant les méthodes, éclectique. Il y est question de littérature, de philosophie, de théologie, mais aussi de physique et de mathématiques.
Ce livre est une fenêtre vers la richesse d'un mouvement latino-américain devenu central à notre époque: l'écologie politique. Il est une invitation à explorer la multiplicité des chemins qu'elle nous offre pour penser notre époque avec l'Amérique latine et une invitation à un dialogue transnational, à l'écoute de ce qui émerge depuis les Suds.L'époque se prête bien à une présentation d'ensemble de cette "ecología política latinoamericana", tout à la fois domaine de recherche interdisciplinaire et mouvement social, car pour le mouvement qui a connu une première séquence de presque un demi siècle, s'ouvre à présent l'époque de la "maturité". En effet, depuis les premiers livres et mobilisation du milieu des années 1970, les luttes menées sous la bannière de l'écologie politique se sont démultipliées pour devenir omniprésentes dans tous les pays du continent, alors que son programme intellectuel s'est déployé avec une grande créativité puis s'est institutionnalisée au cours des années 2010: publications de synthèses sur le continent, multiples congrès, collections éditoriales, curricula des universités, dynamisme du groupe de travail du CLACSO fondé en 2001... Sa place sur l'échiquier politique a également beaucoup évolué: depuis les alliances forgeant sa participation au "tournant à gauche" de la seconde moitié de la décennie 2000 (Bolivie, Equateur, Brésil), puis les divergences avec les gouvernements "progressistes", la criminalisation des mouvements environnementaux par certains de ces mêmes gouvernements , puis de ceux issus du tournant conservateur. Aujourd'hui, après avoir connu la crise de la COVID-19 et un processus de climatisation, le mouvement peine à faire sa place au sein des coalitions gouvernementales malgré la place qui lui est donnée dans les nouvelles expérimentations progressistes de la décennie 2020 au Chili, en Colombie ou encore au Brésil.L'ecología política latino-americana peut être donc être considérée comme un ensemble de doctrines originales produites dans la région, mais elle existe surtout comme un mouvement foisonnant articulant mobilisations sociales et productions universitaires pour une réorientation des modèles de développement et des relations à la nature. Ce mouvement est parfois considéré avec frilosité par les chercheurs français en sciences sociales, mais sa fécondité est reconnue dans les milieux militants et intellectuels du Nord global comme du Sud global. Ce livre se prête donc à une tentative d'inventaire et de bilan, car le mouvement latinoaméricain est entré dans une seconde phase de maturité où l'écologie politique a pris une place centrale dans la sphère intellectuelle et militante, tout en étant à la croisée des chemins quant à son rôle dans l'action étatique.
XIIIe-XVe siècle - Consulats et relations consulaires
En Quercy et en Rouergue, entre le XIIIe et XVe siècle, les villes organisées en consulats ont lentement bâti une forme originale de représentation du " pays ". À travers l'étude d'un riche corpus d'archives, cet ouvrage met au jour la montée en puissance d'un Tiers État essentiellement urbain, fédérateur d'intérêts communs et acteur structurant d'un ordre politique régional.Dépassant les modèles classiques de la tripartition médiévale, Pierre Flandin-Bléty explore la genèse d'un ordre nouveau, né de la concertation intercommunale, des solidarités fiscales et des relations complexes entre consulats, Église et pouvoir royal.Resté inédit, ce travail pionnier livre une analyse aussi érudite que novatrice, éclairant la formation d'un Tiers État avant l'heure, dans le creuset d'un espace méridional aux fortes dynamiques collectives.
Parenté, mariage et propriété dans la philosophie des XVII et XVIIIe siècles
La famille moderne n'est plus, mais son histoire reste indispensable pour qui veut comprendre qu'elle a constitué à la fois un repoussoir et un laboratoire de la famille contemporaine. Nous héritons d'une institution complexe dans laquelle la hiérarchie, la division du travail, la différence sexuelle et générationnelle, la subsistance, le soin, les sentiments et les modalités de l'affiliation ont été bouleversés. Faire l'histoire de la famille moderne, c'est aussi la restituer dans les doctrines philosophiques classiques qui lui consacrèrent une vive attention. Grotius, Hobbes, Locke, Pufendorf, Montesquieu, Rousseau et Diderot: tous ces auteurs ont été des philosophes de la famille, tous ont affiné leurs notions afin d'intégrer la famille dans leur théorie politique et leur ontologie sociale. Ce recueil d'études entend présenter la richesse de leur pensée sur ce point souvent négligé du commentaire. On voit Locke promouvoir l'égalité parentale, Hobbes juridiciser la question du soin, Montesquieu se pencher sur le sort des héritières, et Pufendorf légiférer sur la conversation des époux. L'histoire de la famille dénaturalise nos convictions à son sujet. N'est-ce pas là l'une des fonctions de la philosophie?
Écrit au début des années 1980, dans un contexte d'émergence des women studies et des feminist studies au sein des universités américaines, Lire la romance s'intéresse à un phénomène culturel alors en plein essor, qui se décline presque exclusivement au féminin: la consommation de romances. Devenu un véritable best-seller des sciences sociales anglo-américaines, l'ouvrage déploie une méthodologie inédite qui lui permet d'étudier les romans de ce genre littéraire populaire, depuis leur production jusqu'à leur réception. Lire la romance constitue en particulier la première enquête sociologique sur les lectrices de romances, et contribue par conséquent à démystifier cette pratique dénigrée et prise en tenaille entre le mépris culturel et la condamnation féministe. La démonstration de l'ouvrage s'articule autour d'une question centrale: la lecture de romances renforce-t-elle la culture patriarcale et les systèmes de croyances qui la soutiennent, ou bien dote-t-elle les femmes d'une forme de pouvoir résultant de la revendication d'une pratique peu conforme à leurs rôles sociaux d'épouses et de mères?Cette traduction inédite de l'édition de 1991 de Reading the Romance met à la disposition d'un lectorat francophone un texte majeur.
Ces dernières années, les systèmes alimentaires de la plupart des pays occidentaux ont amorcé leur transition vers une approche plus respectueuse de l'environnement et de la santé des consommateurs. Avec les conseils de politique alimentaire (Food Policy Councils) et d'autres formes originales de coopération, différents acteurs issus des cercles institutionnels, industriels, économiques ou de la société civile sont engagés dans la mise en œuvre, l'évaluation et l'adaptation de systèmes alimentaires durables. Au-delà du droit à l'alimentation universel, la démocratie alimentaire exprime cette volonté de transformer les systèmes agro-alimentaires en donnant au plus grand nombre de parties prenantes le pouvoir de transformer l'existant. Le volume 11 de la collection RESSOR rassemble les contributions de chercheurs en sciences sociales et d'acteurs de l'ESS autour des transformations du système alimentaire par l'action collective.
La riche table des matières de Cultures paysannes et la provenance des auteur·es témoignent d'une diversité assumée liée au fait qu'il n'existe à ce jour aucune histoire compréhensive des cultures paysannes dans le canton de Vaud, sur la longue durée.Rappelons d'abord que l'histoire et les représentations de la ruralité ont toujours et d'abord résulté de relations de pouvoir (exercées à travers l'assujettissement au travail et au droit), et façonnées par la culture citadine, par une urbanité jouant de la distinction et qui s'est construite avec et contre les images de la ruralité.Il ne s'agit donc pas ici de militer pour tel point de vue ou telle vision particulière, mais de rappeler que la "réalité" des cultures paysannes est partagée et qu'elle recoupe des domaines croisés de la vie et des pratiques sociales et des savoirs comme le droit, l'architecture et le patrimoine bâti, le patrimoine immatériel et l'histoire des femmes, l'éducation des hommes et des femmes du XVIIIe siècle à nos jours, la littérature, la photographie et le cinéma, l'édition, la politique, les associations, la biographie sociohistorique, l'aménagement du territoire, l'économie, la médecine vétérinaire, ainsi que l'écologie et la durabilité et, pour finir, la place de la ville dans les pratiques agricoles.Peut-être le présent volume, en croisant les points de vue, pourra-t-il modestement contribuer à un nécessaire dialogue social et culturel; autrement dit, remettre à table les rats des villes et les rats des champs.
Le sommeil rencontre un intérêt croissant auprès des médias, du public et du corps médical et notamment le sommeil des enfants. En effet, celui-ci revêt une importance cruciale pour leur développement et interroge leur entourage. Quels devraient être les rythmes de sommeil des jeunes enfants et des adolescents? Quelles sont les causes des cauchemars et des terreurs nocturnes? Dans quelle position doit-on placer un nourrisson dans son berceau? Peut-on l'aider à s'endormir en le berçant et que faire en cas d'insomnie infantile? Ces questions ont déjà été abondamment traitées par les médecins et pédagogues de l'époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles).Cette étude offre aux historien·ne·s et à tout public intéressé un riche corpus de sources commentées sur le sommeil des enfants ainsi qu'une plongée fascinante dans un champ de recherche jusqu'alors inexploré. Retraçant pour la première fois l'évolution sur trois siècles des réponses qui ont été apportées à ces questions, Manon André traite des multiples facettes du sommeil des enfants, des nourrissons aux adolescents. Grâce à un large corpus de sources – traités médicaux et pédagogiques, journaux personnels, règlements d'internats, représentations iconographiques et sources matérielles, telles que des berceaux – elle analyse les recommandations concernant le sommeil des enfants et les pratiques quotidiennes qui l'entourent à l'époque moderne.
Bien avant le théâtre de l'" après Auschwitz " et le plateau ultraviolent du XXIe siècle, meurtres, viols, tortures et autres inhumanités envahissent les répertoires dramatiques des scènes européennes de la première modernité et saisissent d'effroi les spectateurs des théâtres français, espagnols et élisabéthains. Dans le contexte des guerres de religion, cette irruption de la violence, que donnent à voir les dramaturges de l'après 1590 propose une forme de sidération face à des situations tantôt narrées par des personnages, comme dans le théâtre sénéquéen, tantôt représentées sur la scène. L'image joue un rôle prépondérant dans l'écriture de la sidération mais aussi dans sa réception par l'expérience de la représentation théâtrale ou de la lecture. Quelle est la postérité de ce " théâtre de la sidération "? Les travaux réunis ici se situent dans le sillage des recherches menées par Christian Biet autour de cette " sidération des sensations " que les spectacles sanglants du théâtre contemporain ont héritée des scènes de la première modernité. Huit spécialistes des littératures anglaise, française et espagnole du XVIIe siècle sondent les ressorts esthétiques et psychologiques de ce théâtre du faire-retour dans une perspective à la fois comparatiste et diachronique, avec le contrepoint de dramaturges de la scène contemporaine.
Faire du concept une pratique et, inversement, d'une pratique un concept: tel est le cas des multiples voies de la transmission que Jacques Fontanille a mises en acte pendant toute sa carrière de chercheur et d'enseignant. La recherche et l'enseignement, précisément: deux voies intimement liées et davantage fédérées dès l'institutionnalisation officielle de la recherche sémiotique à Limoges, et plus globalement en France, par la fondation du CeReS (Centre de Recherches Sémiotiques) en 2000, laquelle a permis de former plusieurs générations de sémioticiennes et de sémioticiens, de France et de l'étranger.En France, en Colombie, au Brésil, en Iran, et dans tant d'autres pays encore, cette double voie ne cesse elle-même de se transmettre à travers le développement des différentes voix de la sémiotique " fontanillienne ": celles du corps, des pratiques, des formes de vie, de l'anthroposémiotique…Les textes ici réunis souhaitent d'abord rendre hommage, par la voix de ses élèves, de tout âge et de tout horizon, à la transmission verticale que Jacques Fontanille a poursuivie en tant qu'enseignant. Ils témoignent également – et surtout – de la vivacité et des ouvertures d'une transmission horizontale de la recherche sémiotique en quête de nouvelles voies à partir d'un socle et d'un exemple commun: un savoir-faire qui fait savoir, et ce dans la double acception de la formule.
Dialogues pluridisciplinaires sur un phénomène en fermentation
Bien que son existence soit ancienne, le vin " nature " se voit aujourd'hui occuper une place singulière dans le paysage viticole, et cela en raison des préoccupations sanitaires, environnementales et sociétales contemporaines de certains producteurs et consommateurs. Cette culture émergente accompagne une véritable transition agroécologique, en valorisant des pratiques respectueuses de l'environnement, de la biodiversité et des cycles naturels. Longtemps marginalisé en raison de sa non-conformité aux cahiers des charges des AOC et des AOP, le vin " naturel " connaît une reconnaissance officielle avec la création, en février 2020, du label " Vin méthode nature ". Mais cette étape décisive ne résout pas pour autant les problèmes de terminologie, d'analyse sensorielle, de communication et de promotion du vin " naturel ".Dans ce cadre, l'ouvrage Le vin " naturel " en questions. Dialogues pluridisciplinaires sur un phénomène en fermentation propose d'explorer ces différents aspects du vin nature et d'en apprécier la complexité, en croisant les approches théoriques et disciplinaires de ses contributeurs. Destiné aussi bien aux universitaires qu'aux amateurs et aux curieux, cet ouvrage invite chacun à découvrir la richesse d'un univers viticole en pleine effervescence.