Jean A. Gili, Eric Le Roy, " Présentation : les deux carrières d'Albert Capellani ".
Première partie : La carrière française
Richard Abel, " Capellani avant Griffith 1906-1908 " ;
Pierre-Emmanuel Jaques, " Notre-Dame de Paris. Entre histoire locale et analyse des modes de représentation " ;
François Amy de la Bretèque, " Notre-Dame de Paris. A propos de la copie de la Cinémathèque euro-régionale Institut Jean-Vigo de Perpignan " ;
Lucien Logette, " De l'écrit à l'écran, Les Misérables " ;
Béatrice de Pastre, " De la tradition littéraire à la modernité cinématographique, Germinal " ;
Michel Marie, " Quatre-vingt-treize d'Albert Capellani et André Antoine (1914-1921) " ;
Dominique Moustacchi, Stéphanie Salmon, " Albert Capellani directeur artistique de la SCAGL ou l'émergence de l'auteur " ;
Jacques Richard, " Des acteurs qui échappent au théâtre. Les acteurs d'Albert Capellani " ;
Jean-Pierre Berthomé, " Décors et espace dans les films français de Capellani ".
Deuxième partie : La carrière américaine
Jay Weissberg, " 'Déjà perçu comme immortel' " : Albert Capellani aux Etats-Unis ;
Richard Koszarski, " Albert Capellani dans les studios américains " ;
Hubert Niogret, " Albert Capellani, allers et retours ".
Troisième partie : L'œuvre de Capellani, restauration et programmation
Mariann Lewinsky, " Capellani ritrovato. La programmation des films de Capellani au Cinema ritrovato de Bologne, recherche des copies et restauration " ;
Caroline Patte, " La restauration des films d'Albert Capellani détenus par les Archives françaises du film
Filmographie (Eric Le Roy) "
Bibliographie et sources documentaires
Bernard Basset-Capellani, " Il était une fois Albert Capellani… ".
Dans le numéro 29, décembre 1999, de la revue 1895, on pouvait lire l'annonce d'une " Rétrospective Albert Capellani " :
" Les Archives du Film et du dépôt légal du Centre national de la cinématographie et la Cinémathèque française, en collaboration avec Pathé-Archives, l'Association française de recherche sur l'histoire du cinéma et les Indépendants du Premier Siècle, préparent pour 2001 une rétrospective Albert Capellani (1874-1931) à la Cinémathèque française assortie de la publication d'un numéro hors série de la revue 1895. "
Ainsi, il aura fallu plus de 12 ans pour que ce projet aboutisse, pour que le numéro de 1895 consacré à Capellani paraisse et pour que la rétrospective soit présentée à la Cinémathèque française.
Pourquoi des délais aussi longs ? D'abord parque l'œuvre immense du cinéaste était mal connue – notamment la carrière américaine –, que beaucoup de films avaient disparus ou n'existaient plus que dans des copies improjetables nécessitant des restaurations coûteuses. Il aura fallu l'opiniâtreté de différents intervenants, l'organisation d'hommages, notamment au Cinema ritrovato de Bologne, pour que peu à peu la chose devienne réalisable.
Jusqu'à un passé récent, Albert Capellani n'était guère qu'un nom cité parmi d'autres de la période du cinéma muet français. Pourtant le cinéaste est un précurseur, un novateur infatigable et passionné, auteur d'une œuvre considérable partagée entre la France et les Etats-Unis à une période charnière de l'histoire du cinéma.
Elève du conservatoire avec Le Bargy, il débute sa carrière artistique comme acteur de théâtre dans la troupe du Théâtre libre d'Antoine, puis à l'Odéon, avant d'être nommé régisseur de Firmin Gémier et ensuite administrateur du music-hall l'Alhambra en 1903. Il rejoint le cinéma comme metteur en scène en 1905 aux établissements Pathé-Frères avec Ferdinand Zecca. Son premier film, Le Chemineau, est adapté de Victor Hugo, et il se caractérise déjà par un style naturaliste dépourvu d'emphase, qui tranche sur la production traditionnelle du cinéma de cette époque dite " primitive ". Il s'adapte tout de suite à l'organisation de la société Pathé et tourne des scènes dramatiques et réalistes (Pauvre mère, La Fille du sonneur…), des féeries et contes (Cendrillon ou la pantoufle merveilleuse, Aladin ou la lampe merveilleuse, Le Foulard merveilleux…), voire des scènes comiques (Les Apprentissages de Boireau), démontrant ses qualités d'adaptation à tous les sujets. Mais c'est à partir de 1908, lors de la création de la Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (SCAGL) qu'Albert Capellani déploie toute son énergie pour à la fois superviser et conseiller les metteurs en scène (George Denola, Georges Monca, Michel Carré, Henri Etiévant ou d'autres encore), et pour réaliser lui-même un certain nombre de bandes. En tant que directeur artistique, il imprime sa marque et son écriture aux films tournés sous sa direction et devient le précurseur du long métrage avec Le Chevalier de Maison Rouge, La Glu, Notre-Dame de Paris, Germinal, Les Mystères de Paris, Quatre-vingt treize, et surtout Les Misérables, qui place en 1913 la société Pathé et son réalisateur au sommet de la gloire. Durant cette période, Capellani fait preuve d'originalité en puisant dans le répertoire littéraire et théâtral français, tout en innovant dans le découpage, en modernisant la mise en scène (entre autres en tournant en extérieur), la prise de vue (en jouant sur la profondeur de champ, le décor) et le montage. Il emploie les studios et laboratoires Pathé pour tourner et suivre la chaîne de fabrication des films. Capellani profite notamment des services techniques de l'entreprise pour le tirage et le développement, il s'attache à suivre pour les films placés sous sa direction la mise en œuvre des procédés en couleur alors en pleine effervescence dans les ateliers de Vincennes. Il recherche aussi pour ses interprètes de nouveaux talents et fait tourner de nombreux acteurs de théâtre comme son frère Paul Capellani, mais aussi Berthe Bovy, Jacques Grétillat, Henri Krauss ou Mistinguett à qui il offre son premier grand rôle dramatique dans Les Misérables. Cette période de création, entre 1905 à 1914 est celle d'un artiste aux multiples facettes, dont la vie et l'œuvre, en dépit du manque d'informations, témoignent d'une vivacité singulière, de sources d'inspirations variées, et d'une impressionnante capacité de travail (environ 150 films pour la seule carrière française).
Charnière fondamentale : l'entrée en guerre de la France en août 1914 paralyse la société Pathé. Mobilisé puis réformé (il a déjà 40 ans et il a déjà combattu à Madagascar dans une très dure guerre coloniale), Albert Capellani part pour les E